Article écrit à l'occasion de l'hommage à Louis XVI en janvier 2008 Chaque année, le mouvement royaliste, héritier des idées de Maurras, commmémore la mort de Louis XVI: cortèges aux flambeaux à Paris, messes pour le repos de l'âme du "roi martyr" aux quatre coins du pays... A Saint-Etienne, comme prévu, l'Action française étudiante s'est rassemblée place Boivin pour évoquer
"le crime du 21 janvier 1793".
La brève cérémonie s'est déroulée au pied de la statue équestre de Jeanne d'Arc. Un texte de Michel Fromentoux a été lu, suivi d'un dépot de gerbe et d'une minute de silence. Michel Fromentoux est le nouveau rédacteur en chef du journal
L'Action française 2000, en remplacement de Pierre Pujo, décédé il y a quelques mois. Evènement fondateur de la République française, l'exécution du roi, aux yeux des militants de l'AF et de tous les royalistes, fut un
"crime absolu". Dans sa dernière édition (17 janvier), l'organe de presse du mouvement cite les propos d'Elizabeth Badinter pour écrire que
"le rejet du Roi et du Père a été plus profondément celui de la transcendance." Jean-Baptiste va prendre la tête de la section forézienne de l'AFE. A Saint-Etienne, 215 ans après les roulements de tambour de Santerre qui empêchèrent Louis XVI de s'adresser une dernière fois au peuple, il reprend les mots de Renan pour parler de
"suicide de la France" et revendiquer
"un peuple libre, rassemblé autour de son roi".
Brève précédente en rapport avec l'AF : Le 28 novembre 2007, à la tombée de la nuit, sept jeunes membres de la Section Forez d'Action française se sont réunis place Boivin au pied de la statue équestre de Jeanne d'Arc. Ils ont rendu hommage à Pierre Pujo, décédé il y a quelques jours, et après deux brefs discours conclus par de vigoureux
"Action... Française !", déposé une gerbe aux pieds de leur
"reine de France"...
Avant d'aller rejoindre quelques autres compagnons, plus âgés, dans un troquet de Saint-Etienne, Pierre Richard, responsable locale de l'Action française étudiante (AFE) nous a accordé un bref entretien.
Depuis quand existe la section ? Officiellement depuis quatre ans mais elle très active depuis deux ans, avec des rendez-vous réguliers sur la région. J'ajouterai qu'il y avait autrefois une section à Montbrison et que les camelots du roi tenaient parfois le pavé à Saint-Etienne, il y a longtemps...
Qui était Pierre Pujo ? Le fils de Maurice Pujo, co-fondateur de la
Revue d'Action française. Pierre Pujo, à mon sens et pour être bref, fut l'homme qui a maintenu le flambeau. Homme de presse, grand patron, ancien condisciple de Jacques Chirac, il était président du Centre royaliste d'Action française. Il était encore le directeur du journal
L'Action française 2000 qui est un peu le nerf de la guerre du mouvement... On lui cherche un successeur.
Quels sont vos rapports avec la droite nationale ? Il convient de dire que l'AF se situe complètement hors des partis politiques, des clivages et des étiquettes. Je rappelle qu'en 2002 Pierre Pujo avait appelé à voter pour Jean-Pierre Chevènement. En 2007, notre campagne s'est faite autour du slogan
"sortons de la matrice républicaine" et nous n'avons pas donné de consignes. Dans le courant royaliste, nous travaillons occasionnellement avec d'autres mouvements, certains plus "à gauche" que d'autres, plus rarement encore avec des formations de la droite nationale. C'est l'indépendance de pensée qui a toujours caractérisé l'Action française. Nous ne sommes pas des démagogues. Elle a la force et les effectifs pour ne pas chercher de compromis ou d'alliances avec d'autres formations.
Que représente Charles Maurras pour vous ? Malgré ses erreurs en politique, il reste pour nous, et pas seulement pour nous d'ailleurs, un des plus grands penseurs français. Et le seul, à droite, qu'on peut comparer à Karl Marx. Il est criticable, je sens poindre la question, notamment pour son engagement dans la Collaboration mais j'aimerai préciser deux choses. D'une part, Maurras a toujours été farouchement germanophobe; il a collaboré avec Vichy, pas avec le régime nazi. Ce-dernier d'ailleurs, avant la déclaration de guerre, avait placé Maurras en tête sur sa liste des intellectuels les plus dangereux. D'autre part, la première grande manifestation contre l'occupant, réprimée dans le sang le 11 novembre 1940, a été pour une grande part organisée par des gens issus de la mouvance royaliste.
Et son antisémitisme ? Il faut replacer Maurras dans son contexte. La France de l'époque était très antisémite, et pas seulement celle de droite; Pierre Laval venait de la gauche. L'antisémitisme a tenu, à notre sens, une place très limitée dans l'histoire et la doctrine de l'Action française
*. Mais ce qui est important surtout, c'est de savoir que la doctrine de l'AF n'est pas figée ! Après le conflit, des hommes comme Pierre Boutang ou Antoine Blandin l'ont fait évoluer. Nous avons des sections en Guadeloupe, en Martinique et l'AF a abandonné tout racisme ou xénophobie. Nous n'appelons pas à collaborer avec des partis comme le FN
** ou les mouvements identitaires.
Donc un Juif, ou un Musulman, ou disons plutôt un fils d'immigré maghrébin peut faire partie de l'AF... Elie Hatem est d'origine libanaise et musulman. Le roi du Maroc nous a rendu visite... Il n'y a pas de critères d'entrée... Les valeurs partagées font les membres d'Action française. Et la religion catholique n'a jamais été une condition d'admission. Maurras était agnostique. Il s'est converti dans ses derniers jours. Je suis aussi agnostique; un de mes compagnons ici était aux Jeunesses communistes... Il reste que nous sommes bien sûr attachés aux racines judéo-chrétiennes de la France.
Quelle définition donneriez-vous du souverainisme ? Pour moi c'est avant tout cette idée que la Patrie est le seul vrai bien du peuple. C'est le refus d'abdiquer, l'envie de toujours lutter pour notre Patrie, non pas contre l'Europe mais pour l'Europe des Nations. Je considère que la diversité existe mais que c'est une richesse menacée par le libéralisme, par le profit.
Qu'est-ce que vous pensez de la mobilisation étudiante contre la loi Pécresse ? Les médias de masse nous donnent une image très manichéenne de la question, avec d'un côté les jeunes de gauche qui bloquent les facs et les autres qui subissent. Je considère que l'autonomie est nécessaire pour les universités mais il ne faut pas que l'éducation devienne une marchandise. C'est à mon avis le gros défaut de la loi Pécresse. Je refuse aussi l'archaisme soixante-huitard qui s'apparente à une forme de conservatisme. Pour résumer, on n'est ni des arrivistes jeunes loups de l'UMP, ni de jeunes manipulés. Ni billet vert, ni drapeau rouge !
Selon vous, et sans baratin, est-ce que vos idées trouvent un écho favorable auprès des gens ? Ce que je sais, c'est qu'il y a un désintérêt croissant pour la chose politique, surtout chez les plus jeunes. Mais il me semble que parmi ceux qui n'y sont pas encore totalement réfractaires, il y a aussi une grande curiosité et une certaine ouverture d'esprit. Disons que ceux qui savent dépasser les clichés comprennent certaines évidences. Par exemple que la somme des intérêt personnels n'a jamais fait l'intérêt national. Je pense aussi que les Français, parmi ceux qui ne sont pas encore complètement ignares, savent ce qu'ont apporté les rois de France à notre pays.
NOTES:
* Etant donné le rôle joué par Maurras dans l'entre-deux-guerres et le nombre de militants et sympathisants de l'AF, on devine, même sans être spécialiste, que l'antisémitisme inoculé dans les pensées, quand bien même il serait limité au sein du mouvement, a profondément imprégné la société française, se rendant responsable de la tragédie qui suivit.
** Pierre Pujo, en 2007, a appelé à voter pour Jean-Marie Le Pen.
L’Action française étudiante dans un communiqué a expliqué sa position: "L’Action française étudiante n’appelle à voter pour personne.Nous exprimons simplement notre sympathie pour ces trois candidats, (Le Pen, Nihous et De Villiers) tout en pointant du doigt le fait que Jean-Marie Le Pen semble être le seul à pouvoir secouer le système et à faire mieux ressortir ses incohérences. Nous laissons cependant libres nos lecteurs, sympathisants et militants de voter pour le candidat de leur choix ou de voter blanc. Car ce n’est pas là que se trouve le salut de la France..."
Et concluait: "L’Action française étudiante ne fonde aucun espoir sur la mascarade de 2007. Seule la monarchie, héréditaire et au-dessus des partis, pourra répondre efficacement aux inquiétudes des Français et, ainsi, restaurer la France."