Article ancien (2008)

En Rue libre, en guise d'oraison, vous propose quelques vers de Guillaume Roquille, poète ripagérien du XIXème, à méditer:

" Cepeindant seins s’émouò lo Pereyoux vaincus,
Eintonnont par Feluin ïn cou-ple de Bòcchus,
Dzisant qu’a n’est pòs môrt, et la joyousa banda,
Chante ïncore Bòcchus su lo pont de Garanda. "


(Cependant sans s’émouvoir les mineurs vaincus,
Entonnent à travers Feloin un couplet de Bacchus,
Disant qu’il n’est pas mort, et la joyeuse bande,
Chante encore Bacchus sur le pont d’Egarande.)

Et oui ! Mavilor (Lorette) c'est bientôt fini, nous apprennent-ils. La convention qui les liait à EPORA  prend fin au 31 octobre. Mais pour terminer l'occupation dans la joie et la bonne humeur, et pour profiter des derniers instants d'activité de l'usine, "En Rue libre" vous invite à faire la fête pour la dernière fois à Mavilor dans le cadre des journées du patrimoine les 14, 20 et 21 septembre 2008 ! Avec au menu : visite libre et restreinte de l’usine, discussion-retour sur l’expérience des 1 an et demi à Mavilor, visite leur belle installation "Cousu de fils rouges" puis orgasme cosmique collectif sur un dance-floor Rock and Roll et voyage au bout de la nuit sur mix-électro !!! En gros, c'est le moment ou jamais de venir !

 




Brève "Mavilor en Rue libre" mise en ligne avant l'occupation du site, début 2007 :


A Lorette, rue Adèle-Bourdon, se trouve un de ces glorieux vestiges de l'industrie ligérienne. Il s'agit de l'ancienne usine Mavilor, fondée en 1898 sur le site de l'ancien puits Gillier à La Grand-Croix, à deux pas de l'usine d'Assailly, autre lieu fameux. L'entreprise Mavilor, spécialisée dans la fabrication de vilebrequins, fut absorbée par les Aciéries de la Marine en 1936. Les ouvriers ont aujourd'hui déserté le site et sa grande halle, semblable à une nef bardée de tôles ondulées, ses ateliers aux charpentes de bois et ses façades en béton banché de scories et en briques se trouve entre les mains de l'Etablissement Public foncier de l'Ouest Rhône-Alpin (EPORA).






Il y a quelques mois, les rencontres " Transformation " sur les friches et délaissés urbains, organisées aux Entrepôts Bellevue à Saint-Etienne, posaient la question de la réhabilitation du site.

En Rue Libre écrit la suite: "Grâce à une rencontre informelle avec Claude Tautel, architecte et professeur à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Saint-Etienne (ENSASE), l'occasion était donnée à ERL de prendre un peu ses aises pour la journée du 3 décembre, dans le cadre de la visite de Mavilor pour la biennale du design dans le module " Héritage et Territoires Design ", sous le commissariat de Philippe Peyre. L'engouement du groupe de visiteurs pour le site et pour le projet de l'association débrida l'imagination de tous quant au mélange détonnant qui pourrait naître. L'EPORA nous proposa d'occuper les lieux pour les deux ans à venir."

En Rue Libre est une association qui regroupe des Ripagériens qui entretiennent avec leur ville et sa vallée une relation affective et singulière. Notre réflexion, écrivent-ils, "s'est construite sur la vie culturelle et sociale de cette localité. Spectateurs de toujours du quotidien et de l'extraordinaire, nous avons sculpté notre projet associatif en tenant compte de notre environnement. Pour nous, l'important est de créer une dynamique avec les habitants de la vallée du Gier à travers des actions qui privilégient des temps de rencontre, de partage de savoir-faire et d'opinions."

L'association s'attache à métisser les disciplines et, dans une démarche d'autogestion et d'autofinancement, met un point d'honneur à monter ses projets elle-même. Ce qui n'exclue en rien la collaboration avec d'autres partenaires. Ainsi, en 2003, elle a monté "Cavarnaum" (organisation d’une scène ouverte) avec le Rhino Jazz festival. En 2004, à Nîmes, elle participa à "D'un imaginaire à l'autre" avec l’association Permis de Sourire. A Rive de Gier, l'année suivante, à l'occasion de la fête de la musique, elle monta un espace convivial autour d'un bar. Puis suivirent l'opération "Thés du monde" sous une tente, l'atelier Stenope qui faisait partager aux plus jeunes les joies de la photographie par le biais d'appareils fabriqués avec des boites de conserve, des "lâchers de livres", des projections de films... Bricoler, Partager, expérimenter, voilà son credo.

Concernant Mavilor, il s'agit de transformer la friche en terreau pour des expériences multiples : artistiques, sociales, de partage et d'échange, créatrices de lien et de rencontre. Un lieu qui face au contrôle de l'espace public, peut devenir un lieu de sociabilités, d'imprévus, de réappropriation de l'urbain. Avec un mélange d’improvisation, d’imagination, d’exploration et d’adaptation permanente, ERL souhaite proposer de l'action plutôt que de la consommation passive. "Nos villes manquent d'espaces pour la rencontre et l'échange, les bistrots ferment et les places publiques sont des parkings. Investir Mavilor, c'est aussi proposer des espaces libres", disent-ils encore.

Voici dans les grandes lignes le plan d'occupation tel qu'il nous a été communiqué par ERL:

Ne seront occupés que les lieux nécessaires à l'activité réelle. Dans l'immédiat, l'association ne souhaite occuper que les espaces suivants :
-la salle des compresseurs
-les vestiaires de l'entrée sud-est
-le local utilisé pour le stockage d'ERL
-le préau
-les extérieurs attenants (allées et cour)
-la salle des transformateurs

Un atelier collectif de réparation de vélo (Voili Vélo), des jardins participatifs et design et un local de répétition et d'enregistrement devraient être les premiers projets mis en place. Le premier devant, notamment, valoriser le vélo comme moyen de transport et transmettre des valeurs d'entraide et d'écologie. Les jardins, pour leur part, "transcendent" l'idée des jardins ouvriers, encore nombreux dans notre région et doivent tisser des liens entre les générations tout en créant le lien entre culture potagère et art paysager. Le local de répétition enfin, doit permettre aux groupes locaux d'utiliser un outil fonctionnel pour travailler dans de bonnes conditions.

Entre la destruction et la réhabilitation, il y a à Lorette une petite faille où En Rue Libre veut s'insérer. Il y a aussi une intuition: " Parce que notre lien avec Mavilor tient du sensible, de l’affect, ce lieu est chargé de sensations, d’atmosphère. Une imbrication de bruits et de silence, de vie et de mort, la végétation s’y déploie traversant le béton, les briques. Les bruits nous parviennent par ricochets, dans les mots de ceux qui y ont travaillé, qui ont vécu sous l’ombre de cette cathédrale industrielle. Notre expérience n’est pas celle de l’homme qui passait le portail chaque matin, les machines ont disparu, laissant des trous béants dans cet univers industriel. Notre expérience c’est l’exploration de la ville et de ses interstices, de ses lieux abandonnés, des terrains de jeux extraordinaires, des envies de refaire des cabanes et d’y inviter les voisins. Donc on passe par dessus le portail, et là..."

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