Qu'est-ce que tu fabriques au Musée ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par FI   

"Qu'est-ce que tu fabriques ?" est une expression bien de chez nous pour dire "qu'est-ce que tu fais ?" Elle renvoie à des siècles de créativité stéphanoise dont le Musée d'Art et d'Industrie est en grande partie le dépositaire.  Il conserve le souvenir de la fabrique de rubans, la fabrique d’armes…  "Qu’est-ce que tu fabriques au musée ?" est une exposition qui s'intègre dans les collections permanentes et qui invite à découvrir les métiers des gens qui y travaillent, ce qu'ils y "fabriquent". Des activités de découverte, des ateliers de pratique, autour de la gravure par exemple, et des jeux d’observation sont destinés à mieux faire connaître le musée en action.

En 2008, 49 673 visiteurs sont venus au Musée d'Art et d'Industrie de Saint-Etienne dont 70 % à titre individuel, 31 000 adultes et 3256 enfants, accueillis par trois hôtesses. Le public est aussi au contact des six médiatrices et des huit surveillants qui protègent les collections. Mais au total, ce sont 57 agents qui y travaillent (47 eq. t.p). Tout ce petit monde, conservateur en chef, régisseur, attachés de conservation des différents départements, mais aussi restaurateur d'objet d'art etc, a son rôle à jouer pour la bonne marche du musée, la collecte des objets, leur conservation et la présentation des collections au public. Et si le visiteur devine qu'un vélocipède qui aurait été acheté par le musée, ou acquis à titre gracieux, a été bichonné, réparé, remis en état sans que l'objet ne soit dénaturé, il ne sait peut-être pas l'extrême minutie qui est mis à retracer son identité. Car au musée, on ne voit sur le cartel que rédige le régisseur, qu'un infime partie de l'identité de l'objet : son nom, sa date de fabrication, le nom du fabricant, son origine géographique, son n° d'inventaire...

L'exposition illustre cet aspect avec l'exemple d'une esquisse de la Maison Staron de 1956. Sa fiche d'inventaire comporte plus de 80 informations, classées sous différentes rubriques: utilisation, destination, description analytique (sur fond blanc sont disposées quatre tiges de rose de taille différente, placées parallèlement les roses sont à différents degrés d'épanouissement et de couleur rouge), matière, technique, mesures (hauteur/longueur, sujet-thème: Staron Esquisse Fleur Rose) statut administratif, constat d'état (moyen...), localisation et mouvements (statut: actuel, localisation: réserve textile interne...)... On veut bien croire qu'ils en "bavent" ceux qui s'attèlent à ce travail. Le fonds inventorié d'esquisses textiles du Musée compte 4120 pièces, toutes uniques, en provenance de différentes maisons de rubaniers ou dessinateurs ! Une spécialiste en histoire de l'art a été sollicitée pour décrire les décors naturels ou stylisés à l'aide d'un thesaurus scientifique. Il ne s'agit pas de confondre une volute et une arabesque. 

Quant à la médiatrice, son rôle consiste aussi dans son discours à replacer l'objet dans son contexte social et son environnement historique. Ceci avec l'aide de la conservatrice et/ou du régisseur de collection, mais encore en rencontrant les spécialistes les plus à même de conforter ses connaissances. Un travail d'équipe donc que s'attache à mettre en lumière cette exposition - "un travail de communication interne, pour créer du lien", dit aussi Nadine Besse - dans un lieu qui conserve des patrimoines multiples et dont les missions sollicitent des savoir-faire. Acquérir, restaurer, décrire, inventorier, montrer... Savoir accueillir les enfants, les familles, les personnes âgées, handicapées... Savoir s'adapter et transmettre, mais aussi de manière ludique par le biais d'ateliers, de démonstrations... Avec l'aide  de la vingtaine de bénévoles, des passementiers, qui interviennent sur des animations ponctuelles. Et la participation des vers à soie ! Car au même titre que le jardin aux plantes tinctoriales, l'élevage des vers à soie, en partenariat avec l'Unité Nationale Séricicole de l'INRA (Lyon) constitue un patrimoine naturel lié étroitement au patrimoine culturel textile. Des surveillants et médiatrices se sont portés volontaires pour suivre une formation et apprendre la coupe des feuilles de mûriers, le nourrissage des hôtes du musée du printemps à l'automne...


Parmi les différentes démonstrations qui étaient proposées jusqu'en octobre dernier, celles mettant en oeuvre un métier de fabrication de peignes à tisser. Le musée vient en effet de se porter acquéreur d'un atelier complet de lamier-rotier. Il appartenait à Michel Linossier, le dernier fabricant français. L'entreprise familiale avait été fondée à Bourg Argental avant que son activité ne déménage en 1991 à Annonay. Les différents peignes, en métal, étaient exportés à Madagascar, au Maghreb... où ils étaient utilisés pour le tissage des tissus. Un patrimoine rare qu'a su sauvegardé le musée, qui s'est doté ainsi d'une collection unique.


Jusqu'au 10 juin 2010