Le 15 avril 1958, alors que l'on parle encore du conflit algérien en termes pudiques ("pacification") la presse s'interroge sur le cas Mekhloufi. Le joueur, qui effectue son service militaire au bataillon de Joinville, manque à l'appel. Les instances du football sont pour le moins dans l'embarras. La star stéphanoise, championne de France en 57, sélectionnée en mars 58, est au coeur du dispositif tricolore qui doit disputer la Coupe du monde en Suède deux mois plus tard. Et ce n'est pas tout. D'autres joueurs dont l'international Zitouni sont également aux abonnés absents. L'AS Monaco, avec quatre "disparus" ( Mustapha Zitouni, Boubekeur, Bentifour et Bekhloufi) est particulièrement touchée.
C'est à Tunis qu'on retrouva leurs traces, dans la base du Gouvernement provisoire algérien. L’idée de créer cette équipe révolutionnaire était née l'année précédente. Mohamed Boumezrag avait participé au Festival mondial de la jeunesse à Moscou où une équipe de foot hétéroclite y avait représenté le sport algérien sous son propre drapeau. Avec quelques autres dont notamment Mokhtar Arribi et Mohamed Maouche (Stade de Reims) il met au point "l'évasion" de ses "compatriotes". C'est à Mokhtar Arribi (Lens), un natif de Sétif comme Mekhloufi, que revint la mission de prendre contact avec le Stéphanois la veille d'un match contre Paris. Mekhloufi, blessé durant la rencontre, est hospitalisé et prend la poudre d'escampette le lendemain, direction la Suisse.

L'équipe de 1961
Mekhloufi est au premier rang et porte le fanion
Nous empruntons cette image au blog sebbar.oldiblog.com
"Le FLN a fait cette action avec 10 joueurs. Il ne savait même pas qu'on jouait à onze, dit l'ancien Vert(*).
C'était d'abord une action politique pour dire au peuple français "Réveillez-vous ! Il y a une guerre qui est en train de se dérouler..." Et les joueurs, une trentaine fin 1958, furent pendant quatre ans les meilleurs ambassadeurs de leur pays naissant. La Fédération française eut beau sollicité la FIFA pour qu'elle sanctionne toute fédération qui accueillerait les "déserteurs", l'équipe des "combattants" s'attira la sympathie de nombreuses nations, en particulier dans le bloc communiste. Entraînée par Arribi, l'équipe disputa plusieurs dizaines de matchs (90 selon certaines sources) contre le Maroc, la Tunisie, la Jordanie, la Bulgarie, la Roumanie, la Chine... et ne fut défaite qu'une quinzaine de fois. Kader Abderrahim, dans son ouvrage
L’indépendance comme seul but prête ces propos à Ferhat Abbas, président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA):
« Vous venez de faire gagner dix ans à la cause algérienne. »
Dans son édition du 30 mars 2008, le journal algérien
El Watan rappelle que cette date du 14 avril 1958 marque la naissance du football algérien moderne et que Mekhloufi et ses co-équipiers
"ont formé les joueurs de l’équipe nationale de 1982". Mais aussi que
"si on les avait laissé travailler, le football algérien ne serait pas là où il est aujourd’hui".**

Bras croisés derrière Jacquet, Rachid Mekhloufi
Rachid Mekhloufi, en 1962, ne put revenir immédiatement à Saint-Etienne, le club de son coeur qui évoluait alors en 2nde division. Jean Snella, l'ancien Stéphanois, l'intégra au Servette de Genève auquel il apporta un titre de champion de Suisse. Il rejoignit ensuite le Forez, sans beaucoup d'appréhension, et disputa un premier match où en quelques minutes il sut reconquérir les faveurs des tribunes. Sous le maillot vert, il fut champion de France en 1964, 67 et 68. En finale de la Coupe de France, en 1968, contre Bordeaux, il inscrivit les deux buts de la victoire.
Quant à l'équipe de France 58, la défection des stars algériennes ne l'empêcha pas de décrocher une brillante 3e place.
* Voir les vidéos sur le site génériques.org
** Propos rapportés de Michel Naït Challal, également auteur d'un ouvrage consacré à cette épopée.
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