Il y a trois ans, presque jour pour jour, la journaliste russe Anna Politkovskaïa était assassinée à Moscou. " Un millier de personnes à peine ont manifesté à l'époque, dans une ville gigantesque", a rappelé Zoïa Svetova ce 8 octobre à Saint-Etienne. "En Russie, les gens ne s'intéressent aux droits de l'homme que quand ils sont touchés." Et les autres, ceux qui ont un peu trop d'état d'âme, prennent de gros risques. C'est ce qu'est venue dire la journaliste, qui connaît bien le système judiciaire de son pays, la question des droits de l'homme et l'impunité dont jouissent ceux qui les bafouent.

Une centaine de personnes ont entendu le témoignage de Zoïa Svetova.  S'exprimant en français (elle a collaboré avec de nombreux médias occidentaux) elle a rappelé qu'en Russie les journalistes indépendants, les défenseurs de la liberté d'expression, les opposants politiques étaient dans le collimateur du pouvoir. " Nous vivons dans une sorte d'imitation de la démocratie. On fait semblant d'avoir une presse libre avec quelques journaux indépendants mais les masses regardent la télé." 

De nombreux journalistes ont été passés à tabac ou sont menacés. Il y a peu, Alexandre Podrabinek a fait les frais de sa liberté de ton pendant l'affaire du restaurant "L'Antisoviétique".* "On revient à l'époque de l'Union Soviétique quand chaque opinion dissidente était mal vue", a déploré Zoïa Svetova. Le meurtre d'Anna Politkovskaïa est le cas le plus connu mais ce sont une vingtaine de journalistes  qui ont été assassinés depuis 2000. En janvier 2009, Stanislav Markelov, un avocat qui avait dénoncé des crimes commis en Tchétchénie, était abattu en pleine rue en même temps qu'une jeune pigiste de Novaïa Gazeta. En juillet, c'est Natalia Estemirova, journaliste de formation et collaboratrice de Memorial, une ONG, qui était assassinée...


La Moscovite répondait à l'invitation de diverses organisations dont l'Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT) et Amnesty International qui demandent inlassablement aux autorités russes de respecter les engagements auxquels a souscrit la Fédération de Russie comme membre du Conseil de l’Europe:
- prendre des mesures concrètes de protection et de soutien des défenseurs des droits de l’Homme ;
- garantir l’intégrité physique et psychologique des détenus et leur permettre d’avoir accès à un médecin et à un avocat de leur choix ;
- mettre fin à l’impunité en menant des enquêtes impartiales sur les assassinats de défenseurs des droits de l’Homme et de journalistes, et sur les allégations de tortures, afin que les responsables soient traduits en justice ;
- coopérer sans réserve avec les mécanismes internationaux contre la torture, en autorisant immédiatement la publication des rapports du Comité européen pour la prévention de la torture, et en facilitant sans délai la visite du rapporteur spécial des Nations unies sur la torture dans tous les centres de détention, y compris dans le Caucase nord.

* Lire cet article du monde.fr (1er octobre)

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