altLe Club Alpin Français de Saint-Etienne a été créé en 1883, ce qui en fait une des plus anciennes associations de notre ville. Il regroupe 454 amoureux de la montagne, de toutes générations et de tous niveaux, des athlètes et des pratiquants occasionnels, des Randonneurs et des Grimpeurs, des férus de ski comme des amateurs de spéléologie.

Geoffroy Rémi, professeur d'Allemand retraité, ancien vice-président de l'Université Jean Monnet, est entré au CAF en 2001. Randonneur en solitaire depuis longtemps, il nous explique être venu au club pour grimper sur des montagnes en cordée. "Je pratique aussi la randonnée en raquettes à neige et l'escalade". Le club propose une douzaine d'activités: ski de randonnée et hors piste, de fond, vélo de montagne, cascade de glace, via ferrata, alpinisme... Les sorties collectives sont animées et encadrées par des membres, brevetés ou non.  "Chaque sortie du CAF est une aventure", souligne Geoffroy Rémi.  Depuis deux mois, il a pris en main les destinées du club, succédant à Stéphane Schlickling, parti à Lyon. Chaque année, une partie du Comité directeur (17 membres dont sept au sein du bureau) est renouvelé au cours d'une Assemblée Générale. Chaque année aussi - c'est une petite originalité du Club Alpin stéphanois - le président doit se représenter. "454 adhérents c'est beaucoup mais on a eu plus et on espère augmenter ce nombre ", nous dit le nouveau président. Et pour cela, ses membres (tous bénévoles à une exception) souhaitent ouvrir le CAF sur l'extérieur, pour mieux se faire connaître sur Saint-Etienne et la Loire. "On fonctionnait un petit peu en circuit fermé", reconnaît-t-il." On va redonner un coup de jeune à notre site internet, avec photos et compte-rendus,  et nous lançons ce soir "les Aventuriers du C.A.F. et de la Montagne", une série de conférences ouvertes à tous, à raison d'une par mois. Parce que c'est dommage que ceux qui font des choses exceptionnelles ne le fassent pas partager...".

Guillaume Millet a inauguré la première de ces soirées le 11 mars au soir et la salle du 28 rue Marengo était bondée. Le Professeur au département STAPS de Saint-Etienne a captivé son auditoire en lui offrant un petit aperçu raisonné des épreuves déraisonnables, les courses à pied extrêmes. La séance s'est ouverte sur une séquence vidéo, un extrait du célèbre film "They shoot horses dont they ?" ("On achève bien les chevaux") où des miséreux américains doivent danser pendant six jours pour empocher une prime. Des images de souffrance et d'épuisement total qui tranchent avec celles que préfère mettre en avant l'ultra-trailer. "C'est cette image, de joie et de partage, que je vous demande de retenir".

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Guillaume Millet/Geoffroi Rémi

Le Jurassien, qui a participé à de nombreuses courses  tous terrains dont "La Diagonale des fous" et "l'Ultra-trail du Tour du Mont Blanc" (trois fois dans les six premiers) a passé en revue les différents types d'ultra-marathon. C'est à dire les épreuves d'une longueur supérieure à celle du Marathon (42,195 km) qui se déclinent en différentes catégories, dont l'ultra-trail, en tenant compte de multiples facteurs: la nature du terrain, le dénivelé (8700 mètres de dénivelé positif au Grand Raid de la Réunion), la distance (100 km...) ou/et la durée (24h, 6 jours...), le règlement (barrières horaires, autonomie, étapes...), le ravitaillement, la température (40° pour la "Western States"), etc. Parmi les plus mythiques, il a évoqué la Barkley qui se dispute aux Etats-Unis sur 100 miles dans un environnement particulièrement sauvage et que seule une poignée de fondus ont réussi à terminer, la 555+ qui propose une "balade" de 609 km dans le désert (du Ténéré à l'origine) sans oublier la Badwater qui débute dans la "vallée de la mort" au point le plus bas des Etats-Unis (- 86 mètres)  pour s'achever plus de 200 km plus loin au Mont Whitney, le point le plus haut. Evoquant aussi de s coureurs-randonneurs dont son collègue Philippe Fuchs, venu il y a peu à Saint-Etienne, ou encore Serge Girard, qui a parcouru les 19000 km entre Paris et Tokyo  en 260 jours (sans un seul jour de repos, un million de calories dépensées !) le sportif a rappelé que ces disciplines, qui ont le vent en poupe, ne datent pas d'hier. Les Comrades qui rassemblent 12 000 coureurs en Afrique du Sud (10 heures de direct à la télé) existent depuis 1911. Georges Littlewood, en 1888, avait avalé 855 kms en six jours.

" L'homme est un animal endurant. Il a une morphologie adaptée à la course et la graisse bien placé ",
souligne Guillaume Millet. Et il transpire. "Au Marathon des sables, je veux bien courir contre un husky. Je pense que j'ai mes chances", dit-il dans un sourire. Sans entrer dans des détails trop poussés, la conférence se voulant grand public, Guillaume Millet a aussi évoqué les conséquences sur le métabolisme, la fatigue nerveuse, musculaire, coup de chaleur et dans de très rares cas une insuffisance rénale. La chute aussi, mais qui reste exceptionnelle. "Les risques dépendent de la raison du coureur". Et à long terme ? "On n'a pas asez de données, on manque de recul", précise Guillaume Millet, par ailleurs membre du Laboratoire de Physiologie de l'Exercice, un laboratoire fort de plus de 50 personnes qui travaillent sur la motrocité et l'exercice chez l'humain. Son exposé, passionnant de bout en bout, s'est conclu par un petit rappel. L'UTMB (166 km) a été remporté à deux reprises par un sexagénaire italien, Marco Olmi. En 2008, c'est un jeune de 21 ans, Kilian Jornet Burgada, qui lui a succédé. Peu de pratiques sportives, sinon aucune, n'offrent de telles écarts. Et des femmes, dont il dit admirer le mental, coiffent parfois les hommes. Bref "c'est une discipline difficile et complexe, exceptionnelle, pratiquée par des gens qui ne le sont pas ", dit Guillaume Millet qui ajoute: "Je suis convaincu que tout le monde peut en faire..."

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