Amin Maalouf a retracé dans son roman Samarcande la vie presque légendaire d'Omar Khayyam et son étrange amitié avec Hassan Ibn Sabbah et le vizir Nizam-al-Mulk. Avant lui, Vladimir Bartol avait écrit un autre roman, Alamut, en s'inspirant de l'histoire de la secte des Assassins. Tout ce beau monde enturbanné est aujourd'hui réuni dans une bande dessinée remarquable signée Jean Dytar, un ancien étudiant des Arts Plastiques de Saint-Etienne.
Jean Dytar avait choisi la librairie Les Croquelinottes, à Saint-Etienne, pour dédicacer sa première oeuvre: Le sourire des marionnettes. Ce livre de 112 pages interroge sur certaines idées: la politique, la religion et le bonheur. Il s'adresse aux plus de 16 ans. En effet, les têtes volent dans cet Iran du XIe siècle où les sicaires d'Alamut mènent une guerre sans pitié contre le pouvoir seldjoukide. La première à tomber est celle du grand vizir Nizam-al-Mulk qui gouverne pour Malik Shah. C'est aussi que le contexte n'est pas simple à saisir malgré une préface qui dresse le tableau. L'imbroglio est à la fois politique et religieux. Le sunnisme a été imposé et les fédaviés (ou fedayyin) d'Hassan Ibn Sabbah sont chiites. Il y a aussi les scénettes érotiques. Car on meurt plus facilement en se kamikazant quand on est certain de se réveiller au milieu des houris. Et Hassan Ibn Sabbah s'arrange, par un savant stratagème, à faire goûter à ses tueurs ces fruits généreux qu'ils pensent être ceux du jardin éternel. Sceptique, Omar Khayyam, lui, n'attend pas. Il célèbre sur terre le vin et les plaisirs de la chair. Astronome du sultan, mathématicien, auteur de fameux quatrains, les Roubaïates, qui lui confèrent la dangereuse réputation d'un libre-penseur, il est le personnage central du livre, pris dans le tourbillon des évènements. Pour illustrer son sujet, le dessinateur et scénariste s'est inspiré des miniatures persanes. Le graphisme oscille entre sobriété et foisonnement. Les planches sont parfois épurées et d'autres aux couleurs chatoyantes offrent une impression de surabondance. Si l'oeuvre avait une odeur, elle sentirait la rose d'Ispahan et les effluves de psychotropes. Ce qui est dans la logique des choses, quand on dessine une histoire en forme de conte qui s'inspirent de faits dont on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui a été rêvé par tous ceux qui les ont racontés.
« En vérité très exacte et non point par métaphore, Nous sommes des marionnettes dont le Ciel est le montreur: Sur le théâtre du Temps nous faisons trois petits tours, Puis retombons tour à tour dans la boîte du Néant. » Omar Khayyam
Editions Delcourt collection Mirages


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