« Lundi dernier, Soeur Emmanuelle a été aspirée dans cette vision du face à face » , a expliqué Mgr Lebrun, reprenant les mots de Saint-Paul après que celui-ci eut longuement médité sur les multiples facettes de l’amour:
« Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir, ce jour-là, nous verrons face à face. » Son homélie qui comportait 32 fois le mot « amour » ou « aimer » était bien sûr dénuée de toute tristesse.
« Au fond, elle a parlé de sa mort comme l’aboutissement de sa descente aux enfers du mal » , devait dire l’évêque de Saint-Etienne.
« Son secret était dans l’amour, dans son plus grand amour, Jésus, son fiancé, comme elle disait. »
Philippe Desbenoit a évoqué la venue à Saint-Etienne de la « petite soeur des chiffonniers » . C’était en 2002 à l’invitation des frères Joel Palud et Georges Métayer et de la Communauté éducative du lycée Sainte-Barbe.
« Aux côtés de Monseigneur Joatton et de l’imam de la Cotonne, nous avons vécu au sein du lycée Sainte-Barbe des rencontres, des échanges avec 16 associations: plus de 1000 jeunes et accompagnateurs au cours d’une soirée », a t-il rappelé. Pour lui non plus, nulle tristesse fouilla - je voulais dire Yalla ! - puisqu’il garde le souvenir d’une rencontre inoubliable avec une femme extraordinaire.
« Il faut des qui partent et des gens qui restent. Il faut fleurir là où on est » , disait-elle.
Après la cérémonie, de nombreux fidèles se sont retrouvés dans la salle paroissiale pour trinquer à sa bonne santé, qui dure...
Questions à l’évêque de Saint-Etienne:
Avez-vous déjà rencontré soeur Emmanuelle ?
Non. Mais on sent chez cette femme qu’elle est la soeur de tous. Je me sens frère de soeur Emmanuelle.
L’Abbé Pierre et maintenant soeur Emmanuelle. Ce sont deux personnages emblématiques qui disparaissent, deux personnes médiatiques et médiatisées qui, d’une certaine manière, valorisaient l’Eglise catholique et plus généralement le Christianisme. Pensez-vous que la relève est assurée pour pallier à cette absence ?
On pourrait aussi associer Mère Teresa... C’est peut-être un signe pour que tous les Chrétiens s’y mettent. Peut-être que c’est l’Eglise, au sens fort du terme, les communautés qui doivent être signe prophétique dans le monde. On voit bien que même sa mort est comme une fenêtre de lumière au milieu de ce gachis financier et scandaleux, et qui révèle d’autres scandales. Peut-être que ça veut dire que le « Chrétien ordinaire », en communauté, doit être ce signe prophétique comme eux le furent.
Soeur Emmanuelle devait se rendre en 2009 à Veauche. Le 28 février, une soirée organisée par l'association ELFE lui rendra hommage à la salle de l'Escale.
Qu’entendez-vous par « signe prophétique » ?
Ce sont des femmes et des hommes qui ont été au-delà de tous les schémas pour dire; « ce qui nous fera vivre, à l’avenir, c’est l’amour ». Ils annoncent l’Amour, l’amour inclassable, qui se fout des règles du jeu capitaliste et qui fait éclater, en quelque sorte, ce que nous croyons être une fatalité. L’amour comme une arme...
Il y a d’autres gens qui essayent de combattre les inégalités et qui ont un discours, disons, moins « amoureux »...
Il y a de la place pour tout le monde. Les banquiers, les gens qui ont des propositions concrètes, politiques etc. Mais il est indispensable que nous ayons ces figures qui, comme vous dites, sont plus amoureuses...