La Cité du Design et ses partenaires Méotis, Réseau Régional de la mémoire du Nord Pas de Calais et France Alzheimer avaient lancé le 20 décembre 2007 un appel à projets Design pour l’amélioration de la vie à domicile des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer ou maladies apparentes et de leurs aidants. Destiné aux écoles d’art, de design et d’architecture françaises et européennes, il a recueilli 30 dossiers de participation, issus d’écoles françaises, suisses, italiennes et bulgares.
Les lauréats, révélés à l’occasion des Journées Mondiales Alzheimer, ont été récompensés au cours d'une soirée consacrée à la maladie, dans le cadre de la Biennale Design Internationale de Saint-Etienne. La petite cérémonie s'est déroulée en présence de Mmes Florence Pasquier, Arlette Meyrieux et Maryvonne Lyazid, respctivement présidentes de Méotis, France Alzheimer et de la Fondation Caisse d'Epargne Solidarité. Elles ont salué ces projets "riches en innovation et en sensibilité" et chaleureusement félicité ces jeunes étudiants qui en imaginant des "choses belles et utiles" ont démontré leur étonnante capacité à appréhender le quotidien des malades. Les trois prix du jury ont été récompensés pour un montant total de 12 000 euros. Les sept projets retenus sont exposés jusqu'au 30 novembre.
Florence Pasquier et Arlette Meyrieux
1er prix : Deci Delà (montre directionnelle pour sécuriser l’errance - projet d’étudiants de l’ENSCI les ateliers Paris France) Cet outil s’adresse aux malades en début et milieu de maladie.
L’errance est définie comme une déambulation inconsciente et déstructurée, il s’agit d’une des activités les plus fréquentes et nécessaires qui participe à l’équilibre physique et physiologique de la personne. Deci- Delà est une montre / bijou, qui permet de réduire les risques dus à la perte de repères spatiotemporels.

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Lorsque l’utilisateur est à son domicile, la montre est en mode simplifié, et présente un cadran étalonné sur 24 heures divisés en quatre plages de couleurs différentes pour séquencer le matin, l’après midi, la soirée et la nuit. Lorsque la personne passe le seuil de son domicile, un signal désactive l’aimant maintenant le cadran de la montre sur son support. Elle glisse ainsi doucement dans la main et passe en mode « espace », et sert de boussole simplifiée (flèche indiquant la direction de la maison).
Deux membres de l'équipe.
Le projet a été porté par Gaétan Mazaloubeaud, Aurélie Eckenschwiller, Isabelle Daeron et Marie Coirié.
La fonction montre est toujours possible en repositionnant le cadran sur sa base, mais l’aimant ne peut-être réactivé qu’au retour à domicile.

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2ème prix : Repères (horloge repère, lampe de chevet et magnets généalogique sur tableau blanc projet d’étudiants de l’École cantonale d’art de Lausanne en Suisse) Ce projet a pour but de créer des objets simples permettant d’offrir le maximum d’indépendance au patient par rapport à l’entourage au regard de trois problématiques : la perte de repère temporel, la perte de repère spatial et la perte de mémoire. Ainsi, une série de trois objets simples d’utilisation est proposée.
Une horloge appelée Day Clock inspirée d’un tableau blanc (inscription au marqueur délébile) divisée en 24h afin que toutes les heures de la journée soient représentées. Une grande aiguille indique l’activité à réaliser au moment voulu.
Yoanna Finaud
Un ensemble de lampes phosphorescentes, telles que peuvent l’être les veilleuses, appelés Night Lamp, constitué de lampes permet d’afficher des repères spatiaux dans la nuit.
Des cadres photos numériques, appelés Family Magnets, qui peuvent être placés sur le réfrigérateur par exemple sous la forme d’un arbre généalogique, pour rappeler à la mémoire du malade les différents membres de sa famille, leur place, leur nom.

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3ème prix : Tissus relationnels (serviette de bain, toucher relationnel, École Supérieure des Arts Appliqués aux industries de l’ameublement et de l’Architecture Intérieure Boulle, France). Le projet découle d’une réflexion sur les bienfaits du toucher pour les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer ainsi que pour leurs aidants.
La toilette est considérée comme un acte essentiel de la vie courante, acte d’hygiène élémentaire, nécessaire au bien être corporel global. Le contact durant l’acte de soin permet de rassurer le patient, de diminuer l’irritabilité et l’isolement, il est ainsi vecteur de communication non verbale par le biais d’un transfert de chaleur affective et thérapeutique, soulageant ainsi les douleurs et favorisant l’apaisement et donc le sommeil. Cet acte difficile est rendu plus chaleureux (soutien du corps pour éviter les chutes en évitant le contact direct sur le corps, protection du froid à la sortie de la douche).
Gaetan Coulaud félicité par Maryvonne Lyazid
Ce projet porte sur une interface textile constituée d’un large col et de longues manches pouvant faire office de gants. Un gel thermique permet d’emmagasiner la chaleur d’un sèche serviette pour la restituer durant le temps de séchage considérant ainsi le toucher comme un geste réciproque.
Il agit sur quatre axes essentiels au bien être:
- la toilette devient un instant de bien être (source de chaleur)
- la serviette permet un écran de pudeur (en recouvrant les parties intimes)
- c’est une interface de soin tactile (Le pli du col permet de former des gants)
- et un outil relationnel apaisant

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Mention spéciale : Poppy Memory (robot intelligent aux multiples fonctions issu de l’École Supérieure d’Arts graphiques et d’architecture d’intérieur, France). Poppy Memory est un robot intelligent aux multiples fonctionnalités permettant au malade de préserver une certaine forme d’autonomie. Ce coquelicot apporte aussi une aide paramédicale aux patients et soulage ainsi le personnel médical. C’est un projet prospectif, une sorte d’ordinateur qui « apprend » petit à petit la personnalité de l’individu et permet de lui remettre en mémoire (vocale et visuelle) certaines données de sa vie. Une fonction permet l’enregistrement du mode de vie du patient. Cette forme d’intelligence artificielle a une capacité d’observation (caméra à 360°) et de mémorisation du comportement habituel (mode et rythme de vie) du malade. Il peut ainsi signaler des anomalies (ex : prévention des accidents telles que les chutes), il est aussi équipé de capteurs sonores et peut ainsi signaler un bruit anormal à une tierce personne (ex : bris d’objet).
Doté de la reconnaissance visuelle, il est aussi en capacité de parler et peut ainsi avertir d’un évènement (ex : dans 5 minutes, le kiné arrive) ou faire la lecture. De plus, un écran interactif propose plusieurs fonctions : pour l’organisation courante (mémo, agenda, répertoire), Internet et téléphone, test de mémoire et ateliers ludiques (fonction thérapeutique pour stimuler l’activité mentale), fiches techniques pour activités de la vie quotidienne (ex : livre de recettes) ou par pièce de la maison (persévération de l’autonomie).
Cet outil très complet dispose aussi d’emplacements de rangement qui peuvent servir aux personnes soignants pour l’aide paramédicale (ex : pour les médicaments). Poppy Memory permet non seulement d’assister les personnes atteintes de la maladie, mais aussi de leur apporter un sentiment de sécurité et de les occuper.

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Mémothèque (base d’impression, appareil photo, agenda souvenir d’étudiants de l’ENSCI Paris et de l’ENSAD Paris). Le but de ce projet est d’imprimer les éléments du quotidien : informations, souvenirs … sous forme de cartes postales mémo. Les utilisateurs directs, comme la famille à distance, continue à rendre tangible les souvenirs de la personne souffrant de la maladie d’Alzheimer. Cet appareil est une base d’impression (réception de cartes postales, envoi de rappel ex : le repas est dans le frigo), appareil photo et agenda souvenir (aide mémoire pour les éléments du quotidien ex : photos des pantoufles ou pour un évènement particulier avec prise de vue de la scène ex : anniversaire). L’aidant (manager du quotidien) peut ainsi guider le malade au cours de son absence du domicile (ex : préparation culinaire) en laissant un mot accompagné d’une image, de la même manière pour le personnel soignant.
Christophe Tallec (projet mené conjointement avec Audrey-Richard Laurent)
Cet outil répond aussi au besoin quasi permanent de repères connus (personne, lieu, photos), véritable recueil d’une mémoire tangible et consultable par tous. D’autre part, il est intergénérationnel grâce à son interconnectivité (éditions de cartes postales depuis un mail, ou de brancher un appareil photo par usb).

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Deux autres projets ont été salués par le jury :
Duo a tray to dry (plateau repas de l’Istituto Superiore Industrie Artistiche Firenze, Italie) et
Balivernes (jeu de société de construction d’histoire pour la communication de l’ENSCI les ateliers Paris).
Olivier Mohr, pour son projet "Balivernes" , un jeu de société destiné à créer une activité ludique qui réunit la personne malade et son entourage. Le jeu travaille les fonctions cognitives du malade: élocution, écoute, imagination...
Le jury était constitué de dix professionnels de la santé mais aussi du design de la recherche et de l’architecture: Patricia Gogly Assemblée Nationale des Ergothérapeutes, Kévin Charras responsable pôle Études Médéric, Florence Pasquier neurologue-président Méotis-CHRU Lille, Emmanuelle Ladet Architecte Fondation Caisse d’Épargne Solidarité, Judith Mollard psychologue France Alzheimer ; Karine Fraysse Directrice Réseau régional Méotis-CHRU de Lille, Isabelle Vérilhac Manager développement vers l’économie et l’écologie Cité du Design ; Marc Partouche Directeur scientifique Cité du Design ; Marie-Haude Caraës responsable recherche Cité du Design ; Frédéric Ruyant designer.