
Le lundi 18 février 2008, à 18 heures, le cinéma Le Méliès à Saint-Etienne propose un nouveau débat consacré à la place de la Culture dans la vie locale. Spectateurs, professionnels et candidats sont invités à venir s'exprimer. Vous pouvez aussi poser vos questions et poster vos opinions en envoyant un courriel:
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Le cinéma avait organisé courant décembre une rencontre entre le public, les professionnels de la culture et les candidats aux prochaines municipales autour de cette même question
. Un échange très intéressant, vif mais courtois, qui s'est passé quelques heures après que le premier ministre eut visité le chantier de la Cité du Design, un des symboles du renouveau de la ville, et alors que les socialistes locaux se fendaient d'un communiqué dans lequel ils écrivaient qu'
"il est temps de (re)donner à la culture la place centrale qui doit être la sienne dans notre société et dans notre ville, frappée de plein fouet par le chômage et la précarité, en perte de repères et en quête d’identité." A dire vrai, ce sont surtout les candidats, leurs représentants ou supporters, plus rarement quelques professionnels, qui s'y étaient exprimés.
Honneur à la majorité sortante, c'est Robert Karulak, adjoint au Maire en charge de la culture, qui inaugure le débat. Il évoque les grands axes qui ont conduit la politique culturelle de l'agglomération stéphanoise depuis 2001 et en premier lieu
"le refus du débat entre culture populaire et culture élitiste pour que tous en soient bénéficiaires". Concrètement, la mise en vente des tickets Mix, la réduction de 50% des droits d'abonnement au réseau des bibliothèques, les tarifs dégressifs en fonction des situations sociales, les avant-premières des opéras à l'Esplanade, ouvertes à l'ensemble des associations, participent de cette idée d'ouverture.
"Tout en maintenant, précise-t-il
, une exigence de qualité et de créativité."
L'autre aspect de cette action a été de concilier culture et urbanisme, de façon à associer le renouveau culturel au renouveau urbain. Le troisième volet a consisté à lier la culture à l'économie de façon à générer de l'emploi. Sur le plan touristique, on pense à l'Eglise du Corbusier, à l'échelle de la Communauté d'agglomération et sur le plan industriel au design
"avec cette idée qu'on peut fonder une nouvelle économie à Saint-Etienne, celle de l'économie de la connaissance en s'appuyant sur des savoir-faires locaux qui sont eux-même la continuation de la culture de l'objet qui est celle de Saint-Etienne depuis de nombreuses années". Enfin la formation/médiation, toujours d'après l'adjoint au maire, a fait l'objet d'une attention particulière, en collaboration avec les MJC, comme les grandes écoles pour éveiller ou parfaire le rapport à la culture au sens large.
"Et puis bien sûr, cerise sur le gâteau, si on peut dire", la candidature de Saint-Etienne au titre de Capitale Européenne de la Culture;
"une candidature qui a fait l'unanimité au Conseil municipal et dont le dossier a été monté dans la concertation ". "Je n'ai pas le souvenir, rajoute Robert Karulak,
qu'il y ait eu des votes contre le Zénith, contre la Cité du Design, qu'il y ait eu de fortes contestations contre toutes les grandes orientations culturelles définies au sein du Conseil municipal ou au sein de la Communauté d'agglomération..."
Olivier Longeon est le premier à donner un mauvais coup de pinceau au joli tableau.
"C'est l'unanimité moins quelques-uns. Nous n'avons pas voté la démolition de la Maison Peurière." rétorque la tête de liste des Verts. Outre cette
"démolition malheureuse et hors-la-loi puisque condamnée par le Tribunal administratif", Philippe Perroche, de la DRAC, en profite pour revenir sur celle d'une partie de la Manufacture.
"C'était un ensemble unique mais démoli faute de culture... Il y a là une tache sur Saint-Etienne qui a dépassé largement nos petites frontières et qui a fait prononcé certains mots sévères dans le monde de l'architecture." Et puisque le patrimoine est partie intégrante de la culture, il fait remarquer, en pointant du doigt un projet qui traîne depuis quelques années, - celui de l'Hôtel de Villeneuve et du Centre d'interprétation de l'Architecture et du Patrimoine - que Saint-Etienne ne respecte pas le contrat de Ville d'art et d'Histoire.
Concernant le Zénith par exemple, et sans remettre en cause son utilité, Maurice Vincent, tête de liste de la gauche, fait la moue quand il s'agit du budget accordé à sa construction. De 19 millions, il est passé à 38 millions d'euros.
"Je suis économiste et je crois qu'avec la culture il ne faut pas être avare mais il y a quand même des ordres de grandeur, des équilibres à garder en tête ... Nous pensons que c'est l'ensemble des acteurs culturels stéphanois, l'ensemble des forces vives qui doit être accompagné et faire l'objet d'une promotion et que pour ça il faut quand même de l'argent, et notamment de l'argent en fonctionnement... On peut toujours nous dire que l'investissement est très cher mais sera pris en compte par l'Europe, l'Etat etc. (la Région également ndlr)
Je crois qu'il est très important de garder une marche de manoeuvre pour une politique culturelle qui ne parte pas du haut mais qui s'appuie sur ses forces vives..." Quant à l'idée de la Cité du Design et de la Biennale, dans l'esprit de Maurice Vincent
"elle viendrait s'ajouter aux potentialités locales". Il ne s'agit évidemment pas de reproduire la faute honteuse de la droite qui supprima au début des années 80 les Rencontres cinématographiques portées par la gauche, enlevant à Saint-Etienne l'opportunité de devenir, peut-être, une grande ville du 7ème art.
Bernard Ceysson, s'exprimant au nom de Gilles Artigues, et tout en reconnaissant qu'il serait vain et présomptueux de tout récuser du bilan de la municipalité dans le domaine culturel, a tenu lui aussi, c'est de bonne guerre, à titiller là où ça fait mal.
"Le cassage de la Manufacture n'était pas justifié", dit l'ancien directeur du MAI. Il s'inspire encore d' Eric de Chassey, spécialiste dans le domaine artistique, pour critiquer la politique des élus, pas seulement à Saint-Etienne d'ailleurs.
"Où sont les collections ? La ville de Venise fait ses grands dimanches avec la collection Pineau. Et à Saint-Etienne ? Je ne les vois pas ! "
A propos du MAM, Olivier Longeon évoque une époque révolue:
"Le musée a aussi perdu sa vocation à favoriser l'émergence locale. Acheter des grandes oeuvres, faites par des artistes qui sont reconnus sur le marché d'accord. Mais on achetait aussi des oeuvres à des artistes qui débutaient et ça favorisait le terreau local. A la Maison de la Culture, à ses débuts, il y a avait eu une expo, 63-42, qui mettait à l'honneur des plasticiens dans un lieu de culture de masse. Ce sont des initiatives qui n'existent plus..." " Quant au Musée de la Mine, il pourrait être spectaculaire, ce n'est pas le cas... poursuit Bernard Ceysson avant de se demander:
La Cité du Design, c'est quoi ? C'est ambitieux, mais c'est quoi ? Il faut savoir ce qu'on veut y faire ! La seule Cité du Design, pour l'heure à Saint-Etienne c'est Ikéa !"
"La Cité du Design c'est bien, dit Jérémy, membre d'une association qui oeuvre dans le domaine de la musique,
mais est-ce que vous ne pensez pas qu'en laissant galérer tous les jeunes d'ici qui ne s'intéressent qu'à la musique, vous ne tuez pas un peu la culture à Saint-Etienne ? " Et de citer en exemple Dub Incorporation, qui possède un rayonnement international.
"C'est injuste, répond Archam Sivaciyan,
depuis sept ans, la municipalité a mené dans le domaine des musiques actuelles une politique non seulement volontariste mais avec un investissement réel. Le dispositif Crescendo, le projet de la SMAC, futur Fil, ce ne sont plus des promesses, c'est une réalité !" "C'est un fait unique en France, poursuit Olivier Colin, qui a pris la direction du Fil,
qu'un collectif de 22 structures ait remporté un marché public." Sans oublier Le Triomphe, en plein coeur du centre-ville, qui semble avoir réussi sa "reconversion" partielle dans le domaine des musiques amateures et professionnelles, tout en conservant son côté café-théâtre.
"Mais combien de petits théâtres ont disparu entre temps ?" demande Olivier Longeon, sans donner de réponse.
"2 millions d'euros, c'est environ la part du budget de la culture reversé au profit des associations, fait encore remarquer Josette Schériani au crédit de la majorité, et qui ajoute qu'"
il ne faut pas oublier les associations socioculturelles et les MJC où l'on trouve aussi des spectacles de qualité, pas au rabais..." "On jette des miettes aux petites associations !" répond un intervenant qui fait un parallèle entre Montreynaud et la ville de Guingamp pour pointer du doigt l'abandon culturel de certains quartiers.
"A Guingamp, il y a un cinéma, deux théâtres, deux salles polyvalentes..." explique-t-il.
"Et les petites assos n'osent pas se plaindre, parce qu'on ne peut pas critiquer la main qui distribue..."
L'attention a aussi été portée sur les compagnies de danse, certainement plus mal loties que les groupes de musique, et qui n'ont pas de lieux où elles peuvent travailler et mutualiser leurs moyens. Maurice Béjart, décédé il y a peu, voulait rendre à la danse sa place dans les arts. Il serait temps, ainsi que l'a fait remarquer Florent Pigeon (PS) que Saint-Etienne accélère la cadence. Olivier Longeon et Catherine Herbertz ont encore plaidé en faveur des transports de nuit et une politique de l'émergence des nouveaux talents:
"On a des lieux dans les quartiers, voire en plein centre-ville, la Bourse du Travail par exemple, qui ne sont pas utilisés, des usines etc. qui pourraient devenir des friches culturelles ouvertes à tous les arts... Il faut recréer du dynamisme culturel !"