
Dans l'établissement déserté par les apprentis, le personnel administratif prépare encore pour quelques jours la rentrée de septembre et une partie des salariés, théoriquement en vacances, poursuit son combat pour la sauvegarde des emplois menacés par un plan de restructuration.
Le 2 juillet dernier, les syndicalistes de la section CGT-SNPEFP, dont certains sont visés par les licenciements, appelaient à nouveau leurs collègues à cesser le travail pour faire obstacle au plan de restructuration. A notre connaissance, la décision du tribunal a encore été repoussée courant juillet. En attendant les prochains épisodes judiciaires (un appel à Lyon peut-être à suivre), le syndicat et les élus du personnel réaffirment dans un communiqué que
"quelle que soit l'issue de la procédure en justice en cours", ils
"continueront à défendre les salariés menacés de licenciement, tous les salariés et notre outil de Travail". Ce communiqué, adressé à Farida Boudaoud (élue régionale en charge de l’apprentissage) mais encore au Recteur de l'Académie de Lyon, au Préfet de la Loire, etc., entend aussi, obstinément, interpeller
"toutes les institutions de financement et de contrôle et en premier lieu le Président du Conseil Régional Rhône-Alpes".
Une nouvelle missive que Jean-Jack Queyranne pourra ajouter à d'autres, concernant l'établissement stéphanois, notamment une lettre musclée en provenance de Saint-Chamond, datée du 30 juin et signée Aimée Muraszko-Senechal. Membre depuis peu du Conseil d'Administration du CFA, elle évoque "un plan de restructuration approuvé sans consultation du CA". En outre, devant le "manque de rigueur et de sérieux" qu'elle estime avoir constaté dans la gestion des fonds publics destinés au fonctionnement de l'établissement, l'adjointe au maire de Saint-Chamond lui demande "d'ordonner une enquête approfondie au niveau de l'utilisation des financements, des relations sociales, de l'organisation et de la pédagogie dans cet établissement."
Ce que réclament précisément, et de longue date, les salariés de l'école, afin de savoir clairement où va l'argent. Les salariés, enseignants ou administratifs, mais aussi les apprentis, font les frais de cette gestion opaque, privée et jugée "totalement arbitraire" par certains syndicats. Car de cette situation résulte, en partie tout du moins (passons sur les guéguerres syndicales, les conflits de personne, et la difficulté certaine qu'il y a pour toute direction à assurer dans ces conditions la bonne marche et le développement de l'établissement*), un climat social délétère. Et si les salariés menacés dans leur emploi sont bien sûr les premiers atteints, c'est pour tous, de bas en haut, une méchante fable de La Fontaine qui se répète inlassablement sur les bords du Furan: "Tous ne mouraient pas mais tous étaient frappés".
Le déficit prévisionnel 2008, malgré les subventions exceptionnelles du Conseil régional (1,2 millions d'euros), est de l'ordre d'environ 800 000 euros, selon l'annonce même du Conseil d’administration rendue publique en juin 2008. D'autres chiffres sont cités par les uns et les autres (100 000 euros ici, 450 000 là...) ce qui en dit long sur le "flou ambiant" dans lequel semblent se démener les gestionnaires. Et même en gardant à l'idée, évidemment, que la gestion d'un établissement de cette importance (1300 apprentis, 120 salariés) est chose complexe. Ce que dit d'ailleurs à sa façon un communiqué récent de la CMA en évoquant un compte prévisionnel 2008/2009 déficitaire qui resterait... "une hypothèse" ?! Quant aux licenciements, la CMA évoque "depuis plusieurs années un sureffectif du personnel", et donc, sous un voile de "pudeur", "le nécessaire ajustement de quatre ou cinq postes".
"Audit", "déficits", "économies"... sont des mots qu'on entend souvent en ce moment à Saint-Etienne. S'il y a des gens dont les oreilles sifflent sans doute, il semblerait qu'il y en ait d'autres, dans le Rhône notamment, qui entendent faire la sourde oreille.
Note: En 2006, plusieurs dizaines de recours des salariés aux Prud'hommes. Trois directeurs se sont succédés à la tête de l'établissement en huit ans.