Les cours débuteront en septembre pour la prochaine promotion du diplôme d'Université (DU) "Europe, Territoires et action locale". Neuf stagiaires, sur une promotion de onze initialement, ont été formés en 2009-2010 et ont obtenu leur diplôme. Jean-Paul Villié, maître de conférence associé à l'Université et coordonnateur du Carrefour Rhône-Alpes Europe Direct, nous explique les objectifs et le contenu de cette formation créée il y a 4 ans.

Quel est le profil des stagiaires ?


On est en formation continue. Ce sont donc des gens qui travaillent ou qui sont demandeurs d'emploi, qui n'ont pas toujours une forte expérience en matière de programmes européens et qui, par leur activité professionnelle, souhaitent se former à la conception de projets locaux à dimension européenne. La formation s'adresse aux élus locaux, responsables associatifs, cadres et responsables d'entreprises, des cadres territoriaux, directeurs de communautés de communes, de parcs naturels régionaux,... On a reçu des gens qui venaient de Paris, de Bourgogne, d'Auvergne et Rhône-Alpes. Le directeur du port de pêche de Saint-Pierre d'Oléron, par exemple, faisait partie de la première promotion. Pourquoi Saint-Etienne ? parce qu'il existe quelques formations initiales en "Master projets européens", et en continue des formations ponctuelles organisées par différents organismes, mais il n'y avait pas de cycle complet qui permette d'avoir une appréhension globale des relations qui peuvent exister entre l'action locale, quelle qu'elle soit, de nature touristique, économique, culturelle... et les politiques européennes.

La formation comporte 200 heures d’enseignement réparties en six modules: Europe et action locale (droit communautaire, le local face à l’Europe, le local en Europe, la coopération décentralisés); politiques communautaires et action locale (les politiques communautaires, les programmes, les perspectives) ; ingénierie de projet européen... Elle est marquée par la soutenance d'un "mémoire" d'une trentaine de pages, en présence en mars dernier de Gérard Lombard, responsable relais et réseau à la représentation en France de la Commission européenne, et d'un voyage d'études à Bruxelles. " Il s'agit d'aller à la rencontre des instances, de la commission, le comité des régions et économique et social et les lobbies des collectivités territoriales, pour comprendre comment fonctionnent les processus décisionnels... ", explique Jean-Paul Villié. "On a souvent en France une image négative des lobbies, parfois à juste titre dans certains milieux. Mais les lobbies qui nous intéressent ici sont extrêmement importants et jouent en amont des programmes. Le lobbying passe par exemple par l'Association des maires de France, des Régions ou des Départements qui ont des antennes à Bruxelles et qui défendent les intérêts des collectivités, en cherchant à faire prendre en compte des réalités territoriales et sociales...  " (photo /dr).

En terme de financements s'entend ?

Un certain nombre d'acteurs locaux recherchent effectivement des subventions, l'Europe étant souvent perçue comme un outil de financement. Mais c'est un peu dommage de la réduire à cette dimension. Le financement n'est qu'un moyen au service d'un projet politique. La philosophie de la formation est de donner une compréhension globale des politiques européennes, de leur implication au niveau local et de s'y retrouver, sur le plan méthodologique, dans le dédale des programmes européens, des procédures et la manière de monter un dossier.


Les stagiaires qui viennent se former ont-ils déjà tous un projet en tête ?

A des degrés divers. On a des personnes qui ont un projet "personnel" et souhaitent rebondir en se dotant de nouvelles compétences.

Le responsable de port de pêche que j'ai évoqué, par exemple, lui avait un projet qui portait sur des questions environnementales, autour notamment de la gestion des déchets que les bateaux ramènent dans leurs filets. C'était passionnant pour nous d'ailleurs qui ne sommes pas habitués. Il a par la suite obtenu des fonds qui interviennent essentiellement sur le littoral et qui ont servi à la construction d'une déchetterie. Mais si tous travaillent sur des projets, ils ne seront pas tous concrétisés. Cela dépend ensuite de leurs structures. Il faut aussi trouver le bon programme...  D'un point de vue méthodologique, il y a aussi des stagiaires qui ont un projet et qui dans leur pratique professionnelle ont été confrontés à ces questions-là; qui ont monté un dossier européen qui n'a pas marché, parce qu'il n'intégrait pas suffisamment les objectifs de la politique européenne...


Ce qui signifie qu'ils ne connaissaient pas assez les... ficelles ?

Je ne dirais pas ça. Il faut connaître en tout cas les mécanismes, les bons interlocuteurs, le jargon, mais il n'y a pas que ça. On peut répondre au premier degré à l'appel à propositions mais on peut avoir aussi une réponse plus professionnelle, avec une analyse complète du cahier des charges, revenir sur les directives, les réglementations, tout ce qui fonde cette politique de façon peut-être à revoir son projet local. Il faut comprendre ce qui n'est pas écrit dans l'appel à propositions, la politique communautaire, ses tendances, ses orientations. Un des éléments importants pour avoir des fonds européens ou s'inscrire dans un programme c'est d'anticiper. Savoir par exemple que le domaine sportif est devenu une compétence européenne grâce au traité de Lisbonne; savoir que la Commission européenne, pour préparer les futurs programmes Sport, vient de lancer un appel à projets pour financer des opérations expérimentales...

Trois diplômés. Parmi eux, Jean-Marc Juge, directeur du comité d'animation du Parc Montaud. "C'est devenu indispensable de connaître le fonctionnement des institutions européennes et les aides financières dont on peut en obtenir", dit-il. Sur la formation, il a apprécié particulièrement de pouvoir dialoguer avec des personnes immergées dans les rouages européens "et offrant un éclairage très concret".  Pour son mémoire, il a planché sur la prévention des déchets: " Je souhaitais mieux appréhender la manière dont l'Europe prend en compte cette question à la fois de prévention des déchets et au-delà. On essaie de développer des projets en ce sens, en se positionnant dans un cadre européen..."

Notes:

Europe Direct regroupe 561 centre d'information de la Commission européenne en Europe, dont 56 en France et 5 en Rhône-Alpes, à Saint-Etienne, Lyon, Chambéry et Grenoble. Ses missions : promouvoir le débat sur la question européenne, informer, former et aider les porteurs de projets.

L'interaction local/Europe : au niveau régional (FEDER, FSE);  la PAC et les actions de développement rural (FEADER); les programmes thématiques directs dans de nombreux domaines (recherche, jeunesse, éducation...), gérés pour leur part par la Commission européenne. Un exemple parmi d'autres, la Communauté de communes du Pays d'Astrée, qui a bénéficié il y a trois ans, pour son projet "Astrée", de fonds européens.

Contact:

Université Jean Monnet - Service de la formation continue
21 rue Denis Papin - 42023 St Etienne cedex 2
Tél. : 04 77 43 79 32

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