L'auteur a signé une "Histoire du rugby stéphanois" en 2003. Le visuel emprunte à la couverture de l'ouvrage (NdFI).
Aujourd’hui le rugby n’est pas le sport, et de loin, le plus pratiqué dans la Loire. Presque 32000 licenciés poussent chaque semaine le ballon rond sur les pelouses du département , environ 12 000 jouent chaque semaine au basket-ball, 7000 au hand-ball et seulement 2000 au rugby.
Avant la Grande guerre, le rugby, plus précisément « le football-rugby » contrairement au « football-association » est pratiqué par de nombreux « sportsmen » issus pour la plupart des classes sociales moyennes de notre département.
A Saint-Etienne comme à Roanne, ce sport viril est mis à l’honneur dans les lycées. C’est en 1898 que deux équipes scolaires sont créées dans les établissements secondaires publics (Lycée de Saint Etienne, actuellement Claude Fauriel et le Lycée de Roanne - Jean Puy actuel) , il semble même que le collège Saint-Michel dirigés par les jésuites décide d’introduire le « jeu de balle à l’anglaise ».
Très vite des clubs civils vont se mettre en place à Roanne et à Saint-Etienne qui en compte six en 1914. Des équipes militaires sont mises en place au 38e et au 16e régiment d’infanterie cantonnés à Saint Etienne puis à Montbrison. L’Etat Major trouvant beaucoup de vertus à ce « sport viril » qui permet au simple soldat de faire preuve d’initiative.
C’est d’ailleurs en 1912 que le rugby va se développer à Montbrison, lorsque le 16e Régiment d’Infanterie est définitivement cantonné dans la sous préfecture ligérienne. Un club civil est créé et les élèves de l’Ecole normale d’Instituteurs rencontrent les lycées stéphanois et roannais dans des rencontres décrites dans la presse comme de véritables épopées.
Certes il ne faut pas imaginer des clubs structurés comme aujourd’hui , les clubs ne sont formés que d’une équipe senior (à cette époque la notion d’âge ne compte pas beaucoup, le sportif est considéré comme vétéran à… 30 ans) et leurs membres pratiquent souvent l’athlétisme pendant la belle saison.
En 2007, lors de la Coupe du monde trois villes ont été mises à l'honneur par l’intermédiaire de leurs équipes: Saint-Etienne, Roanne et Firminy (premier club en 1906)…
Les malheurs de la Grande guerre et la fin de la primauté du rugby dans la Loire
La Grande guerre va freiner considérablement l'évolution du rugby ligérien. Dès le début du premier conflit mondial la plupart des rugbymen de la région sont incorporés et partent rejoindre leurs unités et comme beaucoup de sportifs issus des classes moyennes ils vont payer un lourd tribut. Malheureusement on ne dispose pas de chiffres exacts pour évaluer les pertes aux combats des rugbymen ligériens, mais pour Henri Garcia un historien du rugby on peut estimer "que la moitié des joueurs français a disparu dans la tourmente, nombreux sont aussi les blessés si gravement atteints qu'ils ne pourront plus jamais jouer".
A Saint-Etienne, vingt neuf sociétaires du Racing et du Stade Forézien et non des moindres donnent leur vie au pays, Il semble que 60% des sociétaires de l'Union Sportive Stéphanoise ont disparu et sont gravement blessés. A Saint-Etienne "le devoir de mémoire" pour les rugbymen stéphanois morts pendant la grande tourmente de 14-18 est couronné le 11 novembre 1931 par la pose d'une plaque de marbre commémorative sur la tribune du stade Geoffroy Guichard (inauguré en septembre) . Cette plaque décorera les salons d'honneur du stade jusqu'à sa rénovation de celui ci en 1998. Elle est aujourd'hui apposée sous la tribune du stade Henri Lux.
Dans le bassin stéphanois qui est le seul grand bassin industriel resté aux mains de la France, de nombreux affectés spéciaux (soldats qui ne sont pas engagés au front mais en tant que spécialistes - mineurs ou métallurgistes) issus des territoires occupés arrivent. Beaucoup d'entre eux sont des sportifs mais pratiquent pour la plupart le "Football Association" et c'est naturellement qu'ils vont s'adonner à leur sport favori et que les équipes de football vont se multiplier. A partir de 1919 le football devient une des activités majeures de la population ouvrière. La loi d'avril 1919 qui réduit la journée de travail à huit heures n'y est pas étrangère. Durant la saison 1920, les clubs de football se multiplient dans le département sous l'impulsion des patronages catholiques et des amicales laïques.
Il semble aussi que les patrons des houillères et les industriels du bassin stéphanois catholiques fervents pour la plupart, réprouvent les contacts physiques du rugby comme le suggère Jean Pierre Bodis (historien du rugby) à propos des industriels du Nord de la France.
Néanmoins le rugby continue pendant le premier conflit. Si le club de Firminy se met en sommeil comme celui de Montbrison, à Saint Etienne et à Roanne le ballon ovale continue au ralenti. A Saint-Etienne les deux clubs affiliés à l'USFSA crée par Pierre de Coubertin (qui refuse tout professionnalisme) fusionnent en 1915 (Racing et Stade Forézien) et tout naturellement c'est le président emblématique du Racing qui est choisi pour diriger la nouvelle entité. Il s'agit de William Hunt, consul des Etats Unis en résidence à Saint-Etienne ! Aujourd'hui, bien peu de Ligériens et même de Rhônalpins savent que Saint-Etienne a été le siège d'un consulat des Etats Unis de 1867 à 1927 ( ce consulat a juridiction sur les départements de la Loire, la Haute Loire, le Puy de Dôme, la Lozère, le cantal et l'Aveyron). Arrivé à Saint-Etienne en 1906, ce sprortsman averti regarde souvent les matchs de rugby... à cheval lorsque l'équipe stéphanoise joue sur le terrain de l'hippodrome de Villars.
Les Championnats continuent, l'USFSA met en place des "Coupes de guerres" comme la Coupe de l'Espérance réservée au club de bon niveau et la Coupe de l'Avenir où les équipes ligèriennes se distinguent. Mais en novembre 1918 lorsque s'arrête le premier conflit mondial, le rugby ligérien est bien amoindri et va connaître des heures grises mis à part dans le Roannais où le jeu à XV va prendre une importance capitale, qu'il n'a plus aujourd'hui...
Un entre deux-guerres mitigé
Alors que le rugby roannais connaît des heures de gloire, le rugby stéphanois peine à s'imposer. Le retour à la paix va transformer le sport ligérien. De nouvelles pratiques se mettent en place et le football commence sa conquête qui lui permettra de dominer sans partage le département. Si le rugby roannais se structure grâce aux papèteries Navarre (l'industriel est un passionné de la balle ovale), le rugby dans le sud de la Loire est moins fringant.
A Montbrison une équipe végète jusqu'en 1922. A Firminy l'Union Sportive des Aciéries de Firminy se maintient et progresse dans les séries du lyonnais et à Saint Etienne le Stade Forézien Universitaire continue son chemin mais ces résultats restent plus que médiocres. D'autres clubs tentent de jouer au rugby, c'est le cas de l'Abeille Sportive Stéphanoise qui s'inscrit dans le championnat en 1922, jusqu'en 1925. c'est d'ailleurs la seule équipe stéphanoise qui fournira deux internationaux au rugby français: Gerinte et Besson.
A Roanne c'est la gloire en 1925 et 1926 avec le NACR qui est deux années de suite champion de France excellence; ce qui correspondrait aujourd'hui à la Fédérale 1 soit le troisième niveau français. Grâce à ces beaux résultats le rugby à XV s'installe durablement dans le nord du département.
A Saint-Etienne à la fin des années vingt, un certain frémissement agite le petit milieu sportif de la ville. Pierre Guichard patron des établissements Casino est désireux de créer un grand club omnisport: l'ASS . Il va donc mettre en place une équipe de football, de basket, un sport nouveau en provenance des Etats-Unis qui va connaître une large diffusion dans le département, d'athlétisme et de ...rugby.
Parallèlement à cela, Pierre Guichard veut un stade à la hauteur de ses ambitions sportives et en 1929 commence la construction d'un complexe sportif qui portera le nom de son père: Geoffroy Guichard. Pierre Guichard veut une grande équipe de rugby à Saint-Etienne. Henri Point, un des jeunes cadres des établissements Casino, travaille pour le rapprochement des deux équipes de rugby de la ville, ce qui permet la création du club de l'ASS-SFU réunis qui dispute le championnat de France 2° série. En septembre 1931 lors de l'inauguration du stade G Guichard trois rencontres sportives sont au programme, de l'athlétisme (le stade est ceinturé par une cendrée) du football (l'ASS se fait étrillé 5 à 2 par l'AS Cannes) et le match vedette l'ASS-SFU Réunis contre l'AS Montferrandaise.
Héla, trois fois hélas pour le rugby stéphanois, Henri Point meurt prématurément emporté par un cancer foudroyant, l'équipe de l'ASS-SFU réunis ne peut accéder malgré l'arrivée de renforts à la 1ère série ... et Pierre Guichard décide alors de monter une section professionnelle de football qu'il engage en deuxième division. Une occasion manquée pour le rugby stéphanois.
En 1936, l'ASS-SFU réunis est dissout. Le SFU sous la conduite de quelques mordus repart seul mais à la veille du second conflit mondial, le XV est moribond à Saint-Etienne. Il reste encore vivace dans la vallée de l'Ondaine; vit confortablement à Roanne qui est cependant confronté au Rugby à XIII qui connaît en France un développement certain.
1945- 2010: des changements profonds
Au sortir de la guerre, le rugby ligérien semble sur la bonne voie. L'AS Roanne (le club de la sous préfecture prend ce nom pendant le deuxième conflit mondial) va jouer les premiers rôles pendant plus de 15 ans dans le championnat de France de 1e division. Il sera d'ailleurs reconnu comme le 5e club français en 1954.
Le Stade Forézien accède en première série, ce qui lui permet de jouer au niveau national (son niveau correspondrait à la 2e division fédérale actuelle). L'USAF, le club de l'Ondaine, joue les premiers rôles dans le championnat régional.
A Roanne, le rugby, comme le basket, est le "sport roi". C'est une période bénie, où l'économie marche bien. La famille Griffon s'investit avec bonheur dans le rugby à XV alors que son concurrent Duvernois fait vivre une fort belle équipe de jeu à XIII qui sera de nombreuses fois championne de France. D'ailleurs le rugby essaime dans le nord de la Loire où naissent plusieurs clubs dont ceux du Coteau, de Mably ou encore Régny. En 1959, l'AS Roanne est rétrogradée en 2e division où elle va tenir son rang, qualifiée régulièrement pour les phases finales du championnat de France et accède à nouveau à la première division lors de la saison 1977-1978. Ensuite le parcours est moins glorieux et l'équipe roannaise navigue entre la fédérale 2 et la fédérale 3, pour connaître ces dernières années une chute importante. Aujourd'hui, le club joue en championnat interrégional honneur, mais dispose d'une remarquable école de rugby qui laisse présager des "lendemains qui chantent".
Le rugby de la vallée de l'Ondaine est fidéle à lui même, son recrutement reste encore populaire. Les différents clubs, l'USAF, devenu l'Olympique Club de l'Ondaine, le SEMUR -Saint Etienne Métropole Unieux Rugby, l'UFOR (Unieux Firminy Ondaine Rugby) jouent avec des fortunes diverses en championnat régional, de la 4e série en honneur. Par deux fois les Ondains accèdent à la fédérale 3 mais ne peuvent s'y maintenir. Aujourd'hui avec une école de rugby structurée, une équipe une qui va se maintenir en honneur interrégional, le club reste une place forte du rugby ligérien.
Tout autre est le parcours stéphanois. En 1948, le Stade Forézien est rétrogradé en série régionale et pendant 8 ans l'équipe stéphanoise tente sans succès d'accéder au niveau national. En 1956, un véritable séisme secoue le club. Après avoir été sacré champion du Lyonnais honneur, le club se saborde et beaucoup de joueurs dont Robert Billey vont signer au Reynard XIII, sponsorisé par un industriel stéphanois qui possède de nombreuses teintureries dans la ville et ses alentours.
De 1957 à 1962, la ville ne possède plus d'équipe de Rugby. En 1962, des anciens du Stade dont Jo Cotte engage une équipe en championnat du Lyonnais, sans grand succès. C'est pourquoi, le Stade Forezien et l'OC Ondaine décident d'unir leurs destinées en 1965. Cette entente prendra fin en 1973, année où le Stade Forezien reprend sa liberté.
En 1975, la municipalité stéphanoise décide de créer un club omnisports et le rugby entre dans l'entité CASE. Le club végète en séries régionales, met son équipe première en sommeil pendant la saison 1990-1991. Ensuite une lente remontée, jusqu'en 2004, année où le club rejoint la fédérale 3. Depuis 2004, le club connaît une ascension fulgurante, fédérale 2 en 2007, Fédérale 1 en 2009, Pro D2 en 2010.
Aujourd'hui, même si l'apprentissage du professionnalisme s'avère excessivement difficile, le club stéphanois est le 30° club français et connaît un certain renom.
En conclusion, notons qu'aujourd'hui le rugby ligérien compte 10 clubs, plus de 2000 licenciés. Ceci grâce au travail infatigable de certaines personnalités marquantes, comme Yves Perrot, président de la commission des écoles de rugby du Lyonnais et créateur de deux clubs: celui de Roche la Molière et du RC Pays du Gier. Depuis 1968, le Rugby Club Forézien a fait découvrir le rugby dans la plaine. Le rugby féminin se développe et aujourd'hui deux clubs ligériens jouent en division fédérale: le RC Pays du Gier et l'UFOR. Certes pour être à la hauteur du football et du basket, il y a beaucoup à faire, mais les bonnes volontés sont là et le rugby ligérien semble avoir de beaux jours devant lui !!
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