Le Premier ministre François Fillon et Rachida Dati, Ministre de la Justice, ont inauguré le nouveau centre de détention de Roanne ce lundi 19 janvier. Sur fond de polémique: l'établissement serait mal fait.


La visite des locaux s'est achevée par un discours du Premier ministre. La Garde des Sceaux ne s'est pas exprimée. " Tous ici nous savons que la violence en prison a quelque chose de révoltant " , a souligné François Fillon. "Parce qu'elle ajoute la souffrance à la sanction; parce qu'elle prend souvent des formes dégradantes; parce qu'elle frappe d'abord ceux qui ne peuvent se défendre." Il a évoqué l'actualité récente. "Des violences, des viols, des suicides ont alimenté l'impression inacceptable qu'en séparant les détenus de la société, la prison les condamnait une seconde fois au désespoir."




Il y a quelques jours,  un homme en détention provisoire s'est suicidé au centre pénitentiaire d'Aiton (Savoie), ce qui constitue le troisième suicide dans cette prison en moins d'un mois. Dans une prison du Pas-de-Calais, le week-end dernier, c'est un jeune homme de 22 ans qui s'est donné la mort.  "La forte augmentation des suicides est un défi douloureux qui nous est collectivement lancé" , a-t-il déclaré. " A ces gestes terribles, il existe bien sûr des raisons matérielles connues, parmi lesquelles la surpopulation, la vétusté, l'inadptation des locaux - et le mérite de l'administration pénitentiaire est de rechercher constamment à les gérer au mieux", a poursuivi le chef du gouvernement, souhaitant par ailleurs  "une meilleure coordination avec les services du ministère de la Santé" pour gérer au mieux les motifs psychologiques individuels.

Les conclusions de la mission confiée au docteur Louis Albrand doivent être prochainement remises à Rachida Dati.



Auparavant, le Premier ministre a salué dans le Centre de détention de Roanne "un bâtiment fonctionnel et moderne". Les premiers détenus intègreront la nouvelle prison de Roanne à compter du 26 janvier. A terme, elle accueillera 600 détenus. M. Fillon a évoqué en particulier la qualité de certaines installations: les blocs sanitaires intégrés dans les cellules, les unités de vie familiales, au nombre de trois et qui prennent la forme d'appartements meublés où les détenus peuvent rencontrer les membres de leur famille et leurs proches (de 6 à 48h/trimestre et 72h/an) , les unités de consultation et de soins...


Le Premier ministre avec la directrice du Centre de détention de Roanne



"Rappelons-nous cette expression terrible, qu'on entend heureusement de moins en moins "croupir en prison". Voilà exactement ce qu'il s'agit d'éviter !"
, a-t-il déclaré, estimant que "la prison d'aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec la prison d'hier".

Le nouvel établissement pénitentiaire de Roanne (30 800 mètres carrés) , construit par Eiffage, s'inscrit dans le programme de la Loi d'orientation et de programmation pour la justice (LOPJ). Outre les installations déjà évoquées, il comprend trois quartiers dont deux de 240 places chacun pour les détenus hommes et un de 90 places pour les détenues. Il comprend un quartier d'accueil de 30 places réservé aux nouveaux arrivants et un quartier d'isolement de 12 places pour les détenus que le magistrat instructeur, ou le chef d'établissement (une directrice en la personne d'Isabelle Chailloux) a jugé nécessaire de séparer des autres détenus... 290 personnes appartenant à l'administration pénitentiaire y travailleront. Plus 40 personnes pour la restauration, blanchisserie, logistique, etc. Le groupe de BTP Eiffage reste le priopriétaire des bâtiments pour environs 28 ans. L’administration pénitentiaire est donc locataire.


Alors que les officiels quittaient les lieux, quelques délégués syndicaux CGT ne cachaient pas leur colère. Ils n'ont pas eu l'entretien qu'ils espéraient avec Claude d’Harcourt, Directeur de l’Administration pénitentiaire. " On a été reçus par des gens, on ne sait pas qui, nous n'avons pas été entendus " , regrette Céline Palluaud. " On a noté depuis depuis qu'on est là des dysfonctionnements inhérents à la structure de l'établissement ". Près de 3500 selon elle ! Des gâches électriques des portes aux bouches d'égoût non scellées, aux panneaux de basket mal fixés, en passant par des grilles mal disposées. "Ce soir, on commence à mettre en place des rondes de nuit avec des équipes complètes et on a un mirador qui ne fonctionne pas ", déclare-t-elle. Un manque de personnel est aussi pointé du doigt.


Rachida Dati en compagnie de la Maire de Roanne Laure Deroche

A une semaine de l'arrivée des premiers détenus, la directrice dément formellement un manque de personnel. Quant aux problèmes techniques, que dénonce aussi l'UFAP (L'Union Fédérale Autonome Pénitentiaire) qui a boycotté l'inauguration,  elle estime que sur un chantier de cette importance, ce serait "s'illusionner" que de penser qu'il ne reste pas des "petits problèmes" à régler. Jean-Pierre Weiss estime de son côté que le chantier n'a pas été "traité trop vite" malgré des "conditions rapides". Le Directeur général de l'APIJ (Agence publique pour l'Immobilier de la Justice) évoque bien quelques sujets à traiter mais précise que c'est une "procédure classique" sur ce type de chantier. Le but est bien "d'offrir des conditions normales de détention" , a-t-il souligné.  Il n'envisage pas un scénario comme à Mont de Marsan où, en décembre dernier,  une panne électrique avait entraîné l'évacuation de la prison toute neuve.



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