Saint-Etienne accueille le XXXIe Congrès Confédéral de la Confédération Nationale du Travail. Les Congrès de la CNT ont lieu environ tous les deux ans. La dernière fois c'était à Lille. C'est dans la grande salle des fêtes de la Bourse du Travail, pavoisée aux couleurs rouges et noires, qu'on retrouve Bernard, Elian, Loïc et Lucien. Ils travaillent à la Poste, dans l'Education ou à la Sécurité sociale. Lucien est retraité.
Qu'est ce que la CNT et comment s'organise-t-elle ?
C'est une Confédération syndicale anarcho-syndicaliste. Elle a été créée en France en 1946 par des anciens de la CNT espagnole, fondée d'ailleurs il y a 100 ans cette année, et des membres de la CGT syndicaliste-révolutionnaire. On a pour base les syndicats, comme les autres organisations syndicales, avec dans chaque département une Union des syndicats - on n'a rien inventé. La CNT s'organise aussi en fédérations, par branches, l'Education par exemple. Ce qui nous distingue, c'est qu'on se revendique du syndicalisme des origines. Nous n'avons pas de permanents appointés ni d'organisation verticale/pyramidale. Et ce qu'on appelle notre bureau ou secrétariat confédéral n'a qu'une fonction administrative, et non politique.
Dans quels secteurs est-elle présente, en France et dans la Loire ?
Dans la Loire, essentiellement dans l'Education et la Santé. Nous ne sommes pas très nombreux même si nous avons aussi bénéficié un peu de l'effet "retraites". Au niveau français, dans le Bâtiment, l'Education, les PTT - la Poste qui avait décidé de nous interdire l'exercice syndical et qu'on a attaquée avec succès auprès du Conseil d'Etat. Des personnes aussi se sont regroupées autour des travailleurs de la terre pour réfléchir à d'autres formes de production et de distribution par des coopératives... Mais ce Congrès c'est l'occasion justement de faire le point. Voir un peu de quels horizons viennent nos camarades...
Combien de personnes attendez-vous et pourquoi à Saint-Etienne ?
Environ 150 personnes mandatées par les différents syndicats. Il y aura aussi des gens d'autres pays. Pourquoi Saint-Etienne ? Il n'y a jamais eu de Congrès national ici. Il se trouve aussi que nous sommes un des rares syndicats de la CNT dans toute la France a être à l'intérieur d'une Bourse du Travail. Et les Bourses du travail sont un symbole fort des luttes sociales.
Comment ça se passe un Congrès ? Il y a un ordre du jour ?
Soixante motions ont été écrites il y a déjà plus de six mois par les différents syndicats. Chaque syndicat a discuté chacune de ces motions et au cours du Congrès, leurs points de vue seront confrontés à ceux des autres. Les motions seront adoptées collectivement, ou pas. Il y a aussi dans l'anarcho-syndicalisme ce qu'on appelle la rotation des tâches. Une personne ou un syndicat est mandaté au Congrès pour faire telle ou telle tâche, jusqu'au Congrès suivant. Par exemple, la distribution de notre revue, Les temps maudits, ou l'imprimerie des affiches... Ce sera aussi l'occasion d'écouter certains de nos camarades élus sur la manière dont ils vivent leur expérience dans les comités d'entreprises, toutes ces instances où, traditionnellement, la CNT ne demande pas à aller; puisqu'elle considère que ce sont des instruments de cogestion avec le patronat.
Quelles sont vos relations à Saint-Etienne avec les autres organisations ?
Globalement, on a des relations... cordiales, sans plus. Le fait d'être à la Bourse joue un peu.
Notes de la rédaction:
Il s'agit ici de la CNT dite " de Vignoles", du nom du siège parisien de l'organisation, même si on lit encore le sigle "CNT AIT" à l'accueil du rez-de-chaussée de la Bourse. Il y eut une scission en 1993 et on trouve aujourd'hui deux CNT: la CNT AIT et la CNT de Vignoles. C'est notamment la question des élections professionnelles qui est à l'origine de cette scission. " La question de la mesure de l'audience est difficile, dit Lucien. Dans la mesure où on ne met pas de candidats en lice, il est impossible de savoir quel nombre de voix ils pourraient récolter. Il n'empêche que les messages qu'on propage sont entendus dans les milieux où nous sommes présents."
A Saint-Etienne, la CNT est à l'origine du Cabas noir, une coopérative qui regroupe des producteurs agricoles et qui propose un marché paysan au local La Dérive, 31 rue Basse des Rives. Elle a monté le collectif les Fourmis, une "bourse du travail du salarié et du particulier". Les Fourmis proposent des travaux et services au domicile de l'employeur (couture, jardinage, repassage, cuisine, garde d'enfants...). Le salarié est rémunéré en Chèque emploi service universel. Elle intervient aussi, comme d'autres, aux côtés des salariés dans les petites entreprises dépourvues de délégués. Elle organise chaque année (sauf en 2010) le Salon de l'Autre Livre dont la dernière édition, consacrée à la guerre d'Espagne, a rencontré un vif succès.