| Les débuts de l'Eglise Réformée: le pasteur Henriquet |
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| Écrit par M.-F.M |
La naissance et les premiers pas de l'Église Réformée de Saint-Étienne sont connus grâce à deux documents conservés aux Archives Départementales de la Loire. Il s'agit d'abord d'un journal de 1828 tenu par le pasteur Alexandre Henriquet, et d'un état nominatif des Protestants habitant Saint-Étienne et les environs. Ce dernier a été dressé en 1828 et accompagnait une pétition par laquelle ils demandaient l'institution d'un oratoire de leur culte. La constitution en Église fut lente, de 1828 à 1852, date à laquelle l'Église stéphanoise devint Église Consistoriale, et a suivi plusieurs courants de pensées.
Cet article est la synthèse d'un exposé écrit par Mme Marie-France Marcuzzi, publié en février 2002 dans le bulletin n° 204 des "Amis du Vieux Saint-Etienne". C'est la première partie d'un dossier en deux articles consacré sur nos pages à la naissance de l'Eglise Réformée à Saint-Etienne et au Temple de la rue Reclus. Nous l'illustrons avec deux vitraux du Temple qui nous semblent appropriés, nonobstant les démêlés de notre pasteur Alexandre Henriquet avec ladite église. Ces vitraux feront l'objet d'un exposé en datail dans le second article, toujours grâce à Mme Marcuzzi, que nous remercions chaleureusement. Les notes, également synthétisées et sauf mention contraire (NdFI) sont également de l'auteur. Depuis le Concordat et les Articles organiques (1802-1802) l'organisation ecclésiastique est liée au pouvoir civil. Les pasteurs sont nommés et rétribués par le gouvernement et ils prêtent serment de fidélité. C'est donc une Église Nationale, institutionnelle qui, la plupart du temps, évolue dans le contexte du libéralisme économique, imprégné d'une vague religiosité et d'un moralisme froid. C'est dans ce contexte, qu'un réveil religieux se produit à Genève, sous l'influence d'évangélistes venus d'Angleterre, pour gagner ensuite la France. D'inspiration "piétiste" (caractérisé par un lien sentimental très marqué entre Jésus-Christ et les fidèles) et méthodiste (1) mais sans unité doctrinale, le "Réveil" met l'accent sur la foi personnelle et la conversion. Durant la décennie 1820, la population protestante de la région stéphanoise était sans structure religieuse et attirait des prédicateurs étrangers. Ainsi, deux expériences ont précédé celle d'Henriquet. Celle de l'Anglais Walter Croggon, disciple de Charles Cook, pasteur méthodiste dans la vallée du Gier qui prêche à Saint-Julien-en-Jarez en 1823. L'année suivante, une communauté quaker est fondée à Saint-Jean-Bonnefonds (2). Elle compte une trentaine de membres. Alexandre Henriquet était pour sa part originaire de Suisse. Le livret de 46 pages qu'il a laissé est d'un intérêt exceptionnel. Il raconte le quotidien d'un "missionnaire" dans le bassin stéphanois, alors plongé dans le tourbillon de la Révolution Industrielle naissante, et évoque le "Réveil" dans notre région. Il révèle, enfin, ses relations avec les autres communautés religieuses et met à jour ses difficultés avec l'autorité civile. Il appartenait au Comité d'Évangélisation de Genève. Il voyageait beaucoup, à l'instar de ceux qui prêchaient le renouveau. On le retrouve à Vevey (Suisse) où il a fondé une Église dissidente en 1824 pour le suivre en Ardèche, à Annonay, où il réside un mois, et en Haute-Loire (Mazet Saint Voy) où il se frotte au pasteur local. Le Dr Mathieu dans "La paroisse de Mazet Saint Voy" raconte que le pasteur informa Henriquet que la loi lui interdisait de venir prêcher. A quoi un fidèle, Bible en main, lui rétorqua: "Nous avons une autre loi, qui nous commande d'annoncer l'Évangile à toutes les Nations. " Un autre déclara au pasteur: "Nous n'irons plus t'écouter !" Quant à son séjour en terre stéphanoise, il dura peu, quelques mois, du 17 février au 17 août 1828, en raison de ses démêlés avec les autorités civiles et religieuses. A travers son livret, on peut dépeindre quelques traits de son caractère. Il affiche un certain mépris envers ceux qui ne partagent pas sa sensibilité et parfois preuve d'un orgueil à peine dissimulé. Il se pose souvent en gardien du Temple: "Un tel n'est pas mûr pour recevoir la communion, un tel doit encore attendre, etc." Il ne supporte pas la remise en question de la doctrine qu'il défend, et qui est pour lui la seule Vérité. Toutefois, sa personnalité offre souvent des facettes contrastées qui en font un personnage souvent attachant: il est toujours très disponible, ne se ménageant pas pour le troupeau dont il a la charge, même lorsqu'il est malade. On append justement qu'il est de santé fragile: il ne peut assurer ses réunions le 3 mars, le 28 mars, le 30 mars, le 7 avril, le 23 avril... Il se révèle très humble, dans l'épisode de la femme possédée de Jonzieux: il s'agissait d'une habitante de ce village, possédée par le diable. Apprenti thaumaturge, il s'en remet à la seule puissance de Dieu, se considérant seulement comme l'instrument de la volonté divine. C'est une âme tourmentée, au questionnement incessant. Il renvoie l'image d'un homme d'une grande sensibilité. ![]() Le filet évoque le célèbre pictogramme ICHTUS. C'est le symbole de l'Eglise toute entière rassemblée. "Je vous ferai pêcheur d'hommes" Les sermons portaient sur des questions très précises où la rémission des péchés tenait une grande place mais le thème favori restait celui du mérite et de la Grâce. Venaient ensuite les questions des deux règnes sur terre, celui de Dieu et Satan; la différence entre Rédemption et Salut; celle des devoirs du Chrétien. Autant de leitmotiv que l'on retrouve souvent avec des observations de la part des fidèles qui parfois lui reprochent, telle Mme Defuz, d'effrayer les pécheurs par le contenu des sermons ou de croire au fatalisme. A lire les annotations de son livret, on constate que l'expression de la foi est empreinte d'un grand sentimentalisme: 25 février: "On ne voit pas en lui le combat spirituel." Un nommé Moudet "ne témoigne pas de preuves suffisantes de sa foi vivante." 28 février: "On ne peut lui parler du seigneur sans qu'elle ne verse de larmes." 11 août: "Ses yeux se mouillent de larmes." Alexandre Henriquet se déplace beaucoup. Il prêche à Annonay chez des particuliers, se rend au temple de Lyon, à celui de Bourgoin, à Clermont... Comme au XVIe siècle, il distribue des livrets religieux, des Nouveaux Testaments. Dans la Loire, une petite vingtaine de personnes assistent à ses assemblées qui se déroulent chez des particuliers . Il écrit parfois leurs noms mais rarement leur profession: Delorme, la veuve Morel, Vaillant, Bottaux (boulanger), Brossy et sa femme, sa belle-soeur, Moudet et sa femme... Il évoque aussi une gouvernante à Saint-Genest-Lerpt "et dont le maître est janséniste." Certains parmi ses fidèles appartiennent peut-être à la communauté des Béguins (3) avec lesquels les relations semblent se passer pas trop mal, les deux communautés partageant un certain nombre de points de vue: le prosélytisme, le caractère familial de la pratique religieuse, l'importance de la lecture des Écritures Saintes, la méfiance vis à vis de Rome, que le pasteur appelle "Babylone" dans son journal, l'attirance pour les prophètes... Dans son journal, à la date du 9 août, Henriquet écrit: "Plusieurs (Béguins) commencent à perdre confiance en leur Elie et nous espérons qu'ils se rapprocheront des enfants de Dieu." Le 29 mai, il note que les Jansénistes habitent le quartier de Polignais. C'est le quartier où vécut le Père Popin un des chefs de file du Jansénisme dans le Forez (4). Vingt ans après, le groupe existe toujours. On sait encore que le 4 août, Henriquet rencontra le maître de maison de Saint-Genest-Lerpt, évoqué à propos de la gouvernante. Il "regrette l'infaillibilité du pape" , note le pasteur. ![]() Le Rouleau est le symbole théologique de la Parole. La théologie protestante trouvant son fondement dans l'Ecriture: "Sola scriptura". Une historicisation de l'Eternité qui trouve son apogée dans la Révélation. L'étoile souligne que la Parole a été faite chair. Le mot "Shalom" suggère la Réconciliation.
Les difficultés survinrent avec l'arrivée d'un pasteur de l'Église Réformée, Mr Montandon, qui essaya de faire cesser ces réunions. Certains, par crainte de la prison, les "désertèrent" et rejoignirent l'église officielle. Les choses se passèrent bien plus mal encore avec les Catholiques. Henriquet est traité de ministre du diable et le journal du 16 mars indique que trois fanatiques s'en prirent à lui. A la date du 6 juillet, le pasteur fait part de sa lassitude: " Contre mon gré, me voici encore à Saint-Étienne." Face à l'adversité ambiante, aux difficultés administratives, aux nombreuses plaintes déposées contre lui, il fut contraint à quitter Saint-Étienne. Mais d'autres parmi ses fidèles persistèrent pour voir leur culte reconnu en 1836 . Mais n'étant pas Concordataires, ils ne purent prétendre à aucune aide de l'État. En 1850, cette "Église libre" fit construire un lieu de culte place Royet à Saint-Étienne, nommée "La Chapelle". Elle ne rejoignit l'Église Réformée de France qu'en 1938. Notes:
1) Né en Angleterre vers 1740, il tire son nom d'exercices spirituels menés selon une méthode précise. > Lire 2) D'après un Mémoire de Maîtrise d'Histoire de Cécile Perrier (1994). Le mouvement quaker est né au XVIIe siècle en Angleterre. Fondé par G. Fox, il se différencie notamment par l'absence de toute structure hiérarchique. 3) Les Béguins appartenaient à un courant du Jansénisme et/ou Jansénisme convulsionnaire. La plupart d'entre eux ont rejoint les églises protestantes. C'est un de nos vieux projets que de mettre en ligne un article à ce propos (NdFI) 4) Le Père Popin du "caveau des Jansénistes" au cimetière du Crêt de Roc (NdFI) 5) Cette jeune communauté est placée sous la protection du Consistoire de Lyon. Dans la tradition de la Réforme calviniste, c'est l'organe de direction d'une église locale, formée du pasteur et d'un certain nombre de laïcs. Sous le régime concordataire, et jusqu'en 1852, l'église locale est remplacée par une "Église consistoriale" pour 6000 fidèles dirigée par un consistoire formés de notables élus parmi les plus riches. Tags: |
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