Le grand pont de Saint-Just-Saint-Rambert est un ouvrage d’art exceptionnel. Il a été inauguré le 13 décembre. Le 8 novembre 2008 , le Collectif Noir et Blanc vernissait son exposition de photographies consacrée aux ouvriers du Pont. Ferrailleurs, maçons, câbleurs, goudronneurs ou « barbouilleurs », la majorité d’entre eux venaient des quatre coins de l’Hexagone. Ils ont séjourné sur place plusieurs mois, ne rentrant chez eux que le week-end. Michel Ayrault et Guy Hyvert les ont suivis et, au fil des semaines, ont pu échanger et même sympathiser avec certains d’entre eux.

A la galerie Noir & Blanc, 15 rue Brossard à Saint Etienne.
L’exposition sera visible jusqu’à fin décembre 2008

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En préambule, pouvez-vous revenir sur ce qu‘est le Collectif ? Combien êtes-vous ?

M.A: 16 dont 5 photographes partie prenante. Et parmi eux deux photographes professionnels. Nous faisons des « photos sociales » en noir et blanc. C’est à dire que nous nous intéressons au quotidien de l’homme, de l’individu. Soit le travail, ce qui est le cas aujourd’hui, mais ce peut être aussi le loisir...

Comment avez-vous été amenés à suivre les ouvriers du Grand Pont ?

M.A: Très simplement. Nous nous sommes adressés aux responsables du Conseil général qui, très gentiment, ont accepté qu’on fasse des photos. Guy a suivi le chantier durant toute la durée. Je l’ai rejoint un peu plus tard et on y allait une fois par semaine. Cette photo, par exemple, a été prise trois jours avant que l’ouvrier ici (il montre le visage de Hugues Devaux) ne se tue.

Comment ce décès a-t-il été ressenti sur le chantier ?


M.A: Ça a été très dur. Notamment pour cet homme (il montre un ouvrier assis sur un faisceau de cables) parce qu’il travaillait en binôme avec lui. Il l’a vu partir...

Comment les ouvriers vous ont-ils accueillis ?

M.A: C’était très intéressant parce que les ouvriers en général ne sont pas habitués à ce qu’on s’intéresse à eux. La majorité des gens n’ont fait que photographier le pont. Le plus difficile c’est les ferrailleurs. Les gars ont passé un an à attacher les ferrailles entre elles, à genoux, c’est un boulot très très dur. Mais ça, plus personne ne va le voir. Leur travail est dissimulé dans des milliers de m3 de béton. Et plus personne ne va penser que des gens ont passé un an et demi à ferrailler. Ils sont fiers d’avoir participé au pont mais je pense qu’ils sont un petit peu.... Ils savent que leur boulot qui est... on va dire manuel et peut-être pas très compliqué à faire, mais qui est difficile et méritant, est complètement dévalué et ignoré. On leur ramenait des photos. C’était vraiment intéressant.

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"Les barbouilleurs" (Guy Hivert)

G.H: Au début ils posaient. Mais ils se sont rendus compte qu’on s’intéressait à leur travail et ça leur a fait plaisir. Parce qu’ils ont vu passer beaucoup de gens avec des casques et des... (il porte les mains au revers de son veston) qui leur disaient pas bonjour. Et nous on venait exprès pour eux. 

Qui sont ces hommes ?

M.A: Ce sont des spécialistes qui font des ponts partout en France. Celui-là, Rémy, en fait un autre à Mâcon en ce moment. David là-bas, il est sur le pont d’Aquitaine à Bordeaux. Ils sont toujours en déplacement. Il y a une certaine solidarité entre eux, mais bien par corporations. Il y a une solidarité entre maçons, entre câbliers... Mais j’ai été un peu surpris, il n’y en a pas vraiment entre les différents corps de métiers... Il y a aussi beaucoup de différences de statuts; les intérimaires qui passent, assez nombreux, par exemple, et les embauchés de Baudin-Châteauneuf. Ils sont toujours très pressés; il y a moins de temps pour la convivialité.

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"Un soudeur" (Guy Hivert)

G.H: Le plus souvent, ils font des réparations. Et là c’était un pont neuf. Il y avait pour eux un côté un peu exaltant. Et pour nous ce fut une expérience humaine magnifique.

Vous n’avez jamais eu peur sur le pont ?

G.H: Non jamais. Il y avait vraiment beaucoup beaucoup de sécurité.

Votre prochaine exposition ?

M.A: La Commune de Paris en 1871. C’est une exposition qui été faite en 2006 pour le mois de la photo à Paris. On a loué une partie. Ce sont des images faites par un pharmacien, Hyppolite Blancard. Barricades, destructions...

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