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Coupable est le nouveau film de Laeticia Masson, tourné à Saint-Etienne et dans le Pilat. Ce n'est pas un "polar". Le meurtre, l'enquête policière que mène le flic, servent à la jeune réalisatrice à traiter de la quête de l'amour et de sa concrétisation dans le couple. " J'ai essayé de montrer la folie des rapports amoureux, explique-t-elle, c'est pas une thèse, ni un article dans Marie-Claire, c'est un film, avec des images et du son."
Coupable aborde le couple sous l'angle d'une certaine radicalité. En effet, tous les couples mis en scène par Laeticia Masson vont mal, vraiment très mal. Quant à l'amour, ce n'est ici qu'une histoire de manques: manque d'amour, manque de sexe, manque de mariage, d'enfant ou de vie de couple. On en connaît tous, des manques ou des histoires d'amour, plus ou moins complexes, mais Laeticia Masson part du constat que tous les couples sont "déglingués". En tout cas, elle ne s'est imposée aucun relativisme pour au contraire ne porter la caméra que dans la plaie.
" Un couple se met en scène et donne son image de l'amour, dit-elle. J'ai voulu regarder dans les coulisses. Ce n'est pas ma vision à moi qui serait négative, je montre seulement la complexité des choses. Et je pointe la violence, je la mets en lumière."
" Saint-Etienne est une ville qui a une beauté cachée, intérieure, comme en amour. Elle a aussi une histoire et un urbanisme qui met en relief le sentiment de solitude montré dans le film."
Dans "Coupable", comme dans "couple", tout le monde est victime et personne n'est innocent. Très logiquement d'ailleurs, puisque l'amour est injuste, violent et compliqué et ne "renvoie toujours qu'à soi-même". Ce qui n'empêche pas le plaisir évidemment. Il suffirait de penser avec Michel Onfray, qui introduit le film, que "la quête de l'âme soeur est dangereuse", et avec la réalisatrice que "l'envie extrême de fusion" est illusoire, pour panser sa déception et se contenter de peu. Ce qui est déjà beaucoup.
Dans Coupable, Denis Podalydès
interprête le rôle d'un flic qui s'offre les services d'une prostitué,
pour jouer à l'épouse, quand sa femme est absente.
" J'ai une espèce d'indulgence floue pour tout ce qui touche aux
difficultés amoureuses, le manque d'amour ou le trop d'amour. Je trouve
qu' effleurer d'une manière non-réaliste ce type de difficultés
amoureuses, sans chercher à en donner la clé, est le meilleur moyen
d'avoir un regard à la fois le plus lucide, le plus clair, pas
forcément angélique, sur cette étrange chose qu'est la vie amoureuse,
pleines de monstres et de secrets."
De Saint-Etienne, l'acteur déclare: " J'ai adoré ce tournage, du fait aussi d'être ici. C'est une région qui m'émeut par sa situation géographique, son histoire ouvrière et footballistique. Il y a ici une vraie mythologie, et c'est une chose à laquelle je suis attaché. La rencontre par exemple entre le football et le monde ouvrier, le public. C'est une vision romantique peut-être, qui disparaît, mais qui me plait..." Cinéma Le Méliès, février 2008
Mais chez Masson, à deux reprises, cette recherche de l'amour est portée à incandescence, sous la forme de la brûlure mortelle d'un couteau de boucherie. Parce que nous ne sommes pas ici avec des personnages correctement réalistes qui, comme dans La Fabrique des Sentiments, chercheraient à entrer dans un certain moule supposé confortable, celui du couple, du foyer, mais au contraire avec des personnages romanesques qui souffrent leur relation avec leur partenaire comme un idéal déçu. Et pourtant, si la robe de conte de fée de la cuisinière (Hélène Fillières) lui donne des airs évanescents, les surgelés dans le congel et certains de ses dialogues au ras du fondement l'amènent aussi dans un quotidien plus que trivial, comme pour offrir au spectateur le reflet de sa réalité inavouable.
"Les gens passent leur temps à juger, à avoir un avis tout de suite. Je trouve plus intéressant de se poser des questions que de donner des réponses toutes faites alors qu'on ignore tout de la vie des autres." Ainsi est Coupable, un film flou, noir et assumé, imparfait comme le spectateur renvoyé à sa part d'ombre.

Jérémy Renier et Amira Casar
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