 La Ville de Saint Etienne s’est impliquée financièrement auprès de deux compagnies stéphanoises, à hauteur de 2000 euros chacune, pour soutenir leur participation au festival d’Avignon (Off) un festival prestigieux, mais également coûteux pour les compagnies locales.
Il s’agit de la Compagnie Trouble Théâtre qui présente « Une trop bruyante solitude » d'après l'écrivain tchèque Bohumil Hrabal. Une réflexion sur l’art et l’amour des livres mise en scène par Marc Badiou, à l’Albatros, jusqu'au 2 août à 12h30.
L’autre est la compagnie Graine de Malice, qui présente « Poutou sel et mimi sucre », spectacle jeune public (à partir de 2 ans) mis en scène par Philippe Zarch. Une « petite douceur théâtrale qui ne manque pas de sel, présentée dans le cocon feutré d’une yourte mongole climatisée ». Les représentations auront lieu au collège de la Salle jusqu'au 25 juillet à 10h et 11h20.
A noter encore la présence du GRAC (Groupe de recherche et d'action culturelles) avec « Il faut rendre à Césaire … », d'après « le Discours sur le colonialisme » d'Aimé Césaire, avec Djamila Zeghbab et Robbas Biassi-Biassi. Le spectacle a été créé à Saint-Etienne en novembre 2006 d’après le célèbre « Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire (Présence africaine, 1950), avec ajouts de textes de Léopold Sédar Senghor et René Depestre.
"Il faut rendre à Céaire..." est une manière de brûlot incantatoire qui hurle le bon temps des colonies; celui des "élites décérébrées" qui piochent dans l'épaisseur du minerai jaune, puis noir "quand la sueur de l'Indien s'est trouvée brusquement tarie par le soleil". Le spectacle est programmé du 10 juillet au 2 août, tous les jours à 14 h 45, au Théâtre des Corps Saints, 76 place des Corps Saints, à Avignon dans le cadre du festival Off (tél: 04 90 16 07 50).
" Une race de maîtres et de soldats, c'est la race européenne. Réduisez cette noble race à travailler comme le chinois ou le nègre, elle se révolte. Tout révolté est chez nous plus ou moins un soldat qui a manqué sa vocation et que vous appliquez à une besogne contraire à sa race... Or, la vie qui révolte un travailleur rendrait heureux un fellah ou un chinois. Que chacun fasse ce pour quoi il est fait et tout ira bien...
- Qui parle ? Hitler ? Rosenberg ?
- J'ai honte à le dire, c'est le philosophe humaniste Ernest Renan, au lendemain d'une guerre que la France avait voulu du droit contre la force. Voilà qui en dit long sur les moeurs bourgeoises..."
" Mais alors je pose la question suivante : la colonisation a-t-elle vraiment mis en contact ? Ou, si l’on préfère, de toutes les manières d’établir contact, était-elle la meilleure ?
Je réponds non.
Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir une seule valeur humaine. Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au VietNam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de 1’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent."
Aimé Césaire
Discours sur le colonialisme
|