(juillet 2010) Dans le bureau de Jean-François Outin, depuis cinq ans à la barre de la verrerie de Saint-Just-Saint-Rambert, un vitrail magnifique représente la goélette La Belle Poule. Il aime à comparer la "Saint-Just" à un vieux gréement des bords de Loire, certes dotée des derniers GPS, mais où les ouvriers à la manoeuvre conservent aussi les gestes hérités du passé. 

Comment devient-on le directeur général de la verrerie de Saint-Just ?

Je travaille pour le Groupe Saint-Gobain depuis 15 ans, dont huit passés au Benelux. Mon parcours est marqué à la fois par des études d'ingénieur agronome, suivies d' études de marketing, commerce et finance avec un MBA en Angleterre. J'ai un cursus un peu généraliste et en même temps international. Et l'activité de Saint-Just représente quand même 40% à l'export et porte sur des produits techniques. Mon profil correspondait plutôt à ce double aspect technique et marketing. Et le challenge m'a semblé intéressant.

Verrerie est l'anagramme de rêverie...

Que représente ce site dans le Groupe Saint-Gobain

Pas grand chose mais c'est une valeur patrimoniale. C'est une école de formation où l'on touche le verre chaud. On n'a pas sur les autres sites le même contact avec la matière. C'est ce qui est important, la marque "Saint-Just", le savoir-faire, les centaines de recettes de verres de couleur qu'on maîtrise. Et puis c'est une vitrine. On a des projets dans tous les pays. Nous avons de réels contacts avec la création, avec le monde artistique que Saint-Gobain n'a pas de par ses autres métiers. C'est ce qui donne du sens à la Maison Saint-Gobain de vouloir préserver Saint-Just.


Comment se porte la verrerie aujourd'hui ?

La situation économique est difficile, comme pour bon nombre d'entreprises du secteur. On a fait un gros travail de relance depuis cinq ans. On a commencé le feuilleté, investi beaucoup d'argent pour moderniser nos installations (nouveaux fours, le dernier en date en avril pour la production de verre soufflé de restauration et de frittes & émaux, ndlr) et rationaliser le coeur de métier. On a réduit les consommations énergétiques et l'effectif. On réalise après coup que ça nous a aidés à mieux surmonter cette crise. L'année dernière, à la même époque, nous avons été obligés d'avoir recours à du chômage partiel et de réduire la voilure. Cette année, on s'en sort pour l'instant pas trop mal. On a réduit nos frais et on atteint aujourd'hui des résultats qui ne sont pas extraordinaires mais qui en cumul depuis le début de l'année nous maintiennent pratiquement à l'équilibre.


Une vieille dame toujours à flots

Les Verreries de la Loire ont été créées par une ordonnance de Charles X en 1826. En 1865, Mathias André Pelletier cesse la fabrication des flacons et bouteilles pour se spécialiser dans le verre de couleur, toujours selon la technique du soufflage à la canne creuse. En 1921, les Verreries de la Loire fusionnent avec celles du Bruay sur l'Escaut (Nord) pour donner naissance à la S.A. des Verreries de l'Escaut et de la Loire. En 1948, Saint-Gobain, intéressé de longue date dans le capital, porte sa participation à 50% puis 100% en 1961. L'entreprise compte alors jusqu'à de 220 salariés. Ils sont 45 aujourd'hui - "un seuil minimal", nous dit Jean-François Outin. Labellisée "Entreprise du Patrimoine Vivant", elle reste la seule verrerie assurant encore la production de verre soufflé. Chagall, Matisse, Fernand Léger, pour n'en citer que quelques-uns comptent parmi les artistes à avoir choisi le verre Saint-Just.

L'atelier de vitrail de Denis Berger, anciennement localisé dans le bourg de Saint-Rambert, a pris ses quartier dans ses murs.

En lien avec Loire-Forez, elle accueille 2000 visiteurs/an. Prochaines portes ouvertes les 23 et 24 octobre prochains.

"Cueiller", souffler, fendre, étendre, couper... les gestes sont précis, rapides, puissants. La démonstration toujours spectaculaire.

Tendances

" Du fait de la réglementation thermique et des nouvelles exigences en matière de réduction énergétique, doublé d'un effet "plan de relance", on a plus de "chantiers" sur les monuments historiques", nous explique Jean-François Outin. Le verre produit sera de plus en plus transformé sur site, découpé, puis feuilleté... pour être livré à un réseau de menuisiers qui travaillent sur les projets de restauration. Les projets actuels concernent le tribunal d'Orléans, l'Hôtel de Broglie... Le verre SGG Colonial, une marque forte de verres de restauration pour Monuments historiques, a par exemple été utilisé pour remplacer les vitres du château de Luneville, proie d'un incendie en 2003. Mais aussi celles de la Maison Blanche ou le château de Versailles. Un marché qui diminue par contre est celui des vitraux. En verres de couleur, Saint-Just mise sur les marchés de la décoration intérieure, de l'aménagement. Ainsi, la dernière boutique Louis Vuitton, inaugurée à Shanghai à l’occasion de l’ouverture de l’Exposition Universelle 2010, est habillée de produits foréziens. " Saint-Just, c'est la haute couture du verre", se plait à dire le directeur général. Un projet est en cours à Paris avec Hermès, nous confie-t-il.

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