Cette diminution des "forts lecteurs", que l'on peut associer à d'autres constats, par exemple une durée de vie du livre raccourcie*, fragilisent ipso-facto le secteur du livre. Il convient peut-être, si l'on se réfère à l'étude tns-Sofres, de nuancer le facteur aggravant des "nouvelles technologies", entendons surtout "internet", cela va de soi. Si on peut, peut-être, évoquer pour les plus jeunes les jeux en réseau, tout ce qui relève des nouveaux loisirs ou des modes de communication (t'chats, etc), l'étude en question montre que l’utilisation régulière d’Internet ne semble pas nuire à la lecture des Français. Au contraire: 13 % des Français qui surfent sur le web tous les jours ou presque sont de « grands lecteurs » (contre 9 % en moyenne) alors que seulement 20 % d’entre eux sont non lecteurs (contre 31 % en moyenne). A l’inverse, parmi ceux qui n’utilisent pas l’outil Internet, 43 % sont non lecteurs.**
Lors d'une petite présentation de la politique culturelle de la Région, le 26 juin, à l'espace régional de Saint Etienne, Jean-Louis Gagnaire, vice-président de la Région Rhône-Alpes délégué au développement économique, a énoncé un autre chiffre, étonnant: 50 % des enseignants déclarent ne jamais lire un journal. Si c'est exact, on peut en déduire logiquement que c'est aussi pour eux que la Région a lancé son opération "Kiosque au lycée" dont elle doit faire le bilan ce mois de juin (
lire article).
Concernant la lecture et le livre, oeuvre d'art et outil primordial de transmission des savoirs, la Région consacre, en 2008, 2,5 millions d'euros pour la mise en oeuvre de sa nouvelle politique.
"Il faut avoir une action assez résolue, déclare Catherine Herbertz, conseillère régionale, membre de la Commission Culture,
c'est un enjeu de société très fort qui va marquer les décennies à venir." Si la Région intervenait déjà sur certains points: dispositifs favorisant la rencontre du livre avec les 16-25 ans (avec la carte M'RA notamment), aide à la création, à l'agrandissement ou à la reprise des librairies, aides aux éditeurs ...
"la grosse nouveauté, explique Catherine Herbertz,
consiste à soutenir la création avant de soutenir le système qui en découle". Avec des bourses d'étude à l'écriture, un accompagnement des écrivains en résidence, des soutiens de créations atypiques, etc. En outre, les aides sont élargies puisqu'elles concernent désormais la littérature jeunesse et la BD.
L'édition et la diffusion de l'ouvrage
"Dans les pas des écrivains en Rhône-Alpes" participe à sa manière de cette politique volontariste. Il s'agit d'un ouvrage illustré très intéressant, à destination du grand public, qui propose une balade littéraire en même temps qu'un itinéraire touristique inédit dans les huits départements de la région. 153 écrivains du XVIe au XXe siècle, défunts, célèbres ou moins connus, sont recensés, qui tous ont entretenu, à un moment de leur vie ou de leur oeuvre, un rapport significatif avec elle. Ce sont des écrivains "en Rhône-Alpes" et non "de Rhône-Alpes", c'est à dire d’ici ou d’ailleurs, des habitants ou des voyageurs. Certains ont traversé des villes ou des paysages, furtivement parfois, qui leur ont inspiré quelques lignes ou des pages, d’autres ont situé un épisode ou l’action entière d’un de leur roman dans un lieu précis. Si tous ont laissé, peu ou prou, un souvenir immatériel, la présence d'un certain nombre d'entre eux imprègne encore des lieux physiques (maison natale, monument, statue...).
Le livre se présente en deux parties bien distinctes, à la fois complémentaires et indépendantes. La première favorise l’approche territoriale à travers les départements et propose des entrées sensibles à partir d’écrivains ou de sites. Les pages consacrées à la Loire comportent huit petits chapitres. C'est sans surprise qu'on y lira son antagonie littéraire, ses deux portraits, du XVIe à nos jours, depuis le paradis arcadien d'Honoré d'Urfé à l'enfer industriel évoqué par Vallès ou Camus. Dans notre temps aussi avec les écrits "en vis à vis" d'Emile Clermont. Le lecteur retrouvera encore Jules Janin, Emile Zola, Stendhal et les désillusions de Rousseau... Flora Tristan aussi qui écrivait des maisons de Saint-Etienne, en 1844, qu'elles lui causaient
" un mouvement d’effroi dont je ne suis pas maîtresse - songeant de suite à la manière dont elles se sont gagnées, je vois dans chaque pierre un membre humain."(3)
L'ouvrage évoque aussi, c'est moins connu, la mort de Guillaume du Bellay, en 1543, au relais de la Tête-Noire, à Saint-Symphorien de Laye. Le seigneur de Langeay y fut embaumé sur place par son médecin: un certain Rabelais. Ronsard, Molière et Rousseau y passèrent la nuit. A découvrir encore l'escapade de Barbey-d'Aurevilly à Bourg-Argental et celles de Simone Weil et Paul Claudel à Roanne. Ce dernier écrivait de la cité du nord en 1935:
"Roanne,
L'idéal est ceci ou ça
Mais le clocher de Roanne
Egoiste garde sa
Préférence pour la couenne."
A droite, Nelly Gabriel, un des deux auteurs
A gauche, Valérie Larroque, du collectif Le Cri, a lu un texte de Jules Vallès, "l'insurgé" concernant les mines de Saint-Etienne.
La seconde partie est dévolue aux biographies. Qui se souvient de Charles Morice, né à Saint-Etienne le 15 mai 1860, l'ami de Verlaine et Gauguin ? Il fut pourtant un des principaux théoriciens du symbolisme...
En fin d’ouvrage, on trouvera des cartes qui permettent de visualiser, grâce à des repères numérotés et des pictogrammes, les lieux concernant chaque écrivain. Pour chaque département (Ain, Ardèche, Drôme, Isère, Loire, Rhône, Savoie et Haute-Savoie), sont indiqués les lieux de naissance, de résidence ou d’inspiration des auteurs et des « circuits littéraires » sont proposés, pour se rendre sur le terrain. Dans les pas des écrivains, de villes en châteaux, à travers la diversité des paysages, ce livre nous entraîne à la découverte d’un patrimoine littéraire toujours digne de mémoire.
Notes:
* Résumée par Saïd Mohamed sur lekti-ecriture.com :
"un ouvrage qui n’est pas devenu un « classique » ne peut pas être proposé à la vente en librairie sur plusieurs années, parce que tous les ouvrages n’ont pas vocation à perdurer (...) Un livre produit dans des conditions précaires qui rentre dans le système de diffusion-distribution en rotation rapide n’a que très peu de chance de trouver son public dans le laps de temps nécessaire à sa survie, s’il n’est pas accompagné de la machine de guerre que seuls les gros producteurs peuvent assumer. "
** Lire:
http://www.tns-sofres.com
3)
> Lire ce dossier du site internet des Amis du Vieux Saint-Etienne