Plus l’action commande, plus la réflexion s’impose,
bien sûr alimentée par celles des autres : L'architecture formelle, est affaire de professionnels qui confisquent la discipline pour interdire à l'autodidacte et à l'amateur, au sens noble du terme, de s'inviter au banquet des spécialistes. Souvent, le goût de la forme induit un esthétisme d'autant plus élevé que l'engagement politique tend vers zéro. L'esthétique formelle est politiquement informelle.
L'ensemble supposait l'éviction des sujets individuels, la déconsidération de l'histoire et du contexte, la célébration des structures au détriment du message, la religion de la forme.
Les artefacts produits en architecture prennent place dans la liste des objets de la société de consommation. Produits anhistoriques, jetables, datés, marqués par une invisible date de péremption. En niant l'histoire, les tenants du structuralisme en architecture produisaient paradoxalement leur incapacité à y entrer durablement et à produire des effets de style autres que les modes faites pour laisser place le plus rapidement possible à la suivante qui la déclasse pour générer de nouveaux produits, donc de nouvelles consommations.
L'architecture militante,à l'inverse, prend l'histoire en considération et joue avec sa nature dynamique et dialectique. D'où une dimension politique, donc, évidemment, anti-politicienne. Politique parce qu'elle renoue avec le souci de la cité et du bien vivre en commun ; non politicienne, car elle n'obéit pas aux projets à courte vue des échéanciers électoralistes ; et militante par la diffusion d'énergies à même de fusionner des forces utiles pour fabriquer du lien social. La forme s'efface et laisse place au fond qui remonte à la surface, puis se cristallise en style.
Ce souci part des forces en jeu, et vise la production d'un art de vivre ensemble. L'architecture militante n'œuvre pas pour des mots d'ordre, elle rend possible des chantiers existentiels. Dans ses productions, on ne vit pas côte à côte, juxtaposés comme des objets décoratifs, mais dans un réseau, avec un système de relations jubilatoires.
Robert DUSSUD
Bloc-Notes – mai 2007
La maison de l’architecture Rhône-Alpes