La Maison des Métiers de Saint-Etienne organise tout au long de l'année des réunions thématiques dans ses locaux ou en entreprise qui s'adressent aux jeunes de 15 à 25 ans. Gratuites, elles sont destinées à leur faire découvrir des métiers dans une infinité de domaines: métiers de l'habillement et de la création textile, de la productique, du bâtiment, de la gendarmerie, etc. Le 27 avril, les élèves et enseignants de plusieurs établissement avaient rendez-vous au FIL pour se faire présenter des métiers que l'on rencontre régulièrement dans le secteur culturel.
Peu d'entre eux avaient déjà mis les pieds dans la jeune salle des musiques actuelles. Attendue à Saint-Etienne depuis 20 ans, elle a accueilli l'année dernière 110 concerts. Scolarisés au Lycée hotelier Le renouveau, lycée Jacob Holtzer, collège Gambetta et Sainte-Marie, ils ont visité les lieux en compagnie de Julie Maurice, en charge de la billetterie/accueil et Nicolas Hoste. " Les métiers que l'on finit par exercer se font parfois après des parcours de vie chaotiques ", a expliqué Nicolas Hoste. Patissier à ses débuts, il s'est redirigé vers les métiers du son. Après des tournées avec Cesaria Evora, il est maintenant directeur technique, c'est à dire qu'il est responsable de la mise en oeuvre technique des spectacles. Le FIL compte 10 permanents, dont 2 seulement oeuvrent dans le domaine technique. Les autres sont des "tertiaires". De nombreux intermittents sont donc employés, une quarantaine sur l'année pour environ 600 prestations - et parmi eux les éclairagistes, des spécialistes du son, backliners... Les roads sont notamment chargés de la configuration de la salle, assise, debout ou mixte, en fonction des artistes. 266 places assises pour une configuration cabaret. Jusqu'à 1200 personnes sur 400 mètres carrés dans une configuration maximale. Nicolas Hoste évoque en particulier le "plan de feu" qui comprend les différents éléments d'éclairage, les types de lampes, et qui doit les mettre en lumière, en couleur et donner du volume à la scène.

Surtout, il explique aux élèves: " En vingt ans le niveau a considérablement augmenté. Avant c'était plus olé-olé. Les choses se sont beaucoup structurées. Il faut être éduqué à l'informatique pour comprendre les consoles numériques. Les études sont plus longues, plus poussées, plus techniques. Les écoles forment aujourd'hui au niveau Bac ou BTS... Et il ne s'agit pas non plus que d'être technicien, il faut une culture générale dans les domaines artistiques, avoir un sens de l'art..." Mais de préciser aussi que la motivation est primordiale: "ça fonctionne encore comme ça. 90% des gens du spectacle se font leur place par ce qu'ils dégagent. C'est la personne qui compte avant tout."

La visite se poursuit à l'étage dans l'Espace de création, une sorte de zone autonome placée sous la responsabilité de Grégory Aliot et destinée à la répétition des groupes. Lors de notre visite, des élèves du Lycée professionnel Joseph Haubtmann étaient justement en train de travailler des textes de slam dans le cadre d'un projet Soprano et sous la conduite de Max et Fisto. Une soirée sera organisée le 28 mai au FIL. Il comprend plusieurs studio dont un équipement d'une régie d'enregistrement pour la création de maquettes. Ici aussi Nicolas Hoste met l'accent sur l'humain: " Nos métiers font appel aux relations humaines. Il faut avoir le sens de l'écoute, de l'accueil, un certaine sensibilité. C'est ce qui fait la richesse de ces métiers: la capacité à travailler ensemble."

La visite s'est terminée avec un moment de libre échange en compagnie d'Ingrid Rivet et Thierry Pilat. La première est administratrice. "Mon rôle est d'assurer la gestion financière de la structure, de faire le suivi du budget et les contrats de travail." Elle aussi évoque une grosse évolution du métier: "Avant le spectacle était un peu à part. On pouvait se former sur le tas. Aujourd'hui tout est très contrôlé. Pour être administrateur, il faut avoir un profil universitaire, licence pro, voire Master 2." Mais ici non plus, le simple fait d'avoir un diplôme clinquant ne suffit pas - elle recommande au passage d'être vigilant sur le choix des formations proposées - "il faut avoir un réseau, de l'expérience, il y a beaucoup plus de place en formation que de métiers après." Thierry Pilat est le programmateur, un métier assez peu répandu. Il organise les concerts et soirées. "Il y a l'aspect artistique mais surtout financier. c'est beaucoup de budget, de relations avec les tourneurs qui vendent les tournées. Ma mission consiste aussi à aider les groupes stéphanois." C'est en effet une des missions du FIL que de programmer des artistes en devenir. Même son de cloche de son côté: l'expérience de terrain est très importante. "La notion de passion aussi. Il faut se bouger, aller sur les festivals, sentir la réaction du public. Et savoir se remettre en cause, rester toujours en éveil... Sinon ta programmation, elle commence à moisir...".
