Rue du Maréchal Foch, en plein coeur du centre-ville de Roanne, des drapeaux du Tibet flottent dans une allée privée. Ce n'était pas prévu. On s' engage dans la voie pavée pour jeter un oeil intrigué par la fenêtre d'un atelier. Un homme sort. C'est Gilbert Ovtcharenko. Il nous fait entrer et nous raconte.

Gilbert Ovtcharenko a jeté les amarres de sa péniche à Roanne il y a de nombreuses années. Il est sculpteur. Il a déjà 123 fontaines à son actif. Il a aussi travaillé à la restauration de monuments historiques, comme la colonne de la Bastille, les Invalides, l'église saint-Etienne du Mont... A l'origine, il est diplômé de la Chambre de commerce. " J'ai voyagé pendant trois ans et demi dans 44 pays et après j'ai repris les études pour intégrer l'Ecole Boule." Il est aussi le dernier formier de France; c'est à dire qu'il sculpte des formes en bois de tilleul pour les couturiers. Il travaille pour l'Opéra Garnier, Bastille et différents modistes pour que ceux-ci, après, puissent confectionner leurs chapeaux. " J'ai acheté deux forêts de tilleul, une à côté de Bourg-en-Bresse et une près de Saint-Etienne, explique-t-il. Le tilleul parce c'est un bois tendre pour la modiste qui pique les épingles. C'est aussi un bois neutre qui ne réagit pas à l'humidité et qui ne prend pas le vers, qui ne dégorge pas de tanin." Sur ces formes, il peut travailler cinq heures, une semaine, dix jours, à partir d'un dessin ou une maquette et en fonction du modèle demandé. Le couple Ovtcharenko organise aussi des stages, d'initiation au feutre notamment et le formier instruit actuellement une élève trentenaire pour transmettre son savoir-faire.

Pendant son périple de jeunesse, le sculpteur s'était rendu au Népal. En 1997, alors que le Dalaï Lama visitait la France, il organisa la venue dans le pays roannais de cinq nonnes et un moine bouddhiste. En l'église de Saint-Haon-le-Châtel, les religieux travaillèrent dix jours à la confection d'un mandala de trois mètres de diamètre, avec du sable coloré népalais, dispersé ensuite dans le Renaison. "La paix dispersée dans le monde", précise Gilbert Ovtcharenko.

