
Puisque je suis gavé de cinéma américain, je pourrais écrire qu'il y a dans la rue Georges Teissier, à Saint-Etienne, un petit bout de la grosse pomme. En fait c'est tout bêtement un salon de coiffeur barbier, ce qui n'est déjà pas si courant. Mais celui-là, en plus, c'est un authentique, je veux dire un vieux, avec sa drôle de vitrine en arrondi, ses fauteuils cinquantenaires et ses meubles et lavabos habillés de carrelages mosaïques. Scorsese aurai pu y tourner une scène de... Donnie Brasco par exemple. Et c'est tellement vrai que Bruno Putzulu en 96 dans
"Les aveux de l'Innocent"* y a joué du ciseaux aux côtés du patron. Ah oui le patron, c'est André Cros, et son salon est à vendre.
Le renard empaillé est-il d'origine ? Le mobilier lui date du temps de Marcel Roubaix. A la grande époque, avant celle des
"tondeuses à chiens", entendez "électriques", dans les années 60, trois employés, dont André Cros secondaient le patron et les fauteuils rouges ne désemplissaient pas. Avant même Marcel Roubaix, dans les années 20, M. Fanger soignait déjà les favoris au 1, rue Teissier. André Cros a pris la suite de Roubaix en 73.
Sur une idée de Forez info, les Films du Hibou ont réalisé courant janvier 2008, un petit film: "Le dernier barbier".
Damien Barlerin, Fred Saint-Martin et Jean-Claude Pical Capré ont joué les cobayes.
Natif de la plaine, immigré dans la vallée du Gier, André Cros voulait être boucher. Son père, coiffeur à Lorette, le forma à son école. Coiffeur donc -
"pas de regrets" - mais surtout
"spécialiste de la barbe au couteau et au coupe-choux", depuis 1962. Peut-être aujourd'hui le dernier vrai barbier à Saint-Etienne. Parmi ses clients, des membres du Barreau - le tribunal est tout proche - des habitués, des jeunes
"pour le plaisir". Peu de femmes, une ou deux. Pour les cheveux !
En raison de problèmes cardiaques et une collection d'hernies discales, André vend son fond de commerce. Un peu aussi cause de l'âge (64 ans quand même) et encore parce que le maire l'a
"foutu dans la merde avec ses travaux. Notez le ça, n'ayez pas peur. Avant j'étais poli mais plus maintenant." André donc serait bien content de trouver quelqu'un pour reprendre l'affaire. "
Il en faut pas beaucoup, un coup de tapisserie, de peinture". Si personne ne rachète, il fermera la boutique, une des plus anciennes de la ville. Ensuite le propriétaire en fera ce que bon lui semblera.
"Rien de trop con", espérons-le avec lui...
* Dans Les aveux de l'innocent, de Jean-Pierre Ameris, André Cros joue son propre rôle et Putzulu celui d'un jeune coiffeur qui fait ses premières armes. Et Donnie Brasco est un film de Mike Newell.