André Valet alias Jack Monterre PDF Imprimer Envoyer
Écrit par FI   

André Valet a écrit une lettre bien sentie à François Mitterrand quand des soldats allemands  de l’Eurocorps ont défilé sur les Champs Elysées. C’était à l’occasion du 14 juillet 1994 et c’était son droit.


Parce que les Allemands lui en ont fait voir de toutes les couleurs. Parce qu’il porte encore le deuil de ses amis. Et de vilaines cicatrices, la pire étant peut-être un bout de tatouage sur l’avant bras, effacé en partie en se grattant la peau avec une lame de rasoir. Il faut dire aussi qu’il le leur a bien rendu, que ce soit aux commandes d’un Spit ou à coups de plastic. Officier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre, condamné à mort par contumace, blessé souvent, déporté en Allemagne, évadé. Même si comme tous les gens de son âge, il a parfois la mémoire qui flanche un peu pour les choses récentes, Jack Monterre n’a rien oublié de sa guerre à l’occupant. Et elle fut épique.

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André Valet alias Jack Monterre,
lors de la remise de la médaille d'honneur de la Ville de Saint-Etienne
(photo: Mme Fernande Bonnemain)

C’est dans le quartier populaire de Beaubrun, à Saint-Etienne qu’a grandi André Valet. Son père typographe, lui inculqua l’amour de la Patrie. Sa mère était plieuse. Après quelques années à Paris, la famille revint vite dans son pays - « Mon père avait perdu son clocher ; la vie parisienne ne lui allait pas » - et le garagna se lia avec d’autres gamins qui plus tard devaient faire le sacrifice de leur vie. Triste destin que celui de ce petit « mataf » de Saint-Etienne, Pierre Chabanis, englouti avec le cuirassé Bretagne, à Mers El Kebir, en 1940. La salve était anglaise et la « Royale », bloquée dans la rade n’avait aucun moyen de se défendre.

Il y a surtout Robert Gaden et Jean Bardon avec lesquels il va voir évoluer les aéroplanes à Bouthéon. Le premier, - « mon frère », dit Valet - fut descendu par un Fock Wulf en 1942. Le second a été tué en Italie, au dessus de Monte Cassino.

André Valet travaille comme ajusteur-outilleur dans une usine mais une initiative du Front Populaire permet aux trois compères de concrétiser leur rêve. Sur le terrain de Bouthéon une section d'aviation populaire est créée, destinée à former de jeunes pilotes avant leur service militaire. Ils sont brevetés par « Les Ailes Foréziennes ». Ils volent alors sur Potez 25 et au bout de 80 heures de vol, André Valet rejoint le 105ème Rgt d’Aviation de Bron. Ensuite, l’Ecole de l’Air de Salon-de-Provence où il est breveté sur Morane 406. Il est affecté à Toulouse, puis en Alsace quand la France déclare la guerre à l’Allemagne. Viennent le blitz et l’humiliation. Pourtant, le ciel n’était pas vide en 1940 ! Les pilotes français, malgré une infériorité en effectifs, matériels et appareils (1400 avions face à plus de 4000 appareils allemands), ont accroché à leur tableau de chasse 600 avions ennemis, contre 647 perdus. Des appareils qui manqueront à la Luftwaffe lors de la bataille d’Angleterre. Mais pour l’heure, les appareils français abattus ne sont pas remplacés et les quelques dizaines de Dewoitine 520, réservés aux officiers supérieurs, arrivent bien trop tard.
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Valet effectue des missions tous les jours et le 12 mai 1940, son appareil est touché en Belgique au cours d’une mission de bombardement sur un convoi allemand. « J’étais un bleu. J’ai fait un premier passage, arrosé le convoi et au lieu de partir, je suis revenu faire un passage pour voir. C’est là que j’ai été touché ; j’ai atterri dans un champ de vaches. » A l’armistice, il rejoint avec son groupe le terrain de Lézignan-Corbières, dans l’Aude. L’escadrille 1/51 gagne ensuite l’Algérie où elle est désarmée. D’Oran, il s’agit alors de parvenir quand même à gagner Gibraltar. La route des Stéphanois Valet et Gauden croise alors celle de René Mouchotte, d’Emile Fayolle et d’autres désireux d’en découdre. Fin juin 1940, Mouchotte et Charles Guérin « empruntent » le Goéland du commandant de la base aérienne de Sedia Oran. Les hélices ont été déréglées volontairement afin de vouer à l'échec toute tentative de désobéissance, mais ses qualités de pilotage lui permettent malgré tout d'atterrir indemne à Gibraltar. A bord d’un Caudron Simoun, piloté par Fayolle, Valet et Gaden parviennent aussi sur le rocher où d’autres pilotes et mécaniciens les attendent. Tout ce petit monde embarque sur le « Président Honduce » et vogue vers l’Angleterre. Compagnon de la Libération, Mouchotte fut le premier étranger à être nommé flight commander (chef d'escadrille) dans la Royal Air Force. Les pilotes de son escadrille entendirent en 1943 ses derniers mots, dans un combat: « I am alone… ». Son corps, retrouvé sur une plage de Belgique, fut inhumé au Père Lachaise en 1949.
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Terrain d’aviation de Biggin Hill, en arrière plan : un Bréguet 693
Cette photo figure en bonne place à l'aéroclub de Saint-Etienne-Bouthéon.
Mr Valet étant le plus ancien membre de l'aéroclub.

En Angleterre, où André Valet devient Jack Monterre, les « déserteurs » sont passés en revue par De Gaulle qui leur adresse à tous un petit mot. « Qu’il est grand », chuchote le petit Gaden. Affectés à une escadrille, ils font partie notamment du Groupe de chasse Alsace qui rassemble les premiers aviateurs ralliés à la France Libre. D’abord au manche d’un Hurricane, ils apprennent ensuite à se familiariser au pilotage du Spitfire. Le célèbre appareil de la RAF porte alors les cocardes britanniques sur le fuselage et la dérive. Une Croix de Lorraine est peinte aux abords du cockpit.

« J’ai volé sur plusieurs types de Spit. Le dernier que j’ai piloté était le Spit XIV. Il montait en altitude jusqu’à 12 000 mètres. Avec respiration artificielle bien sûr, bouteille d’air comprimé. C’est dégueulasse ! Vitesse : 650 km/heure. En piqué, pour échapper à l’ennemi, on touchait les 900. J’aime autant vous dire qu’à cette vitesse, vous avez « le voile noir ». Tout sort par les oreilles, les yeux, le nez. On ne peut pas s’essuyer les yeux, les gants vous en empêchent. Après pour redresser, il faut prendre le manche et tirer comme un fou. Et le manche est d’une dureté ! » A cette époque, dans le ciel d’Angleterre, au dessus de la Manche, partout, les pilotes se gonflent à la benzédrine. « Les Français ont pris la pilule bien avant les femmes », plaisante André Valet. Cette amphétamine « vous enlevait la fatigue, la peur, la faim, vous n’aviez plus de besoins. »

Au cours d’un engagement, Gaden et Valet sont descendus. Ils sautent en parachute au dessus de la Manche. « J’ai été abattu par un Messerschmitt 210. Ses obus m’ont arraché un plan. Le cockpit a foutu le camp et les flammes m’ont léché le crâne. J’ai été éjecté. Le parachute était automatique ; il suffisait d’appuyer sur un bouton qu’on avait sur le ventre. Il s’est ouvert à 200 mètres au dessus des eaux. Ce n’est pas beaucoup. Le temps qu’il se déploie et se stabilise, vous touchez presque déjà l’eau. » Recueilli par une vedette rapide anglaise, Valet est sorti de l’eau à l’aide de crochets téléscopiques. Il est blessé par de nombreux grenaillages (petits éclats de métal) fichés dans la peau. Quant à Gaden, il repose aujourd’hui dans le cimetière militaire de Douvre. Orphelin, son corps n’a pas été réclamé.
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Les décorations dont:
-Légion d'Honneur au grade d'Officier
-Médaille militaire
-Médailles de la Résistance
-Croix de Guerre, 6 citations à l'ordre de l'Armée (pour chaque victoire homologuée)
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« J’en avais marre. J’étais passé trop près et Gaden était mort. Je voulais rentrer en France. J’ai contacté les Services secrets de la France libre et muni d’un ausweiss, de 5000 vrais faux francs imprimés par les Américains, j’ai été parachuté en zone libre. » Il retrouve à Lézignan Corbière, son ancien commandant, résistant, fusillé plus tard à Narbonne qui l’invite à rejoindre Saint-Etienne. Il travaille dans l’usine Fevi (du nom de son patron Félix Vidal) qui produit des roulements à aiguille à destination de l’Allemagne. Il rejoint un réseau de résistance et de sabotage. Une nuit, ce sont tous les transfos électriques du Bvd Thiers qui sautent. Le 14 novembre 1942, il épouse Pierrette à La Ricamarie. C’est à cette époque aussi (?) qu’il rencontre  dans le train un jeune homme de 17 ans qui souhaite passer en Espagne et auquel il indique une filière pour franchir la frontière. Il s’agit de Lucien Neuwirth, plus tard sénateur de la Loire, à l’origine de la loi autorisant la contraception.
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Mais à la suite d’une trahison (10 000 francs par tête, le traître fut fusillé à la Libération), Valet et ses compagnons sont arrêtés par la Gestapo, interrogés et déportés. Ils parviennent au camp de Compiègne le 16 janvier 1943. « A Compiègne, j’ai transmis une lettre pour ma femme à un garde mobile français qui la lui a communiqué. On est resté trois jours à Compiègne et ensuite on a pris le chemin de l’Allemagne, jusqu’à l’usine de Rochlitz qui s’était spécialisée dans les constructions mécaniques. Le premier jour, il nous ont donné une boule de pain noir avec une espèce de soupe. Mais le pain était pour la semaine, dès le lendemain plus rien. Je suis passé aussi au kommando de Gorlitz et à Auschwitz. » De son temps de déportation, André Valet a gardé son lot de souvenirs pénibles. Trois bougres russes pendus pour l’exemple, - « morts en chantant l’Internationale, ça ne s’oublie pas ça ! » - une mère tuée par un SS après la mise à mort de son bébé. « Le week-end, les civils allemands venaient au zoo. Le zoo c’était nous bien sûr. » Tabassé par les SS pour rebellion, infecté par la vermine, malade, il ne songe plus qu’à s’évader. « Au revier, c’est à dire à l’infirmerie, l’infirmier m’a mis en contact avec un type d’un réseau communiste allemand qui travaillait dans les bureaux. En juin 43, il me fournit un vrai faux passeport. Le 22 juin 43, j’ai pris le train de Karlsruhe. Le 24 juin, je passe la frontière avec un Lorrain, gagne Strasbourg et prend à nouveau le train. J’arrive le 25 à Saint-Etienne. »
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André Valet retrouve son épouse et son réseau de Résistance. Il intègre un GMO et rejoindra ensuite l’infanterie alpine pour continuer le combat jusqu’à la victoire...
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Cette dernière aventure reste à écrire.

 

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