Nihal est une "mâtrue" comme on dit chez nous des enfants. Elle a onze ans. On dit encore, sans trop savoir pourquoi, que le mot "mâtru" vient du latin "male astrucus". Ainsi tous les enfants, nous tous, serions nés sous une mauvaise étoile. Mais c'est avec plus de sérénité que bien des enfants, qu'elle, Nihal, accueille les premières lueurs de la nuit.
Elle est atteinte d'une pathologie génétique rare, connue du grand public sous le nom de maladie des "Enfants de la Lune". Elle se caractérise par une hypersensibilité aux rayons ultraviolets. Exposée au soleil, elle développerait des troubles occulaires graves, des cancers de la peau ou des yeux. 44 enfants en souffrent en France et il n'existe aucun remède. Quand elle sort en journée, c'est gantée, avec un masque anti-UV sur les yeux, la tête recouverte d'une cagoule découpée dans un matériau conçu par la NASA.
" On a une fille très solide", dit son papa avec fierté. Slimane Moudjahed a quitté l'Algérie, sa famille, son travail, sa situation, pour venir en France à l'âge de 40 ans, avec sa femme enceinte de triplés et son aînée malade.
Nihal est aujourd'hui en 6e au collège Gambetta. Comme la mairie l'avait fait dans son école précédente, des travaux ont été réalisés pour lui permettre de suivre une scolarité normale, à l'intérieur du bâtiment, sans cagoule. Salles de cours, couloirs, toilettes, CDI, salle de sports, salle polyvalente,... les services du Conseil général ont créé tout un parcours sécurisé, balisé. 450 m2 de films anti-UV ont été posés et 600 tubes fluorescents ont été remplacés.