Depuis le 4 juin, c'est désormais tous les vendredis de 13h30 à 15h30 qu'un interprète en Langue des Signes tient une permanence à l'accueil de l'Hôtel de Ville de Saint-Etienne, au lieu du mardi de 14h à 16h.

[article de mars 2010 sur l'apprentissage de la LSF] Rachid, Florent, Valérie, Corinne, Martine et Michèle ont participé vendredi dernier à leur premier cour de langue des signes française (LSF). Salariés d'un CFA de Saint-Etienne, ils font leur petit apprentissage  (une trentaine d'heures) dans les locaux de CLES, une association qui a pour but, notamment, de défendre et promouvoir cette langue.  
Les bons élèves sortent leurs crayons et leurs feuillets. Debout, le professeur, sourd, leur fait comprendre que ce ne sera pas nécessaire. Meriem Chouani enseigne depuis deux ans, en remplacement du formateur dont elle était la stagiaire. Elle se forme elle-même une semaine par mois à l'Université, à Paris, pour décrocher un diplôme et proposer des cours dans des niveaux plus élevés. Il existe jusqu'à 12 niveaux de L.S.F. Sur le tableau, une bouche est dessinée, barrée d'un trait. C'est la règle du silence, très stricte, que comprennent vite les stagiaires. C'est que si ils prêtent trop d'attention à la parole, ils feront moins garde aux gestes. Meriem Chouani leur explique aussi la concentration visuelle que nécessite cet apprentissage, d'où l'importance accordée à certains détails (lumière douce) et la disposition des stagiaires en demi cercle, qui doit permettre à tous de se voir et communiquer en utilisant leurs corps. Au cas où, les règles des cours de LSF sont couchées sur le papier. Ces premières leçons, dans la bonne humeur, leur auront permis de se familiariser avec certains mots, à exprimer des sentiments, à distinguer quelques couleurs. Sur des feuilles, des figures sont dessinées dont ils doivent deviner la traduction: rectangles, carrés, cercles, en 2D, puis 3D... Meriem Chouani les corrige ensuite: penser à déplier les doigts ici; les ouvrir là en fin de geste; ne pas se contorsionner comme au cirque; jouer des yeux ou gonfler les joues pour exprimer un volume; regarder son interlocuteur, pas ses doigts... Au fil des exercices, certaines corrélations se dessinent...  Pas simple mais au terme de cette première séance de 4 heures, les stagiaires étaient ravis. Impressions:


Rachid: "Dans le cadre de mon travail, au CFA des Mouliniers, j'ai rencontré des sourds ou malentendants. J'étais un peu frustré de ne pas pouvoir mieux communiquer avec eux. Je me suis dis que ce serait bien d'essayer d'apprendre les bases de ce langage. Ces premières heures se sont très bien déroulées. C'est un peu déroutant au départ car on nous enlève un outil, la parole, et on essaie de nous en inculquer un autre. Ce n'est pas évident de se taire... Ce que j'ai appris aujourd'hui, c'est que la langue des signes ce n'est pas que le langage des mains, mais que c'est tout le corps qui parle, les yeux aussi. Et je me dis qu'on le pratique déjà parfois, qu'on possède tous des petits rudiments..."

Michèle: "Je ne connais pas de sourds mais en les voyant parfois dans les transports en commun, j'ai été intriguée par leur langue des signes. J'avais envie de comprendre ce qu'ils se disaient... Je ne m'étais pas trop posée de questions sur la manière dont les cours allaient se passer. C'est bête mais je ne m'attendais pas à ce qu'on ne parle pas. Mais j'ai apprécié. Ça demande une certaine concentration. Il faut bien observer le formateur et je me rend compte aussi que ça ne va pas être simple pour tout retenir..."


Florent: " J'ai un oncle qui est sourd de naissance et je voulais me familiariser un peu avec la langue. Lorsque j'étais enseignant, j'avais aussi dans ma classe une élève qui était sourde et je me sentais un peu démuni. Aujourd'hui, je pensais qu'on allait apprendre le début de l'alphabet; je m'attendais à quelque chose de très scolaire. Le professeur était très dynamique. C’était très plaisant, très ludique. »

Valérie: « J’avais un peu peur en venant. Je me disais que j’allais être un peu perdue. Et finalement on est tout de suite dans le bain. On a même l’impression d’être seul avec le professeur à certains moments. C’est amusant et convivial. Assez reposant aussi. Je me dis aussi que ça peut être utile pour trouver un travail... J’espère au moins apprendre les bases et par la suite, si j’y arrive, poursuivre un peu. Ce qui me fait peur, c’est de perdre ce que j’ai appris, faute de pratique... »

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