Les rues de Saint-Etienne étaient ce matin noires de monde. Les banderoles, les pancartes hostiles au chef de l'Etat (très virulentes parfois) et les drapeaux s'affichaient par milliers. Le cortège, impressionnant, a réuni environ 15 000 manifestants, selon notre propre estimation. Ils étaient aussi plusieurs milliers à Roanne. L'appel a la mobilisation avait été lancé, notamment, par huit organisations syndicales. Les salariés du privé, du public, retraités, cheminots, ouvriers, enseignants... ont été rejoints par les étudiants, lycéens, chômeurs, des manifestants appartenant  à de nombreux groupes politiques, des élus, et beaucoup d'autres sans étiquette syndicale ou politique, venues  pousser une "gueulante" contre la politique économique et sociale du gouvernement. "Ce n'est pas à la population de payer la crise", proteste une déclaration unitaire signée par de nombreuses formations de gauche et d'extrême-gauche.

On n'avait pas vu autant de manifestants dans les rues de Saint-Etienne depuis les "manifs" anti-CPE. Si les situations des uns et des autres sont particulières, plusieurs grandes revendications leur faisaient battre le pavé et en premier lieu la défense de l'emploi, le pouvoir d'achat et l'exigence de services publics de qualité. Et c'est un peu au hasard, le regard accroché par un slogan, que nous sommes allés  interroger quelques-uns d'entre eux sur leurs motivations.

grevedouz.jpg
greveneufqtz.jpg

Sur la pancarte de celui-ci est écrit "enseignant désobéisseur". "Ça veut dire qu'on fait notre travail et qu'on a un très grand respect pour notre mission". Norbert est directeur d'une école primaire. S'il manifeste c'est qu'il estime qu'"il y a beaucoup de provocation de la part de notre gouvernement". "Dans leur globalité, ses mesures ont tout faux", déclare t-il. " Toutes ces réformes vont à l'encontre de la lutte contre l'échec scolaire et c'est même contre l'idéal républicain". Mais le front est si large que c'est difficile de toutes les évoquer. Suppression des IUFM, la formation pratique des Maîtres (la "mastérisation" , didactique mais sans la pédagogie, selon lui), les programmes "imposés sans consultation", les suppressions des postes d'enseignants spécialisés, le "haro" lancé sur la maternelle, "une école formidable et une exception française", plaide-t-il, "qu'on voudrait mettre en concurrence avec des jardins d'éveil"...

greveneufdix.jpg

Un peu plus loin, on lit "Géant de la Ric" sur une banderole. Pas plus tard qu'hier, un reportage des "Infiltrés", l'émission polémique de la télévision publique traitait de l'exploitation des salariés dans le secteur de la grande distribution. On lit aussi le sigle "FSR" qui nous est inconnu. FSR pour "Fédération du Syndicalisme Radical". C'est un syndicat qui, semble-t-il, n'existe qu'à La Ricamarie, né d'une scission au sein de la CGT. "C'est que dans la grande distribution, Casino finance les syndicats" , nous explique Yves, délégué syndical. On ne saura pas son nom: "Je n'ai rien à vendre", répond-il. Il concède que "la Ric c'est un peu plus la République qu'ailleurs" mais les salaires, dans la grande distribution, tournent autour de 1200 euros nets, pour les mieux lotis. "On travaille déjà 6 jours sur 7 mais c'est pas suffisant. On veut maintenant nous faire bosser le dimanche. On nous demande d'être flexibles; il y a un moment où il faut taxer là où il faut, chez les riches." Et Yves d'évoquer un cas, il y a trois ans, où un dirigeant du groupe est parti avec l'équivalent de 120 ans de son salaire. "Les grands groupes ont les moyens de payer les gens; il ne le font pas. Je ne suis pas surpris de ce qui se passe aujourd'hui. Le gouvernement veut nous renvoyer au Moyen-âge... Ça n'ira qu'en empirant..."

greveneufdx.jpg

Dans le cortège, des agents hospitaliers, des postiers, des enseignants, des employés de l'AFPA, des verriers de Saint-Romain le Puy, dans la rue parce qu'eux aussi, bien que s'estimant relativement épargnés par la crise, "se sentent dans le fossé avec les pauvres" , des membres du tribunal... Et de nombreux salariés du secteur médico-social comme ceux de l'Association Prévention Soins de St Etienne qui nous avaient envoyé par mèl les raisons de leur mobilisation:

"Nous souhaitons, en tant que professionnels de la santé : psychologues, psychomotriciens, orthophonistes, médecins, assistant social, secrétaires, comptables,  faire part de nos inquiétudes face à une pression grandissante qui menace le soin.

Nos responsabilités et nos missions ne cessent de s'accroître, et les moyens mis à notre disposition sont menacés. Le travail accompli au sein des structures citées est important et nécessaire, mais, actuellement le financement du secteur médico-social est de plus en plus soumis à des logiques comptables qui risquent de compromettre l’accès aux soins pour tous avec une privatisation progressive des structures excluant les plus modestes .


greveneufonz.jpg
greveneufqt.jpg

Nous aimons nos métiers et nous voulons les exercer avec attention et qualité. Nous assumons les responsabilités qui nous incombent envers les patients qui nous sont adressés, et qui nous font confiance. Nous refusons la diminution des moyens mis à notre disposition, et nous revendiquons la nécessité d'exercer notre travail dans des conditions correctes par respect pour le public que nous accueillons.  Nous espérons que cette mobilisation permettra la reconnaissance des missions indispensables du secteur médico-social, à une époque où nombre d'entre nous sont fragilisés par la complexité grandissante de la vie quotidienne."

greveneuftrs.jpg
greveneuftrez.jpg

Marie-Paule Giardi est conseillère d'orientation. Elle prédit la fin du Service Public d'Orientation de l'Éducation Nationale tel qu'il est connu aujourd'hui. "Seulement un départ à la retraite sur six est remplacé sur l'Académie de Lyon". Aux trois CIO de Saint-Étienne (Centres d'Information et d'Orientation), selon ses dires, deux postes de CO-P (Conseillers d'Orientation-Psychologues) ne sont pas remplacés.  Il y aurait par exemple à l'Université, où elle travaille aussi, seulement deux mi-temps pour l'ensemble des étudiants. " On est passé d'un recrutement de plus de 120 CO-P à 50 cette année ". Même inquiétude du côté du planning familial de Saint-Étienne où travaille Christelle Patouillard. Avec ses collègues, elle fait signer une pétition, lancée ce 29 janvier, contre "d'éventuelles fermetures da planning familiaux". "Pour l'heure rien n'est sûr", reconnaît-elle mais la diminution des subventions des DDASS laisserait présager la fermeture de nombreux planning familiaux qui ne subsistent que grâce à elles. D'autres bénéficiant des subventions du Conseil général. A Saint-Étienne, une quinzaine de salariés reçoivent environ 7000 personnes/an. Il existe des  antennes à Roanne, Saint-Chamond, Rive-de-Gier et Andrézieux.

grevneuf.jpg
> Voir les chiffres de la participation dans l'Education (Inspection académique)


Agenda: A venir

Médiathèque

  • Médiathèque
  • Médiathèque
  • Médiathèque
  • Médiathèque
  • Médiathèque
  • Médiathèque
  • Médiathèque
+ de 1800 fichiers

Lettre d'information