tracesephem.jpgIl est de coutume d'écrire que Molière serait venu jouer à Saint-Etienne, dans une baraque de la place Chavanelle. L'anecdote marque en quelque sorte les débuts de l'histoire du théâtre à Saint-Etienne, même si rien ne la prouve; on chercherait en vain aux Archives départementales une copie de cet acte de naissance daté de 1653. Paul Ronin dans son ouvrage Le Théâtre à Saint-Etienne (1961) précise même qu'il y aurait joué L'étourdi ou le Contre-Temps. C'est pratique. " Il vint en cette ville, et prit le nom qu'il a, Sans que de cet Albert, ni de ce fils Horace, Douze ans aient découvert jamais la moindre trace. Voilà l'histoire en gros, redite seulement, Afin de vous servir ici de fondement." ( Acte IV, scène I).

Depuis le passage du génie tutélaire, de nombreux théâtres ont existé dans notre cité, théâtre des Minimes, du Pré de la Foire, le Théâtre Massenet bien sûr ou encore l'Etoile-Théâtre. Il y a 60 ans,
un "éon" venu de Grenoble, Jean Dasté, y créait l’un des tous premiers Centre Dramatique National de France. Il en assura la direction durant vingt-cinq ans, laissant l'empreinte profonde d'une théâtre populaire, souvent joué en plein air ou sous chapiteau, selon les grands principes de la politique de décentralisation théâtrale, inspirée aux lendemains de la 2nde guerre mondiale par Jeanne Laurent. De nombreuses photos d'Ito Josué, célèbres, témoignent de cet instant sacré de la rencontre avec le public.

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L'exposition a été inaugurée le 21 avril 2008 par André Cellier, conseiller général en charge de la Culture.  Au centre, Mr Barau, attaché de conservation aux archives départementales et maître d'oeuvre de cette exposition.

Les photographies de l'exposition "Traces de l'éphémère"  se focalisent pour leur part sur la représentation théatrale proprement-dite. Photographies de scènes, nées du spectacle, elles figent des instantanés, capturent les mimiques fugaces des comédiens, aussi  éphèmères que l'émotion de l'instant vécu par le spectateur.  Elles se rapportent à 16 des quelque 360 spectacles créés à la Comédie, de Jean Dasté à Daniel Benoin (1947-2001), joués pour certains à  la salle des Mutilés du travail, au Théâtre de l'Eden ou à la salle d'oeuvres de Beaulieu, et choisis de façon à donner une image à peu près fidèle de la diversité des époques et des styles de mise en scène comme de la variété du répertoire.

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Les cinq auteurs les plus joués sont représentés: Molière, Shakespeare, Labiche, Marivaux et Brecht. L’ordre de représentation choisi – des Troyennes d’Euripide au Ghetto de Joshua Sobol – inscrit l’histoire de la Comédie de Saint-Étienne à la fois dans celle du théâtre et dans l’Histoire tout court.Complétant l’ensemble, quelques costumes (de l’atelier de la Comédie) et quelques masques (du fonds Jean Dasté) restituent un peu du relief de la représentation, dont ils sont des vestiges directs. Ici les costumes de Jean Dasté, au premier plan celui de Sganarelle (Dom Juan) dessiné par Antoine Mayo (1962) et celui du gouverneur dans Le Revizor, d'après Gogol (1967), par Hubert Monloup.. A voir également les costumes créés par Ouriah Khoulfi (1994).

En vis à vis de ces photos superbes, l'exposition propose aussi  des dessins de costumes, de décors, d’accessoires, ou encore de mise en scène. Ces dessins anticipaient la représentation, participaient à son invention. De fait, ils annoncent aussi les photographies à venir, à la différence près que ces petits chefs-d'oeuvres sont en couleur. Et il y a souvent quelque chose de joyeux dans ces dessins, même si le sujet de la pièce ne l'est pas, comme l'annonce d'un bon moment à vivre. C'est particulièrement vrai avec certains personnages couchés sur le papier, par exemple Almaviva et Suzanne (Le Mariage de Figaro, 1952), mignonettes de porcelaine en costume du XVIII figées  dans une forme d'intemporalité. Avec les photographies en noir et blanc d' Ito Josué, Yves Guibeaud ou André Grange, on entre dans un autre registre. Le regard ou la posture peut être comique, elle n'est pas joyeuse, le passé y est plus... présent.

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Ne dirait-on pas que certains dessins sortent des carnets d'un ethnologue ? A lire aussi les notes crayonnées qui les accompagnent, entre minutie ("Toutes les lampes doivent fonctionner, habillage intérieur de feuilles de cuivre...", pour Les derniers, de Gorki) et minutie matinée d'espièglerie: "La plus classique tête possible de père éternel" (Dom Juan).

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N’anticipant pour l’un ou n’enregistrant pour l’autre qu’un aspect partiel du spectacle, dessins et photographies n’ont ni l’exactitude, ni l’exhaustivité des captations vidéo mais n’en offrent que plus de prise au travail de l’imagination. Et d'une certaine manière, par une sorte de "moindre-mal", restituent à l'art éphèmère ce que cette même captation vidéo lui dérobe en le faisant perdurer plus complètement.

Jusqu'au 8 août 2008
Infos pratiques:

Archives départementales de la Loire
6 rue Barrouin, 42 000 Saint-Etienne,  tel. 04 77 93 58 78
Tramway 4 et 5 : arrêt la Chaléassière.

Accès libre

Des visites guidées réservées aux scolaires ou aux groupes peuvent être organisées sur demande auprès des Archives départementales (contact : 04 77 93 58 78).
Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 heures (fermeture entre 12 heures et 13 heures en période de vacances scolaires de l'Académie de Lyon)

Les archives de la Comédie

La Comédie de Saint-Etienne a versé en 2004-2005 ses archives couvrant les années 1947 à 2001 aux Archives départementales de la Loire ; Mme Jeanne Dasté y avait déjà déposé en 1997 les papiers personnels de Jean Dasté. La célébration au cours de la saison 2007-2008 du 60ème anniversaire de la Comédie offre une bonne occasion de mettre en valeur et d’ouvrir aux chercheurs cet ensemble documentaire très riche sur l’histoire de cette institution innovante. Les documents versés occupent environ 70 mètres linéaires et portent sur l’ensemble de la période. Ils concernent tous les aspects de la vie de l’institution, la gestion administrative et financière non moins que la création artistique y compris dans ses dimensions techniques, le personnel de la Comédie autant que ses publics. Tous les genres de supports y sont également représentés : documents écrits bien sûr, mais aussi photographies – très nombreuses – et affiches (dont celle superbe de Le Troyennes, qui reprend la célèbre photographie de la petite Afghane de Steve Mc Curris) de captations vidéo et enregistrements sonores, et même maquettes de décor. Ces documents spécifiques et fragiles ont fait l'objet d'un conditionnement particulier leur assurant une conservation maximale. Dans le même but, l’ensemble des diapositives (plus de 4000) et des captations vidéo (138) a été numérisé. Un répertoire illustré portant aussi sur le fonds Jean Dasté (126 J), déjà classé et inventorié, sera publié.

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