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Michel Ocelot: "Les gens du France savaient que j'existais... " Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

ocelotmsc.jpgL'amitié entre Le France et Michel Ocelot est ancienne. " Avant Kirikou, j'existais mais peu de gens le savaient. Les gens du France, eux, le savaient." C'est grâce à ses courts-métrages et à des salles comme Le France, "des cinémas qui font vivre le Cinéma français quand les multiplexes font des entrées" qu'Ocelot s'est fait connaître dans le monde entier. " Dix personnes dans chaque pays" précise t-il. Devenu le plus grand réalisateur de cinéma d'animation français, celui qui vient aussi de signer le dernier clip de Björk n'oublie pas le cinéma stéphanois. C'est la troisième fois qu'il vient y rencontrer le public.


Mais avant Azur et Asmar, il a offert un beau cadeau aux quelques spectateurs présents dans la salle en permettant la projection d'un petit joyau. Filmé avec une antiquité sans viseur de la 2nde guerre mondiale, Les inventeurs est son chef-d'oeuvre. " C'est celui, dit-il, qui m'a permis de prouver au monde que je n'étais plus un apprenti." Dans un univers qu'on dirait fait de dentelle blanche (en réalité que du papier blanc et des napperons de patisserie découpés, collés et articulés !), une petite famille d' inventeurs en costume XIXe créent de jolies machines utiles. Mais les gens ne comprennent pas et s'acharnent à tout détruire.

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Quelques millions d'euros plus tard, par dessus la tête de Kirikou (premier film d'animation français à rapporter de l'argent) et autres princes et princesses, Azur et Asmar est un film en 3D qui a nécessité six années de travail. Sur une terre d'Occident dont le décor, les couleurs et les costumes sont empruntés aux Très riches heures du duc de Berry, une sarrazine donne le sein à deux bambins. Azur est le fils du maître de maison, Asmar est son fils. Les deux garçonnets, élevés comme des frères sont séparés brutalement. Des années plus tard, Azur, encore bercé des histoires de sa nourrice, franchit la mer dans l'espoir de conquérir la fée des Djinns. Dans un pays où les yeux bleus ne sont pas bien vus, il retrouve son frère de lait et sa mère Jénane, devenue une riche marchande...

Pour le principal, l'action du film se déroule dans un univers oriental diffus, du Maghreb à la Turquie, avec des touches persanes et andalouses et des allusions à Constantinople et à l'art gréco-romain. Les costumes aux couleurs chatoyantes empruntent ainsi à diverses cultures et civilisations. Celui de Jénane, par exemple, est typiquement berbère. Celui de la fée des Elfes s'inspire du XVe siècle français... Les dialogues, pour certains, sont en arabe littéraire, pour ne localiser aucun pays en particulier, et sans sous titre "pour montrer l'état d'immigré sur une terre étrangère." On devine parfois le sens par une alternance de dialogue dans les deux langues, parfois non. Les enfants, eux, semble-t-il, ne se posent jamais la question.

Entièrement réalisé en France, Azur et Asmar est un conte de fée qui cherche moins à faire l'apologie de la tolérance qu'à donner de la dignité à des gens qui penseraient ne pas en avoir, "à faire en sorte que les gens se sentent plus nobles." Parmi les personnages, celui de Crapoux est peut être le plus intéressant. Il passe son temps à cracher sur la terre où il vit et s'inspire directement du vécu du réalisateur. Souvenir amer d'un temps où l'enfant revenu d'Afrique rejetait un pays de France gris et mouillé.

"Je n'ai pour but que d'offrir du plaisir et de la beauté"
dit encore Ocelot. Si Azur et Asmar est un beau film, j'ai eu plus de plaisir à regarder Les inventeurs. Un moment magique, sans l'ombre d'un clavier azerty dans le recoin d'une seule image.


Écrit par Hervé