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Stefano Moscato: canto blues PDF Imprimer Envoyer
Écrit par FI   
" Le nord des Etats-Unis était pour le Noir la terre promise, un autre Jourdain… La seule idée de travailler dans une aciérie séduisait la plupart des Noirs qui n’avaient jamais fait autre chose que des travaux agricoles. Cinq Dollars par jours, disait M. Ford et les Noirs accouraient pour faire la queue devant ses bureaux d’embauche."
Leroi Jones "Le peuple du Blues"


Le spectacle dont il est question ici (mais cette fois avec la complicité de Claude Gerbe et de Fred Foncourbe) sera à nouveau joué le mercredi 21 octobre 2009 à 19h30 au Musée de la Mine. Une dédicace du livre et un buffet vous seront proposés à l’issue de la représentation.

Soirée gratuite

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m'appelle Stefano Moscato. Je suis né en Sicile et je suis arrivé en France à l'âge de 6 mois, en 1948.

Que racontez-vous dans votre livre "Le cantonnement"?

L'histoire d'une famille d'immigrés siciliens qui vient dans la Loire dans les années 1950. Ce n'est pas une histoire racontée dans l'ordre chronologique. Ce sont des fragments de vie...

Avant le livre il y avait eu "Canto Blues"...

Le spectacle était une commande du Musée de la Mine, à partir de textes que j'avais écrits, relatant des souvenirs d'enfance, et que j'avais reliés au Blues. Parce que je pense que le Blues est une histoire d'exil , une histoire d'émigration. J'avais relié ça à l'histoire des noirs, quand ils ont quitté les champs de coton pour aller travailler dans les usines Ford dans le Nord des USA. Un livre de Leroy Jones m'a beaucoup influencé, "Le peuple du Blues". J'avais trouvé un contrat de travail qui ressemblait étrangement à celui que mon père avait signé en Sicile quand il a été recruté.

Et qu'indiquait ce contrat ?

Combien il allait être payé; à quel endroit; le prix du loyer, etc. C'était assez précis en fait. Il a été embauché par les Aciéries de la Marine, à l'Assailly, Lorette. Pour consoler ma mère il a dit: "Les Aciéries de la Marine, ça va être au bord de la mer." Donc fruits de mer, poissons... Et nous avons débarqué dans une vallée, la vallée du Gier,  la vallée sans joie selon les livre de géographie. On s'est retrouvé au milieu des usines.

moscato.jpg
Le livre de Stefano Moscato est disponible au Musée de la Mine qui l'a fait éditer.
Il l'est également à la librairie "Forum".


Dans quelles conditions ?

Dures mais qui étaient dures aussi pour les Français à l'époque. A la différence que mes parents avaient dû quitter leur pays. C'est ce que je dis dans mon livre: il ne faut jamais oublier qu'un immigré, c'est avant tout un émigré, qui quitte sa famille, sa terre et qu'il éprouvera toujours un sentiment de trahison. Parce que son pays n'a pas réussi à lui donner à "bouffer". Et il a en même temps le sentiment d'avoir trahi son pays...

Le racisme ?

Il existait un petit peu. Je me suis fait traiter de "macaroni", des choses comme ça qui ne sont pas toujours faciles à vivre. Et puis la pauvreté s'accompagne toujours d'humiliations, de honte, surtout dans le fait qu'on arrive pas à maîtriser le langage. Mon père me disait toujours: "Tu seras maître d'école", et effectivement j'ai exercé dans l'enseignement.  Avec ce livre en français, c'est peut-être un sentiment puéril, mais j'ai le sentiment d'avoir pris une petite revanche, à sa place...

C'était quoi ce cantonnement ?

Des cantonnements il y en avait à Saint-Etienne, dans la vallée du Gier, l'Ondaine... C'était des baraquements, c'est à dire des baraques en bois prévues, souvent, pour les prisonniers allemands après la guerre, transformés en logement pour ouvriers. A Lorette, elles se situaient un petit peu en dehors de la ville, à la limite avec Rive-de-Gier. Je ne saurais vous dire combien de personnes y ont vécu... On y était entassés.

Votre père est décédé ?

J'avais 14 ans. Il est décédé à un moment crucial pour moi. Il devait m'emmener pour la première fois en Sicile. Je l'ai très mal vécu.... Ce que j'explique dans le texte, c'est qu'on était chez nous en Italie. Mes parents parlaient sicilien mais en même temps on mettait un point d'honneur à être bons en Français. On était toujours les premiers en Français.

Quels sont finalement les souvenirs qui vous restent de cette enfance dans les cantonnements ?

C'est très mélangé. J'ai eu des bons moments et mes parents m'ont apporté beaucoup d'affection et d'amour mais je pense que je n'ai jamais connu la vraie sécurité. Les salaires  étaient vraiment très maigres... En même temps, je réalise aussi que pour ma soeur aînée, qui a vraiment connu la misère en Sicile, c'était pour elle, ici, la sécurité...


Des parents de Stefano Moscato avec des voisines espagnoles

Le spectacle:

Les Noirs que vous raconteront le trio sont d’une autre espèce, de celle,  à priori plus volubile, qu’on dégote entre Agrigente et Palerme. A la fin des années 40, à Lorette, les " Macaronis " étaient venus se vendre aux Forges et Aciéries de la Marine. Le père de Stefano Moscato vivait avec sa famille au cantonnement de la cité Pétin-Gaudet, un lieu clos, provisoire, un lieu à part, pour les immigrés. Aujourd’hui, le gosse se souvient de la vie
dans la vallée de la suie, au sein de cette fourmillière occupée à survivre. Le " Canto " fleurait les odeurs de crasse, la mère de Mouloud avait les mains tatouées et Louise sentait le patchouli…
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Say, I’m goin’ to get me a job now, working in my Ford’s place…
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Lecture : Patrice Lattanzi
Guitare/chant : Stefano Moscato
Contrebasse : Benjamin Walczak



Images extraites du film Canto Blues
A.P.


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