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Micro-Narratives Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
 
micronarrtive.jpgL’exposition « Micro-Narratives, Tentation des petites réalités » est présentée jusqu' au 21 septembre au Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne Métropole. Elle regroupe 87 artistes vivants, de générations différentes et venus de 24 pays. Cette exposition, dont le commissariat est assuré par Lorand Hegyi, directeur du Musée, a été présentée dans une version un peu différente au 48ème Salon d’Octobre de Belgrade en 2007. Dans la continuité des expositions « Settlements » présentée en 2004 et « Domicile : privé/public » montée en 2005, « Micro-Narratives » veut dresser un état des lieux d’une nouvelle attitude artistique à l’époque de la radicalisation des conflits globaux, des valeurs religieuses, des idéologies, des systèmes socioculturels et de la fin des grandes vérités. micronmsc.jpg




Dans le cadre de cette exposition, le MAM propose des stages vacances enfants pour les mois de juillet et août 2008:

Lundi 7 et mardi 8 juillet, de 9h à 12h et de 14h à 17h, « Un petit nid » ; moulage.
Le dépôt d’objets déchus de notre consommation, petits débris amoncelés reflétant chacun une bribe d’histoire, sédiments de l’activité humaine, nous servira de matière pour échafauder une construction. A la manière des oiseaux nous tisserons, entremêlerons, des éléments avant d’en fixer la figure par un moulage.
 
Lundi 28 et mardi 29 juillet de 9h à 12h et de 14h à 17h, « Il était deux fois... plutôt qu'une ! » ; dessin, collage, sculpture.
Cet atelier propose la mise en oeuvre de récits à multiples facettes. Ce n'est pas si simple de raconter une histoire, de choisir un lieu, d'inventer des personnages et une intrigue ! Après avoir découvert quelques oeuvres de l'exposition Micro-Narratives, tentation des petites réalités, la peinture, le dessin et la sculpture seront autant de moyens pour créer sa propre histoire. Et si une histoire en cachait une autre, puis une autre... comme les poupées russes !
 
Lundi 4 et mardi 5 août de 9h à 12h et de 14h à 17h, « Ma petite histoire » ; collage, photo, encres.
Nous commencerons par l’écriture de notre « autobiographie », petit récit balançant entre réalité et invention, où nos expériences sensibles prennent le pas sur le souvenir. Puis à travers différentes techniques, nous tenterons de nous abandonner à d’autres réalités. Celles qui nous sont propres, intimes, quittant pour quelques instants celles qu’on nous impose.
 
Lundi 25 et mardi 26 août de 9h à 12h et de 14h à 17h, « Coincer la bulle » ; peinture, dessin, collage.
Ces deux jours de stage n’auront rien du long fleuve tranquille. Ils s’apparenteront plutôt à un voyage initiatique. Nous essayerons, au travers de multiples exercices plastiques (frottage, empreinte, collage…), de nous employer à saisir cette bulle. Un carnet de voyage retracera notre périple imaginaire.
 
INFOS PRATIQUES :
Enfants de 6 à 13 ans.
Informations et réservations : 04 77 79 52 52 ou Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
Tarifs: 45 €
Lieux : Musée d’Art Moderne, La Terrasse, BP 80241, 42006 Saint-Etienne cedex 1
Sur inscription et règlement préalables dans la mesure des places disponibles (groupes de 15 enfants en moyenne).


Présentation par Lorand Hegyi.
Pour une autre approche de l'exposition, avec vidéos et photos, rendez-vous sur le blog. Le lien se trouve ci-dessous, dans le texte.


" MICRO-NARRATIVES
Intimité, fragilité et multiplicité des responsabilités : Récits d’adaptabilité, de tolérance et de réactivité

« Le déclin, peut-être la ruine de l’idée universelle peut affranchir la pensée et la vie de l’obsession totalisante. Tous ceux qui se trouvent face à une multitude de responsabilités souvent divergentes sont plus ou moins contraints de s’adapter, d’être tolérants et réactifs. » Jean-François Lyotard

Dans son essai percutant Tombeau de l’intellectuel et autres papiers, Jean-François Lyotard analyse le changement historique du rôle des intellectuels « qui pensent et agissent à la place de l’homme, de l’humanité, de la nation, du peuple, du prolétariat. Ils s’identifient avec un sujet doté d’une valeur universelle. [...] La responsabilité des intellectuels n’est pas dissociable de l’idée (partagée par tous) d’un sujet universel »(1). C’est justement la crise profonde et irrévocable de ce sujet universel qui caractérise notre époque, et Lyotard de préciser : « au moins depuis le milieu du 20ème siècle, une telle unité totalisante ou universalité fait défaut »(2).

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Gloria Friedman
"L'intouchable" (détail, 2007)
Plâtre et métal

Photo: FI

L’organisation sociale, politique, scientifique de ce sujet universel, l’unité totalisante de son histoire et de ses objectifs s’objectivaient dans les grands récits, au nom d’un sens, commun à tous, d’une légitimation universelle et collective. Dans son célèbre ouvrage La condition postmoderne Lyotard note : « Le grand récit a perdu sa crédibilité, quelque soit le mode d’unification qui lui est assigné: récit spéculatif ou récit de l’émancipation »(3). Récit spéculatif se rapporte à l’explication rationnelle et scientifique de la vie et de l’histoire et récit de l’émancipation se rapporte aux diverses stratégies politiques d’égalité, liberté, fraternité. Ces deux types de récits ont une validité universelle de principe et tendent à expliquer la totalité homogène de la vie et du progrès. Lorsque Lyotard parle du « déclin de la puissance unificatrice et légitimée des grands récits spéculatifs et d’émancipation », il touche le point névralgique des Modernes, leur tendance à uniformiser et homogénéiser la complexité de la vie, à généraliser de façon rationnelle, à rechercher l’unité totalisante ou l’universalité(4). Les grands récits ayant perdu leur légitimité, la crise qui suit cette déligitimation des grands récits simplificateurs provoque une grande méfiance et un certain désespoir envers les valeurs et les concepts de progrès universel. Les artistes y réagissent en activant diverses stratégies d’approche vers les petites réalités, vers des situations microsociales immédiates, vers l’intimité et la fragilité des histoires personnelles, des situations empiriques de nomadisme et de multiidentité, lesquels ne prétendent ni à l’universalité, ni à l’homogénéité. Au contraire, les structures individuelles empiriques et sensibles sont capables de saisir les petites réalités sans les dissoudre dans une homogénéité totalisante, sans nier leurs particularités. Ainsi naît une situation artistique dans laquelle des micro-narratives, en l’absence totale de toute légitimation transcendantale ou universelle, reflètent des situations empiriques et microsociales, de petites réalités intimes, locales, personnelles, non généralisables. Ces micro-narratives agissent par empathie en participant aux constellations concrètes.

Dans son analyse de Lyotard, Walter Reese-Schäfer souligne la nouvelle responsabilité modeste et sans pathos de ces cas particuliers. Le livre de Lyotard Tombeau de l’intellectuel et autres papiers propose aux intellectuels une nouvelle stratégie de mise en pratique de leur engagement politique, sans légitimation universelle ni système de valeurs externe pour évaluer l’immédiat de chaque situation. Walter Reese-Schäfer parle de nouvelle modestie. A la place d’un universalisme totalisant, Lyotard imagine une sorte de nouvelle responsabilité qui préconise le déclin de l’universalité, ressent l’autonomie, voire l’incompatibilité réciproque de diverses responsabilités et les aborde selon les cas avec adaptabilité, tolérance ou réactivité(5).

La multiplicité des responsabilités de Lyotard ou la multiplicité des identités(6) d’Arthur C. Danto se réfèrent à une re-concrétisation du sujet. Celui-ci n’est plus le sujet universel des grands récits, mais le sujet des petites narratives (petits récits chez Lyotard) bien concrètes et à détermination variable. Ces récits n’appartiennent plus à des intellectuels mais bien à des artistes, qui opèrent dans les situations microsociales qui sont les leurs, avec des prises de position locales.

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Anila Rubiku
"Houses of the rising sun" (2005)
Photo: R. Guerzoni

L’artiste d’aujourd’hui n’est donc plus l’intellectuel qui avait le droit d’agir au nom du sujet universel. S’il est honnête envers les autres et lui-même, s’il ne souhaite pas jouer le messie, il ne peut plus s’exhiber comme le représentant d’un sujet universel absolu. Sa compétence est ailleurs, dans l'action ancrée dans des situations réelles au niveau microsocial, dans l’approche de détails spécifiques, dans la perception des diverses constellations anthropologiques. Avec l’empathie et la participation, il développe de nouveaux liens, de nouvelles perspectives. Dans son Tombeau de l’intellectuel et autres papiers Lyotard affirme que les intellectuels n’ont plus de rôle à jouer aujourd’hui et qu’il ne reste que quelques aveugles n’ayant pas noté les mutations opérées depuis le 18ème siècle dans l’histoire de l’occident : il n’existe aucun sujet universel compétent pour défendre une vision du monde. Le déclin, peut-être la ruine de l’idée universelle peut affranchir la pensée et la vie de l’obsession d’une totalité. La multitude des responsabilités autonomes ou divergentes oblige ceux qui en prennent à s’adapter, à se montrer tolérants et réactifs. Ces caractéristiques ne sont plus contraires aux notions de sévérité, honnêteté et force, elles sont leur mandat d’arrêt(7). De fait, les conséquences esthétiques de l’analyse de Lyotard sur la disparition du sujet universel et sur le déclin de l’idée d’universalité dépassent sans doute les conséquences éthiques et politiques. Lorsqu’il parle d’adaptabilité, de tolérance et de réactivité, il poursuit ses affirmations radicales dans le domaine esthétique. En particulier les catégories d’adaptabilité et de réactivité signalisent une orientation anthropologique clairement antiformaliste, antihiérarchique et antiréductiviste. Les réactions immédiates, les actes in situ, la multitude des responsabilités ouvrent la voie à une nouvelle esthétique des micro-narratives. C’est justement la disparition de l’universalité ou celle du sujet universel qui prépare le chemin à une légitimation esthétique des micro-récits. Et l’approche de situations microsociales concrètes, définies selon des conditions spécifiques disqualifie les modèles esthétiques abstraits, ahistoriques, universalistes et fondés sur une pédagogie téléologique.

Arthur C. Danto s’exprime dans le même esprit que Lyotard sur l’importance des réalités concrètes et microsociales. Il parle de la disparition du sujet universel qui est par essence dans l’abstraction et ahistorique. « Le moi n'est pas une notion abstraite de la raison pure, la même dans toutes les époques et toutes les cultures. C’est le produit concret d’une multitude de forces et de causes, intégralement marqué par elles. Il est l‘expression de la culture d’une personne, de son sexe, sa tradition et sa race. […]. Ainsi, une théorie de moralité adéquate doit tenir compte de la matérialisation d’êtres concrets dans leurs milieux immédiats »(8). Ces deux philosophes constatent la disparition du sujet universel, abstrait, ahistorique, décontextualisé. Ils abordent aussi l'obsession de la totalité qui y est liée, la signification des constellations anthropologiques, socioculturelles et politiques de chaque époque, celles qui influencent les situations concrètes spécifiques. Leurs arguments ont des conséquences esthétiques, éthiques et politiques. Pour Lyotard, les termes de réactivité, tolérance et adaptabilité évoquent presque instinctivement des concepts esthétiques. Il appelle à agir non pas au nom de l’obsession de la totalité, de stratégies hors temps liées au sujet universel, mais dans le contexte des réalités immédiates, uniques et irremplaçables. Les micro-narratives thématisent la situation culturelle et émotionnelle qui succède à la disparition des grands récits où chaque nouveau récit, chaque nouvelle constellation transmettent d’autres liens et d’autres constellations.

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Sang-Kyon-Noh
"For the worshippers" (Détail, 2007)
Résine polyester, fibre de verre

Felice Levini
"Circolo degli angeli" (1993-1994)
Encre sur PVC

Photo: FI

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Le Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne Métropole a lancé un blog pour vous informer et recueillir vos commentaires autour de l’exposition. Ils’agit d’un outil complémentaire de visite, à voir avant ou après. Des informations, photos et vidéos seront mises en ligne régulièrement. Pour en profiter, cliquez sur  www.micronarratives.wordpress.comL’exposition Micro-Narratives présente des énoncés d’artistes qui signalisent leur nouveau rôle et leurs nouveaux objectifs à une époque où les conflits globaux se radicalisent entre les différents systèmes politiques, religieux, idéologiques et les différentes échelles de valeurs socioculturelles. La curieuse et touchante approche des petites réalités, des constellations socioculturelles immédiates et des relations micro-communautaires encourage une pratique artistique anti-hiérarchique, antimonumentaliste, fragile et intimiste, empathique et modeste, qui se concentre sur la mise en forme artistique et sur les processus de sensibilisation. Il s’agit ici de petites histoires fragiles, éphémères, poétiques, qui expriment l’implication personnelle dans les réalités immédiates ainsi qu’une empathie sensible. En même temps, elles redéfinissent la localisation de la pratique artistique dans l’ensemble dense des processus sociaux. Les micro-narratives essayent de redéfinir la pratique artistique dans la jungle de la complexité socioculturelle. Avec leur réceptivité fragmentaire, spontanée, anti téléologique, tolérante et sensible, elles reflètent bien la position typiquement post-utopique de notre époque et en proposent une nouvelle lecture plus adéquate, crédible et modeste. Les termes adaptabilité, tolérance et réactivité font partie de cette nouvelle stratégie de modestie poétique qui prend en compte et évalue les petites réalités. Ce point semble d’une importance primordiale pour la pratique artistique contemporaine. Ces artistes placent les nuances intimistes, les réalités immédiates et des détails sensibles au centre de leur travail et participent ainsi à intensifier l'empathie.

Les principales caractéristiques des micro-narratives semblent être les suivantes : empathie et ouverture poétique face aux fragiles constellations anthropologiques, approche évidente et intime des petites réalités, intérêt pour la contextualité des micro-communautés immédiates, perception empathique des notions et des particularités situationnelles, immersion dans la densité micro culturelle imprégnée d'entités et de constellations spécifiques non généralisables. Des rêves et des projections psychiques, des situations vécues personnellement et apprises culturellement, des petites réalités immédiates ainsi que le simulacre socioculturel se mêlent à ces micro-narratives. La relation immanente est marquée par les significations situationnelles et non par les méta-niveaux universels, extérieurs, abstraits, transcendantaux. Il semble qu’un rejet discret du concept d’universalité transcendantale et de toutes les formes de sensus communis soit en train de s’installer dans la pratique artistique moderne. C’est l’artiste qui stabilise la participation aux réalités immédiates et la perception de la diversité comme son attitude première et son positionnement réfléchi. Comme l’écrit Michael Newman : « ceci implique un renforcement de la signification contextuelle ou situationnelle des éléments. Le travail artistique prend ainsi une direction opposée à celle de Lévi-Strauss, lorsqu’il parle du maintien des éléments isolés d’un mythe dans une combinatoire universelle »(9).

En d’autres termes, les différents témoignages, informations et références ne présentent pas de systèmes de légitimation extérieurs, généraux et déconnectés des situations réelles immédiates, mais sont conditionnés dans chaque contexte concret. Les significations sont marquées par une relation immanente et non par une universalité transcendantale. La signification spécifiquement contextuelle ou situationnelle de Michael Newman devient une base de référence de premier plan pour le travail artistique contemporain. Ces significations contextuelles et situationnelles ne prétendent à aucune validité universelle et abstraite mais se réfèrent aux réalités contextuelles immédiates. Elles reflètent des réalités spécifiques, des éléments traditionnels ethnoculturels et historiques, des conditions économiques et géopolitiques où le langage, l’éducation, la sexualité, la communication, les mythes, la religion, la relation à la nature, etc. déterminent la relation immanente. La remise en contexte de la pratique artistique dans des processus historico-culturels complexes ainsi que l’objectivisation sensuelle et pittoresque de la référence par des systèmes de signes utilisant la métaphore et l’allégorie localisent le travail de l’artiste contemporain dans les petites réalités modestes et intimes, là où les métaphores culturelles esquissent seulement certaines formes de pathos et d’allégories démonumentalisées. En particulier en Serbie – et en général en Europe centrale et de l’Est -, cette attitude de nouvelle intimité sensible, de scepticisme vis-à-vis des idéologies monolithiques et utopiques, du sujet universel falsifié et de l’ouverture et de la tolérance face aux petites réalités des constellations anthropologiques complexes et irréductibles, est courageuse et de grande importance.

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Maurizio Savini
"Solo Fly" (2005)
Chewing-gums, bois et fibre de verre
Photo: FI

A ce propos, la réflexion de Lyotard prend tout son poids lorsqu’il différencie la vocation de fait de l’artiste de la fonction de l’intellectuel : « Un artiste, un philosophe, un écrivain en tant que tel n’est responsable qu’à l’égard de la question : qu’est-ce que la peinture, l’écriture, la pensée. Si on lui dit qu'une oeuvre est incompréhensible pour la plupart des gens, il a le droit et le devoir d'ignorer cette critique. Il ne s’adresse pas à un public, même pas à la communauté des artistes, écrivains, etc. En réalité, il ne connaît pas son interlocuteur et être artiste ou écrivain, c’est lancer un message dans le désert »(10). Ce message ne concerne pas un sujet universel idéalisé et falsifié, au nom duquel parlait autrefois l’intellectuel, mais les situations concrètes des petites narratives. Celles-ci se développent dans une situation de multitude de responsabilités ou d’identités. Le titre de Micro-narratives se veut fidèle à la nouvelle sensibilité esthétique et éthique décrite ici.

L’exposition présente des artistes de renommée internationale, jeunes et moins jeunes, qui se sont confrontés à la problématique de la mise en forme de nouvelles constellations anthropologiques et de situations dans des micro-communautés. Les femmes artistes y sont très présentes, peut-être une indication que l’art actuel possède une affinité particulière avec la sensibilité micro-sociétale, l’empathie et l’engagement émotionnel. En tout cas une relation douce, intime et fragile avec les petites réalités qui peut-être représentent certains éléments anti-monumentalistes ou tout simplement féminins.

L'art actuel est l'art des artistes, et non celui des intellectuels. Il est doux, intime, sensible, antihiérarchique et anti monumentaliste, participant et empathique. Son intelligence se réfère à la relation immanente, non à une légitimation extérieure et apparaît dans sa capacité empathique à créer de nouveaux liens. C’est pour cela que j’aimerais terminer cet essai par cette belle idée sobre de Lyotard, selon laquelle l’intelligence ne se tait pas, ne se confine pas dans un travail qu’elle affectionne, mais tente d’être à la hauteur de cette nouvelle responsabilité qui rendra les intellectuels caducs : le devoir de séparer l’intelligence de la paranoïa(11)."

(Rome, août 2007)

Notes :
1. Jean-François Lyotard : Tombeau de l ’intellectuel et autres papiers, ed. Galilée, 1984
2. Jean-François Lyotard : Tombeau de l ’intellectuel et autres papiers, ed. Galilée, 1984
3. Jean-François Lyotard : La Condition postmoderne, Les Editions de Minuit, 1979
4. Jean-François Lyotard : La Condition postmoderne, Les Editions de Minuit, 1979
5. Walter Reese-Schäfer : Lyotard zur Einführung, ed. Junius Verlag, 1988, p.54.
6. Arthur C. Danto : “Postmodern Art and Concrete Selves. The Model of the Jewish Museum” in Arthur C. Danto:
Philosophizing Art, University of California Press, Berkeley-Los Angeles-London, 1999, p. 124-125.
7. Jean-François Lyotard : Tombeau de l ’intellectuel et autres papiers, ed.Galilée, 1984
8. Arthur C. Danto : “Postmodern Art and Concrete Selves. The Model of the Jewish Museum” in Arthur C. Danro :
Philosophizing Art University of California Press, Berkeley-Los Angeles-London, 1999.
9. Michael Newman : Revising Modernism, Representing Postmodernism.
10. Jean-François Lyotard : Tombeau de l ’intellectuel et autres papiers, ed. Galilée, 1984
11. Jean-François Lyotard : Tombeau de l ’intellectuel et autres papiers, ed. Galilée, 1984

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Parallèlement, « United Artists of Italy » est présentée au Cabinet d’arts graphiques. Il s'agit d' un projet initié par le galeriste Massimo Minini (Brescia) et propose une collection de plus de 200 portraits photographiques de célébrités de la scène artistique italienne et internationale à partir de 1960. 21 photographes ont travaillé à élaborer cette galerie de portraits, vingt-et-une exigences et ambitions différentes. Dans certaines images, l’artiste est représenté sous les traits poétiques du penseur éternel, de l’intellectuel à l’écart du monde. Le double portrait de Giorgio De Chirico et d’Andy Warhol réalisé par Gianfranco Gorgoni montre bien cette volonté de distanciation : les deux artistes regardent le monde comme des extra-terrestres. D’autres photographes comme Mario Giacomelli ont préféré faire ressortir le côté maniaque et possédé de l’artiste ; d’autres encore immortalisent les artistes dans la pose la plus typique possible, représentative de son travail (Paolo Mussat Sartor, Elisabetta Catalano, Ferdinando Scianna, Nanda Lanfranco, Attilio Maranzano) ; d’autres portraits présentent plus classiquement l’artiste au travail (Nanda Lanfranco, Giorgio Colombo, Ugo Mulas) ; dans certaines photographies la représentation du contexte culturel et historique prend le pas sur le portrait nous en disant plus long sur l’époque que sur l’artiste comme les clichés de Mario Dondero ou Mimmo Jodice ; enfin le portrait peut devenir lui-même oeuvre d’art lorsque l’image offre une identification parfaite entre l’artiste et son oeuvre (Paolo Pellion, Nino Migliori).


Écrit par FI