Dominique Voynet était à Sainté, mardi 19 décembre 2006. Elle est venue à la rencontre des militants écologistes ligériens et a inauguré leur nouveau local flambant neuf.

Dans la matinée, elle s’était rendue en Isère, à Salaise-sur-Sanne, où l’incinérateur de la société Trédi recevra, courant janvier, 9300 tonnes de déchets toxiques en provenance de Côte d’Ivoire. Ces déchets sont ceux du navire Probo Koala, de sinistre mémoire, qui a causé la mort de dix personnes en Côte d’Ivoire et en a intoxiqué un millier d’autres. Concernant l’incinérateur, dont la capacité à traiter ces produits suscite de vives inquiétudes de la part des riverains et des associations écologiques, elle a demandé plus de transparence et d’informations sur les conséquences sur la santé, sur la qualité des fours etc. Elle a rencontré ensuite à Sorbiers un des commissaires enquêteurs de l'A45.



A propos de ce dossier, la candidate des Verts a déclaré sans ambages : « C’est un projet du passé, utile il y a trente ans, peut-être, mais aujourd’hui complètement inadapté. » Et concernant l’opposition qu’il suscite de la part d’un certain nombre d’associations et de particuliers, elle a considéré que celle-ci démontrait « qu’un discours un peu superficiel ne peut pas être dicté comme ça l’air de rien ». Evoquant notamment le changement climatique, elle a indiqué qu’on a devant nous « un défi énorme » à relever et qu’il faut arrêter de dégrader la situation, notamment en continuant à construire des autoroutes. « Nous vivons dans un pays qui ne peut pas se permettre de gaspiller de l’argent. On a une dette publique très lourde et on a des priorités entre lesquelles on ne sait pas bien arbitrer. Il faudrait plus de moyens partout. Alors, je crois qu’il faut faire ce qui est vraiment d’intérêt général (…) Des dossiers de routes sont dans les tiroirs de toutes les DDE et on présume que les dossiers sont utiles. Et ce sont les opposants qui doivent démontrer que c’est trop cher et inutile. Ce que nous disons, c’est que nous sommes aussi dans un pays sur-équipé et qu’il faut faire un moratoire sur ces projets d’autoroutes, pour avant, en démontrer l’efficacité… »



En compagnie d'Olivier Longeon, conseiller municipal de Saint-Etienne

A propos de Nicolas Hulot, elle a déclaré (selon toute logique) qu’il aidait incontestablement au débat. Mais sur le plan politique, elle fait remarquer qu’« il serait paradoxal que le succès des idées des Verts se traduisent par l’affaiblissement de ceux qui les portent. » Et de se faire plus cassante dès lors qu’on aborde les 10% d’intentions de vote dont Nicolas Hulot serait crédité selon certains sondages* : « Pour l’instant, il est dans le consensuel. Il n’a pas encore affronté les lobbies et les intérêts en place ; il n’a pas encore eu à « se coltiner » les autres partis politiques pour tenter de construire un projet commun… »


Le nouveau local des Verts, rue Praire

Pour sortir un peu du thème de l’écologie, nous avons souhaité poser deux questions à Mme Voynet :

- Que pensez-vous de l’action de Cécile Duflot, qui vient de passer une nuit avec des SDF. Est-ce que vous vous dites : « Bah ! C’est de son âge… » ?**

« Je ne l’ai pas fait moi-même parce que je suis en campagne. On se partage les rôles et je suis très heureuse du soutien de Yann et de Cécile. Je suis très heureuse et fière aussi d’avoir entendue le président d’Emmaus dire que pour le moment,seuls les Verts dans cette campagne s’intéressaient vraiment à la lutte contre la précarité et la pauvreté. Nous proposons effectivement de relancer l’effort publique en faveur du logement. Et si il y a tant de gens dans la rue, c’est parce que les foyers d’urgence sont saturés. Refaire le parc social est une urgence. Pourquoi Cécile Duflot et Yann Wehrling sont allés soutenir l’initiative des « Enfants de Don Quichotte » ? C’est tout simplement parce qu’il y a un tas de gens qui préfèrent évacuer le problème. Qui acceptent par exemple d’ouvrir les stations de métro quand il fait trop froid mais qui ne cherchent pas des solutions de fond pour trouver des solutions adaptées. Certaines personnes ont besoin d’un logement. Mais d’autres personnes nécessitent une prise en charge plus lourde. Et il nous faut des lieux d’accueil, des lieux de vie pour des gens qui n'ont pas tous les mêmes besoins, qui peuvent être malades, handicapés, âgés…»

- Vous avez déclaré à Bordeaux ne pas vouloir faire « l’impasse sur les questions sociales ». Vous proposez par exemple la création d’un « revenu de solidarité active ». Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?


« Les Verts ont toujours considéré que la plupart des gens préfèrent travailler et avoir une activité qui les valorise. C’est à dire plutôt vivre de leur travail que de la solidarité nationale. Mais il demeure que choisir de prendre ou reprendre une activité, c’est aussi choisir de perdre un certain nombre d’aides, sans lesquelles la vie quotidienne peut devenir infernale quand on a des ressources modestes. Pour des gens qui vivent du Rmi, reprendre un travail peut coûter cher, s’ils doivent par exemple financer un moyen de locomotion ou faire garder leur(s) enfant(s). L’idée du «revenu de solidarité active » consiste à dire que chaque heure travaillée doit réellement permettre d’améliorer le niveau de vie et les ressources de la famille. Mais elle ne résume pas à elle seule tous les efforts qu’il faut faire pour lutter contre la pauvreté. Nous avons, par exemple, absolument besoin d’un système publique de garde d’enfants, d’un coût modeste, pour aider les mères qui vivent seules… »

* 2% d’intentions de votes pour la candidate écologiste

** 31 ans, adhérente chez les Verts depuis à peine six ans, elle est depuis peu la nouvelle secrétaire nationale du parti..

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