
Sylvie Baudino-Caissard est enseignante et chercheur à l’Université Jean Monnet, au sein du Laboratoire de Biotechnologies Végétales appliquées aux Plantes Aromatiques et Médicinales. Celui-ci étudie les mécanismes de production de composés volatils par les plantes, en particulier les Roses et les Lamiacées. Avec une équipe de chercheurs de l’université stéphanoise et de l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, elle a participé à une découverte qui a fait la une de PNAS, une revue scientifique américaine réputée. Le parfum des 25 000 variétés de roses relève du mariage des odeurs puissantes européennes avec la discrète senteur de la feuille de thé chinoise. C'est ce mariage d’Orient et d’Occident qui a diversifié la palette de parfums des roses qui poussent dans nos jardins. Mais seules les roses chinoises possèdent les 2 gènes nécessaires à la synthèse de la molécule à l'origine de la fragrance de thé présente dans toutes les espèces de roses. Nous ne sommes pas nés dans les roses mais essayons de ne pas être trop dans les chous et demandons des explications à Madame Baudino-Caissard:
Les roses chinoises, qui ont une odeur de thé, d'où leur surnom de "roses-thé", ont été introduites en Europe à la fin du XVIIIe siècle. En revanche, cette odeur de thé n'est pas présente chez les roses anciennes européennes, les roses galliques par exemple.
" Les roses modernes, appelées hybrides de thé, nous explique la scientifique, utilisées pour le jardin ou pour les fleurs coupées, sont issues de croisements effectués, surtout au 19ème siècle, entre ces 2 types de roses anciennes, chinoises et européennes. Mais elles ont été utilisées par les obtenteurs, précise-t-elle, non pas pour leur parfum de thé, mais parce qu'elles possédaient la capacité de refleurir plusieurs fois dans la saison, ce qui n'était pas le cas des roses européennes de l'époque."
Les hybrides de thé actuels ont hérité de leurs ancêtres chinois cette capacité à produire cette odeur de thé, due principalement à une molécule particulière, le DMT ou diméthoxytoluène. Pour aboutir à la production de cette molécule, les chercheurs stéphanois et lyonnais ont montré qu'il faut l'intervention de 2 gènes, qui agissent successivement. Seules les roses chinoises possèdent les 2 gènes et sont donc capables de faire la synthèse du DMT. Les roses européennes n'en possèdent qu'un et sont donc incapables de faire cette synthèse.
" Ce qui est remarquable, nous explique Mme Baudino-Caissard, c'est que ces 2 gènes sont très proches. Nous pensons donc que le deuxième gène est apparu dans un deuxième temps, à partir du premier, par une petite modification dans un seul acide aminé, mais qui change le fonctionnement du gène et de sa protéine et permet la synthèse du DMT. Cette évolution n'a eu lieu que chez les roses chinoises."
" C'est un exemple qui montre comment un tout petit changement au niveau d'un gène peut avoir des conséquences majeures sur un caractère comme le parfum d'une fleur", conclue la scientifique.