Rodumna (notice) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par FI   
On trouve à Roanne dans une des chapelles latérales de l'église Saint-Etienne la statue d'une jeune martyre. Le nom gravé sur le socle -ce n'est sans doute pas la statue d'origine - indique qu'il s'agit de Sancta Rodumna. Rodumna était le nom antique de la cité sise au nord du département de la Loire. La racine de son nom, quelque soit son origine, celte vraisemblablement, évoquerait l'eau ou un gué. On la retrouve dans Rhône. Mais de sainte Rodumna, il semblerait qu'il n'y en eut jamais. A moins de souscrire à l'existence d'une dame Rhodanna, maîtresse de la célèbre Blandine, et dont on aurait fait une sainte Roanne.

Quelques mots sur la naissance de Roanne


La cité a été fondée entre le IIe et le Ier siècle avant notre ère pour un développement ultérieur, au temps de la "Pax Romana", avant de décliner vers le IIe siècle après Jésus-Christ. Le village initial, gaulois et minuscule, était situé au niveau du collège Saint-Paul dans le quartier de La Livatte, légèrement au nord du secteur du château. La bourgade gallo-romaine s'étendit ensuite au sud. Près de l'église Saint-Etienne étaient installés des ateliers de poterie qui produisaient les bols peints de Roanne. Il subsiste encore aujourd'hui huit ateliers de potier, des fours et un mur dit des Thermes, peut-être le vestige du seul bâtiment de quelque importance qu'ait eu Roanne, thermes ou temple, on ne sait. Car si Feurs (Forum Segusiavorum), chef-lieu des Ségusiaves, a été paré de monuments (forum, théâtre), sa voisine du Nord n'a guère disposé de grands bâtiments ou d'habitations luxueuses. Le cimetière était à l'origine situé vers la rue Benoît Malon. Il fut remplacé vers le Ve siècle par une nécropole localisée près du château, aux abords d'une première chapelle. Des fouilles y ont révélé des sarcophages datés des temps mérovingiens (VIe ou VIIe siècle), qui ont livré peu de renseignements sur une période de l’histoire de France généralement mal connue, mais tout particulièrement à Roanne.


Sainte Rouanne, une Jeanne d'Arc locale sur carte postale des années 1910


Le château

Ce n’est que bien plus tard, avec le château, qu’on peut recoudre le fil de son histoire. Au XIème siècle, un certain Bérard prend le nom de "Roanne" et se taille une seigneurie en Roannais, de Saint-Haon à Saint-Maurice. Bienfaitrice des prieuré de Marcigny et Paray, cette famille fonde aussi, vers 1115, le prieuré de Beaulieu à Riorges (rue de Saint-Alban). Elle disparaît en 1304 avec la dernière héritière, Alice de La Perrière. On suppose que Roanne possédait déjà un château au XIe siècle, détruit, au moins partiellement, pendant les guerres contre le Beaujolais au cours du XIIe siècle. La paix signée entre Forez et Beaujeu (1222) un second château est édifié par le Comte du Forez. Il en reste le donjon, construit en l'an 1225, classé monument historique en 1931.


C’est une tour carrée en pierres brutes, galets et petits blocs de granit de Villerest, aux angles arrondis, d’une vingtaine de mètres de haut. Il est surmonté d’une guette recouverte d’ardoises qui existait dans la moitié du XVe siècle quand Guillaume Revel dessina la ville de Roanne. A cette époque, le château ne servait plus de résidence aux seigneurs de Roanne. Il était utilisé comme prison et tribunal jusqu'à ce que ce dernier soit transféré dans le couvent des Ursulines au début du XIXe siècle. Le bâtiment adjacent a été transformé en maison d'habitation au XIXe siècle et affublé d'une façade style Renaissance. La porte actuelle est récente. L’ensemble a été racheté par la Ville en 1997.


"Florir entre les flesches"
Rue d'Harcourt


L'enceinte du château a disparu. La tour qui abritait sa porte, et à laquelle on accédait par un pont-levis (au dessus d'un fossé alimenté par les eaux du ruisseau de l'Ondan, d'où le nom de la rue des Fossés) a été démolie au XVIIIe siècle. Elle se situait vers l'actuelle place De Lattre de Tassigny. De l'étude du dessin de Revel, il ressort que la place forte était modeste, sans éléments défensifs importants. La surface enclose représente environ 9000 mètres carrés, contre 22 000 à la même époque à Saint-Haon-le-Châtel.


Au pied du donjon, les anciennes halles de Roanne, démolies en 1821

Le "centre" et les faubourgs

La ville comptait environ 4000 habitants à la fin du XVIIe siècle et 7500 à la veille de la Révolution. Elle s'étend alors sur une bande étroite en forme de croissant, depuis le quartier de La Livatte à la ville basse, autour du port fluvial, en passant par le quartier du château. Elle évite à l'est le secteur inondable de Fontquentin et se trouve délimitée à  l'ouest par le marais.

Vers 1870, elle compte 20 000 habitants. C'est une ville moyenne, favorablement située sur des points de passage de la Loire et de la voie ferrée. Centre de négoce, elle s'est développé en partie grâce au tissage à bras. Elle va encore s'accroître entre 1870 et 1890 grâce à la mécanisation des métiers à tisser qui vont faire naître de nouvelles usines et autant d'ouvriers qui vont donner naissance aux futurs faubourgs Mulsant, Clermont et Paris. Roanne devient alors une vraie ville industrielle.



Sheds dans le faubourg Mulsant

Ainsi le faubourg Clermont, de l'autre côté du Renaison, entre les communes de Villerest et Riorges,  a vu passer sa population de 47 habitants en 1820 à plus de 7400 en 1906. Il s'est peuplé le premier en raison des moulins et tanneries dont certaines rues gardent le souvenir: rues du Moulin-Populle et du Moulin-Paillasson. En 1830, la filature Chaverondier édifia ses bâtiments modernes. Le faubourg Mulsant, au delà de la voie ferrée, intégré à la ville de Roanne en 1864, s'est plus vite peuplé et industrialisé. Son nom même évoque le textile. Sébastien Mulsant, y installa dès 1817 un tissage de cotonnades. Il implanta sur place des maisons pour les ouvriers connues sous le nom de "Baraques Mulsant". Le faubourg de Paris, au nord, sur le chemin de la capitale à la capitale des Gaules, bénéficia lui aussi du développement industriel. Evoquons enfin l'Arsenal, entre Roanne et Mably, une ville dans et un peu hors la ville, disposant de ses cités, de sa poste, de son église, de ses écoles. Il a été créé par le ministre de l'armement Albert Thomas, en 1916, pour produire ces canons et des obus.


L'arsenal

Quant au centre-ville, si tant est qu'il en existe un à Roanne, ils se dote à la même époque de magasins, en premier lieu "les Dames de France, le grand magasin de Roanne, et de nombreuses banques: le Crédit lyonnais en 1872, le Société Générale en 1873. Le carrefour "hélvétique" , à l'intersection des actuelles rue de Gaulle, Jaurès, A.France et d'Alsace-Lorraine est le centre le plus animé de la ville. S'y trouve non loin la sous-préfecture, dans un hôtel ayant appartenu à la famille Goyet de Livron et, avant elle à Jacques de Flesselles, tué à Paris un certain 14 juillet 1789.


Les Dames de France
Le magasin fut détruit dans un incendie en 1962


Deux autres bâtiments méritent qu'on s'y arrête. D'abord le théâtre municipal, à deux pas de la mairie. Il a été construit par l'architecte Barberot en 1883, succédant au théâtre d'Artois. Ce dernier, en bois, se trouvait au XVIIIe siècle dans les jardins de l'actuelle sous-préfecture. Il fut racheté par un riche bourgeois de Roanne qui le fit réinstaller rue Ducale (actuelle rue Jean Jaurès). Le nouveau théâtre, à l'italienne, ouvre ses portes en 1885 avec une représentation du Barbier de Séville de Rossini. Il est surtout remarquable par son décor intérieur, sa coupole ornée de toile peinte marouflée portant des personnages, allégories des arts ; parmi eux une grande figure brandissant un flambeau, symbole de la Ville de Roanne et de sa devise "Je grandirai et je brillerai" (Crescam et Lucebo). Cette devise illustre bien alors l’essor de la cité dans cette période de révolution industrielle. Le lieu a fait l'objet d'une lourde rénovation de 1987 à 1989.


Le Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Roanne porte le nom de Joseph Déchelette. Né à Roanne en 1862, Joseph Déchelette appartenait à une riche famille spécialisée dans le tissage. Auteur d'ouvrages pionners dans le domaine de l'archéologie, surnommé même "le père de l'archéologie moderne" il  trouva la mort au front lors de la Grande Guerre. Le musée existe depuis 1844.  Installé à l'origine dans les combles de l'hôtel de ville, il occupe depuis 1923 les salles d' un bel hôtel particulier du XVIIIe siècle que fit construire Claude Valence de Minardière sur les plans de l'architecte Lavoipierre.

La collection de céramiques du Musée figure parmi les plus riches de province. Elle comporte un bel ensemble de majoliques et de faïences italiennes du XVIe au XVIIIe siècle, des faïenciers de Delft (XVIIIe siècle) et une collection unique de faïences révolutionnaires de près de plusieurs centaines de pièces qui représente le plus riche et le plus complet ensemble français dans ce domaine.  Elle illustre la période de la fin du XVIIIe siècle et la Révolution de 1789 à 1793 évoquée par les faïenceries du Centre : Nevers, Auxerrois, Roanne, etc. A Roanne, une fabrique existait dès le XVIIe siècle. Le premier faïencier local connu est Jacques Maurice Gay, installé près de la rue du collège. Il avait avec lui plusieurs ouvriers dont des peintres marseillais qui apportèrent les décors méridionaux. Un autre, Sébastien Nicolas, était originaire de Saint-Vallier (Drôme). Il s'installa rue des Poissons vers 1772 et fut à l'origine d'une dynastie de faïenciers: Jacques Nicolas, jusqu'en 1806; puis son fils Louis; Denis, de 1796 à 1841 et son fils André, et Jean-Baptiste. D'autres faïenciers eurent pour noms Jean-Marie Vernay, Sébastien Lacolonge... Et au siècle industriel, Claude Labarre, célèbre pour ses soupières en forme de chou, Auguste Girard, Maurice Picard...

Assiette de Sébastien Nicolas, et son célèbre décor au marinier coiffé (vers 1791)

Photo/Ville de Roanne


Edifices religieux

En face du château, se dresse l'église Saint-Etienne. Da sa forme actuelle, elle date du XIXe siècle mais son histoire est bien plus ancienne. Son ancêtre, dans l'enceinte du château donc, fut construite au XIVe siècle sur l'emplacement de la chapelle seigneuriale, elle-même bâtie grâce à Alice de Saint-Haon, la dame de La perrière évoquée plus haut. Devenue église paroissiale à la place de la première église Saint-Julien, bâtie pour sa part hors les murs du château, elle fut reconstruite à partir du XVe grâce aux libéralités de Claude Gouffier, premier duc du Roannais, pour n'être achevée qu'au XVIe. Et à nouveau modifiée à la fin du XVIIe et au XIXe quand elle a été transformée par les plans de l'architecte lyonnais Chanavard. La première pierre fut bénie en 1835 et le cardinal de Bonald la consacra en 1844. L'édifice, en forme de croix latine de 50 mètres de longueur, fut encore agrandi en 1926.




Il renferme dans ses parties hautes des éléments du style gothique flamboyant du XVIe siècle. La voûte de la cinquième travée de la nef montre de belles nervures qui dessinent des courbes et contrecourbes constituant une rosace. Un vitrail du XVIe siècle illustre le martyre de saint-Sébastien. Il a été offert par le roi Louis XII.  Les autres vitraux ont été réalisés par l'atelier Thibaud de Clermont et datent du XIXe siècle, ainsi que la chaire en bois sculpté et les stalles traitées dans le style flamboyant. Trois autres vitraux, dont celui représentant la Cène, sont signés Théodore-Gérard Hanssen. Le décor du portail (lapidation de Saint-Etienne) a été réalisé en 1930 par le sculpteur Belloni. L'église lui doit aussi le monument en mémoire du saint curé d'Ars Jean-Marie Vianney, venu ici en 1810. On peut voir aussi, dans l'église, une Vierge du Forézien Bonassieux et, en dehors du bâtiment, dans un espace vert, un petit monument qui rappelle que Jeanne Chézard de Mâtel, fondatrice de l'Ordre du Verbe incarné, est née en Roanne en 1596.



Jeanne Chézard de Mâtel

On l'a écrit, le tribunal, autrefois situé dans le donjon, déménagea en 1820 dans le couvent des religieuses de Sainte-Ursule, à deux pas de l'église. Les Ursulines étaient arrivées à Roanne en 1615 pour y fonder un collège pour jeunes filles. Jacques Cotton leur offrit une maison lui appartenant rue du Commerce (Sainte-Elizabeth) et qu'elles habitèrent pendant quelques années avant de déménager, à la fin du XVIIe siècle, dans le bâtiment que nous voyons encore. Les religieuses en furent chassées en 1792 et l'endroit, avant d'accueillir le tribunal, servit d'entrepôt de fourrage ou de fabrique. Quant à la chapelle du couvent, elle fut détruite en 1815.


Pierre Cotton (frère de Jacques Cotton) originaire de Néronde (dans les Montagnes du Matin) , confesseur d'Henri IV puis de Louis XIII,  fut pour sa part à l'origine de la fondation en 1614 du collège des jésuites, sur l'emplacement actuel, rue Charles de Gaulle, du lycée Jean Puy. L'établissement vit passer le Père de La Chaise, neveu des Cotton, qui a fondé le fameux cimetière parisien; de La Mure, historien du Forez et Falconnet, médecin et homme de lettres.

Mais c'est Jacques Cotton, seigneur de Chenevoux, près de Bussières, qui fit construire à ses frais, de 1617 à 1626, la grande chapelle qui demeure l’un des témoins les plus prestigieux de l’art religieux du XVIIe siècle pour le Roannais. Les plans furent dressés par le Frère Etienne Martellange, également l’auteur de plusieurs églises de collèges jésuites.  L' édifice, placé sous le vocable de saint Michel,  est représentatif du style dit jésuite inspiré par la Contre-Réforme, conçu avant tout pour la prédication. On peut y admirer les lambris du transept boiserie des stalles (XVIIIe siècle), le maître-autel de marbres polychromes (XIXe), les boiseries et la crédence de la sacristie (XVIIe), la cloche de bronze déposée dans la sacristie (1623).



L'ancien collège des Jésuites, lycée d'Etat en 1889, porte depuis les années 1960 le nom d'un peintre fauviste roannais: Jean Puy. Né en 1876, ancien élève, il fit toute sa carrière à Paris jusqu'en 1939 avant de revenir dans sa ville natale où il s'éteignit en 1960. Louis Vauxcelles, inventeur de la formule "La cage aux fauves" et du terme "fauvisme" écrit en 1939 dans son ouvrage Le Fauvisme: "Ceux-là seuls sur lesquels aucune hésitation n'est possible sont les noms de Vlaminck, Derain, Matisse, Marquet, Puy, Manguin et Camoin." Ami de Matisse, nourri de littérature marine, Jean Puy avait fait de la femme et de la mer ses thèmes de prédilection. Parmi ses oeuvres les plus célèbres, citons La Charmante Anita (1914), Nu debout (1910), Port de Collioure (1913)... " J'aime avant tout la vie, j'ai une tendresse à la voir palpiter à côté de moi, les êtres et les choses bouger dans la lumière, les éclats de soleil sur les cheveux et les sourires féminins; c'est enivrant et justement ma propre difficulté vient de là: les rapports de tons ne me suffisent pas, je voudrais tout dire, je voudrai mettre la vie même dans mon tableau. Ce qui est assurément impossible." Jean Puy.

Construit de 1634 à 1637, le couvent des Capucins était situé place de l'Hôtel de Ville. Il  fut acquis pendant la Révolution par la municipalité roannaise et servit de mairie. Il fut détruit en 1874. Le couvent remplaçait un autre couvent des Capucins dont Antoine de Gilbertès fit don en 1638 à l'Hôtel-Dieu, c'est à dire l'hôpital ou hospice de Roanne, mentionné dès le XIVe siècle.  Evoquons enfin deux autres couvents, celui des Minimes et celui des religieuses de Sainte-Elizabeth. Le premier se situait à l'emplacement de l'église des Minimes (Notre-Dame des Victoires) dans la basse ville à proximité du port. Il a été détruit au XIXe siècle. Le second donnait sur la principale rue commerçante de la cité.

La chapelle des Minimes est née avec la création d'une nouvelle paroisse, en lieu et place du couvent des Minimes. Egalement nommée Notre-Dame des Victoires selon le souhait du cardinal Fesch, l'oncle de Napoléon,  elle fut remplacée pr une église à la fin du XIXe siècle. Elle a été construite par l’architecte lyonnais Desjardins dans un calcaire dur à grain fin rehaussé de lave de Volvic à certains endroits.  Le clocher n’a quant à lui été entrepris que vers 1884 et a été remis en état un siècle plus tard. L’église a par ailleurs perdu la croix qui ornait sa façade et a été aménagée d’une cloche supplémentaire en 1926. Le mobilier est notamment constitué d’un magnifique maître-autel et de son retable sculpté ou de statues comme Notre-Dame de Pitié.

Tout près de là se trouve la chapelle des mariniers de son vrai nom Saint Nicolas du Port. Elle a été édifiée par mariniers entre 1628 et 1630 pour remercier le ciel alors que la peste venait de ravager Roanne et ses alentours. Elle accueillait surtout les assemblées corporatives de mariniers ; des messes ou des mariages y étaient plus occasionnellement célébrés.  Le bâtiment subit d’importants travaux en 1717, puis fut désaffecté et mis sous séquestre à la Révolution.  Tour à tour dépôt de grains, débit de boissons, bureau de navigation ou bureau de poste, la chapelle a servi de maison d'habitation jusqu’en 1970 environ, avant d’être restaurée par la Ville. Les mariniers possédaient une autre chapelle, Saint-Nicolas-en-l'Ille, détruite au XIXe siècle.


Dans le Faubourg Clermont se trouve l'église Saint-Louis, construite par  l’architecte roannais Gilbert-Jules Michaud au XIXe siècle. Les travaux ne prirent fin qu’en 1881. Austère, de style roman bourguignon, l’édifice, sans les flèches prévues dans le projet intial, possède un intérieur sombre et un mobilier restreint.  L'église Sainte-Anne est quant à elle située dans le quartier Mulsant. Sainte-Anne est  la patronne des tisseurs. On peut y voir d'ailleurs une belle statue de la mère de Marie, portée lors des processions le 26 juillet, fixée sur un petit métier de cotonne tout en bois. Le bâtiment, de style ogival, fut édifié par Jacques Michaud et le culte y fut célébré pour la première fois le 8 décembre 1863.


Artistes et Pauvres Gens

C'est la sculpture emblématique de Roanne, inaugurée le 22 septembre 1912. Elle se trouve place des promenades. Elle a été réalisée par Charles-Louis Picaud en 1912. L'artiste (Lyon, 1855 - Roanne 1919) était issu d'une famille de sculpteurs et travailla surtout à Roanne tout en ayant un atelier à Paris. Elève de Gustave-Adolphe Crauk, qui décora la façade de l'aile Richelieu au Louvre, Roanne lui doit aussi le monument La Reconnaissance, commandé par la Ville pour honorer la mémoire de Pierre Despierre, bienfaiteur des indigents, le buste de Populle, ancien maire de Roanne, et le Monument commémorant le centenaire de la défense de Roanne face aux Autrichiens (place de l'hôtel de ville). Les personnages des Pauvres Gens sont  en réalité... des Parisiens, surpris et observés par l'artiste sur un banc de la capitale.



Outre jean Puy, évoqué plus haut, Roanne a vu naître Emile Noirot (1853-1924). Peintre de la Marine, il a aussi décliné les Gorges de la Loire par tous les temps. Léon Mignen (1849-1903) était le portraitiste à la mode de la bonne société roannaise. Son atelier, rue Sautet, devint après sa mort et jusque dans les années 60, le centre de vie artistique et culturelle de la ville. Charles Devillié (1850-1905) adhéra complètement au courant impressionniste et Maurice Aubret (1897-1977) créa en 1927 le "Cénacle" qui réunissait des artistes indépendants, peintres, aquarellistes, sculpteurs tels Caradot, Berg, Russias... Evoquons encore Pierre Etaix qui passa une grande partie de son enfance à Roanne et qui réalisa pour la mairie la fresque des activités roannaises (1950). Elève de T.-G. Hansen, il est également l'auteur de plusieurs films dont Tant qu'on a la santé (1966), Le Grand amour (1968)... Armand Jean Fernandez enfin, dit Arman, avait de fortes attaches roannaises. Une de ses oeuvres célèbres, "Les Gourmandes" (1992) se trouve en face du restaurant Troisgros. Ces fourchettes en bronze de plus de quatre mètres de haut évoquent pour l'artiste "un dragon chinois qui serait un gourmet habitué à la cuisine française".


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Né le 13 octobre 1946 à Roanne , Michel Granger vit et travaille à Paris. Il a réalisé, notamment, certaines pochettes de disques de Jean Michel Jarre (Oxygène en 1976, Équinoxe en 1978) , des affiches pour l'ONU, le festival de Cannes  ou Reporters sans frontières. Sa sculpture "Elle grandit parmi la forêt et les eaux" a été commandée par la Ville de Roanne afin de marquer le passage dans le 3e Millénaire. Elle se trouve à l'entrée de la rue Maréchal-Foch. Haute de 4,50 mètres sur 4,50 de large, elle symbolise la Ville, suggère l'idée de croissance et lance un appel au respect de l'environnement.

Activités économiques et industrielles


Cotonnades et bonneterie

Sébastien Mulsant, originaire de Thizy, fut le premier en 1817 à établir à Roanne un tissage de coton qui devait détrôner le lin et le chanvre. Vers 1870, les premiers métiers mécaniques sont commandés par Benoît Déchelette et Dumarest à la la maison Honneger (Suisse). Au même moment, l'annexion de l'Alsace-Lorraine enlève à la France la ville de Mulhouse, qui était le principal fournisseur en tissé-teint. Roanne en profite, de même que les villes beaujolaises de Thizy et Cours (Rhône). Elle compte trois tissages mécaniques en 1874, 15 en 1880 (4000 métiers) et une vingtaine en 1889. Cette année, les débouchés se réduisent en raison de la concurrence des autres régions et pays (Allemagne, Angleterre) en même temps que la fermeture de certains marchés (Espagne, Italie). Roanne s'adapte alors à la crise en passant de l'article commun à l'écossais fantaisie qui suit la mode dans une grande diversité de motifs.

En 1927, Pierre Dumarest, Président de la Chambre de Commerce, écrit que l'outillage de l'industrie textile, dans l'arrondissement de Roanne, consistait en 14 500 métiers mécaniques et 4500 dans les cantons voisins du Rhône et de Saône-et-Loire. Soit 19 000 métiers occupant de 18 000 à 19 000 ouvriers, en majorité de sexe féminin, pour une consommation de 13 millions de kilos de filés de coton, 200 000 kilos de soie naturelle, artificielle et schappe (fils obtenus par la filature des déchets de soie), et exigeant un approvisionnement permanent de près de 3 millions de kilos. Sa production avoisine les 95 millions de mètres de tissus, dont 25 % à 30 % sont exportés, et son chiffre d'affaire a oscillé en 1926 entre 600 et 700 millions de francs. Grande est la diversité des tissus, depuis le tablier et la toile de Vichy, dénommée ainsi parce que des négociants de cette ville en ont, au milieu du XIXe siècle, lancé l'usage, jusqu'aux genres les plus variés pour chemises, robes, matelas, nappages, serviettes, ameublement, etc.

A préciser que le tissage de la soie, seconde des principales industries du Roannais, derrière le tissage du coton, s'exerçait principalement dans le pays de Charlieu, à Chauffailles (Saône-et-Loire) et, pour revenir dans notre département, plus au sud dans les montagnes du matin (Bussières, Panissières). C'est une difficulté, avec le Roannais, que de pouvoir le circonscrire géographiquement. Quand on écrit "Roannais" il faut entendre le terme au sens large. Nous préciserons "à Roanne" quand il s'agira de limiter à la seule ville de Roanne.

Compagnie Roannaise des Apprêts et Impressions Salle de fabrication de l'usine C, rue de l'Hôpital

Poursuivons avec Pierre Dumarest (1927): " Le tissage de fils teints comporte comme complément indispensable la teinture préalables de ses fils, puis l'apprêt du tissu, qui l'une et l'autre sont effectués dans la région même par de puissantes usines pourvues des derniers perfectionnements. La plupart des fournitures nécessaires à la marche des tissages (navettes, peignes, lisses...) y sont fabriquées également, et l'ensemble de ces industries annexes occupe de 3000 à 3500 ouvriers." Sans oublier l'activité du blanchiment du coton, les usines d'impression et teinture sur étoffe, la fabrication de la toile imperméable, toiles cirées..., transformation de bourre de coton en coton hydrophile pour pansements...

Les grandes usines de tissage à Roanne euront pour noms Bréchard, Déchelette, Dumarest, Grosse et Fils, Gautheron... La construction de la première usine Bréchard remonte à 1876. Sur les bords du Renaison, à Fontval, elle comportait 250 métiers mécaniques. Son propriétaire, Brison-Daumont, la vendit ensuite à Antoine Bréchard, son principal employé. 400 métiers y furent installés. Un autre usine vit le jour à Pouilly-sous-Charlieu, ainsi qu'une cité ouvrière, puis une troisième à nouveau à Roanne, pour un total de 1500 métiers vers 1910. En 1921, les fils, Ernest et Henri Bréchard reprirent l'affaire. A l'aube des années 1930, la production annuelle était de 7 à 8 millions de mètres. Les articles (mouchoirs, linge de toilette, foulards, robes fantaisie, Vichy fantaisie...) étaient vendus dans tous les pays du monde.

( Grosse et Fils: usine de la rue Gambetta)

Emile Grosse vint s'installer à Roanne en 1885 où il reprit la Manufacture de tissage de cotonnades de la rue de Clermont, fondée en 1876. En 1889 et 1900, l'entreprise obtenait chaque fois une médaille d'or à l'Exposition Universelle. En 1907, une seconde usine vit le jour rue du Phénix (Gambetta). Les Tissages Mécaniques Emile Grosse et Fils (800 métiers) fabriquaient de nombreux articles tels que Zéphyrs (articles de luxe, avec le Vichy l'autre grande spécialité roannaise), articles de soie et coton, crêpe, linge de table... L'origine de la Société Anonyme des Tissages Guerry-Duperay et Fils remonte à 1865. Vers 1900, elle se spécialisa dans la fabrication du tissu lourd, notamment les célèbres "bleus de travail". Ses deux usines, à Roanne et à Vinay (Isère) comptaient en 1931 700 métiers lourds dont 200 automatiques, 20 000 broches à retordre pour une quantité annuelle de plus d'un million de kilos de filés teints. En 1950, la production approche les 1500 pantalons ou vestes/jour. L'entreprise fut reprise en 1974 par le groupe Koechlin. Son activité de tissage avait alors lieu à Vinay; Roanne gardant la teinture. En 1983, l'entreprise fut contrainte à la cessation de paiement...

Usine de la rue de Clermont


Evoquons encore les Etablissements Dumarest et Fils, fondés en 1838 et qui ouvrirent des comptoirs en Indochine (Cochinchine comme on disait à l'époque, c'est à dire le sud Vietnam et au Cambodge) dans les années 1887-1888 tant pour y écouler leurs productions que pour y introduire d'autres produits français.

Dans les années 1930


En 1922 naquirent encore les ARCT (Ateliers Roannais de Constructions Textiles) destinés à construire certaines machines de préparation pour tissage et filature, pour lesquelles l'industrie textile française était restée tributaire de l'étranger: canetières, bobinoires, ourdissoirs, encolleuses... De 11 000 mètres carrés de locaux occupés en 1925, les ARCT investirent jusqu'à 40 000 mètres carrés de locaux avant leur fermeture en 1985. Plus haut, on a vu avec Pierre Dumarest, que l'industrie du tissage avait donné naissance à des industries annexes dites d'ennoblissement. Evoquons donc brièvement les Teintureries Roannaises Réunies (1905) qui avaient pour objet l'exploitation du blanchiment, de la teinture et impression sur coton, laine, soie ou autres filés, sous toutes leurs formes et la Compagnie Roannaise des Apprets et Impressions (1902 - rues Saint-Alban et de l'Hôpital sur 55 000 mètres carrés) qui traitait les différents tissus de la fabrication roannaise. Pendant la Première Guerre mondiale notamment, elle a blanchi 144 000 mètres de gaze à pansements.

( Ateliers de teinture - Tissages A. Bréchard)


A Roanne, la laine est aussi une matière qu'emploie grandement l'industrie textile. La bonneterie a été introduite dans la ville en 1857 par Mme veuve Guyon. Elle occupait en 1864 2000 ouvrières. En 1964, M. Le Gaillard, président de la Fédération de la Bonneterie, évoque pour l'année 1900 le nombre de 14 fabricants et 150 au lendemain de la Grande Guerre, auxquels s'ajoutent 120 artisans. En 1927, le Roannais compte une cinquantaine de fabriques de lainage pour 1 200 000 kilos en chandails, gilets, cache-nez, chaussettes, passe-montagnes... "Le quart environ de cette production est exporté en Europe et en amérique du sud", précise J-M. Desbat, membre de la Chambre de Commerce de Roanne. Parmi les fabriques de bonneterie à Roanne, évoquons celle, justement, de J-M. Desbat. Fondée en 1893, elle comprenait deux ou trois métiers pour atteindre, vers les années 1930, une cinquantaine de métiers fabriquant fichus, écharpes et châles, cache-nez, sweaters et pull-overs. A la même époque, les Etablissements Lefebvre-Horent et Dextre sont les plus importants de la place de Roanne pour cette activité. Ils ont leur siège social à Paris et deux usines dont une à Roanne (l'autre étant dans le Nord) employant 150 ouvriers. Fondée en 1888 par M. Dextre au Coteau, qui travaillait lui-même sur un unique métier Rachel pour les fabricants locaux, la société déménagea dix ans plus tard à Roanne, pour devenir en 1911 la Société Anonyme de Bonneterie Fantaisie Roannaise et, en 1919, la Société Anonyme des Etablissements Lefebvre-Horent et Dextre. En 1930, l'usine roannaise fabrique des écharpes, casaques, cravates, cache-cols, bonneterie fantaisie pour dames et enfants, fichus, corsets, gants...

En 1950, tissage coton et bonneterie réalise chacun un quart de leur chiffre d'affaire à l'exportation, essentiellement vers l'Union Française, colonies, dominions, mais aussi Angleterre (avant la "purchase tax"), Benélux, Pays scandinaves, Egypte, Uruguay... Jean Bonnet, président de la Chambre de Commerce, relève cette même année que l'industrie du tissage représente dans l'arrondissement un chiffre d'affaire de 15 milliards de francs. Et 4 milliards pour la Bonneterie. C'est l'apogée du textile roannais. Quinze ans plus tard, les activités dans ce dernier secteur se partagent ainsi: 25 % de la production française dans la fabrication du survêtement (gilets, robes, ensembles, pull-overs...) ; 6 % des sous-vêtements en coton ; 30 % de la production nationale de layettes. " Dans l'ensemble, on peut affirmer que Roanne assure effectivement 13 % du chiffre d'affaires de la bonneterie française", affirmait en 1964 M. Le Gaillard. Soit 35 millions d'articles produits en 1963. Et d'estimer à 1 500 cadres, employés et techniciens, 3000 travailleurs à domicile et 8000 ouvriers et ouvrières tirant leurs ressources de la Bonneterie. A cette date, les établissements Le Gaillard à Roanne emploient 180 salariés dans l'usine de la rue Emile-Noirot. Ils sont alors spécialisés dans la production de survêtements en laine ou matières synthétiques.

Grâce à la présence d'industries bonnetières de luxe, Roanne est aussi la ville qui annonce Paris. Parmi elles Desarbre (1928), Marcelle Griffon (créé en 1924), ou Devernois (années 1930). La production de la première est décrite ainsi dans les années 60 (anonyme): "Si on voulait définir la production Desarbre, on pourrait écrire qu'elle est faite pour la femme jeune, soucieuses d'adopter une silhouette qui marie l'élégance classique à l'aspect mode." Desarbre employait 660 salariés, contre 310 en 1955, des femmes essentiellement, dans les 18 000 mètres carrés d'ateliers. Une école d'apprentissage avait été créée au sein même de l'usine. Le premier atelier de Claudius Devernois vit aussi le jour à la Goutte-Marcellin, à Roanne, sous la marque Sionreved (anagramme de Devernois) avant de déménager - court déplacement - vers Le Coteau en 1932 où se trouve encore aujourd’hui le siège de l’entreprise.

Les Ets Desarbre dans les années 60


Le déclin du tissage roannais et de l'ennoblissement débuta vers 1965 avec la fermeture des marchés coloniaux. - 30 % de la production, note Yves Delorme dans l'ouvrage Roanne: un passé, une ville, une histoire (2002). "Ainsi, ces énormes manufactures connurent le déclin et, pour la majorité, la disparition", poursuit Yves Delorme.  En 1973, 24 598 hommes et femmes travaillaient le secteur textile (tissage et annexe et maille-confection). En 1982, ils étaient 16 262 (-7843). France Rayonne (Rhône-Poulenc Textile depuis 1971)  emploie alors 340 salariés, contre 726 en 1975. Cette usine, construite en 1926, en son temps une des plus grandes d'Europe, spécialisée dans le textile artificiel à partir de pâte de bois, ferma ses portes dans les années 80. En 2003, avec 32 % des emplois industriels dans ce secteur (285 établissements et 5187 salariés), la région roannaise avait encore la particularité d’accueillir des entreprises de l’ensemble de la filière textile-habillement : tissage, tricotage, teinture, ennoblissement , impression, broderie, sérigraphie, création (données CCIR).

A suivre

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Liens et bibliographie  :

> En savoir + sur l'Hôtel de Ville de Roanne (FI)

> Les Autrichiens à Roanne (FI)

> La Chambre de Commerce du Roannais (FI)

> En savoir + sur Jeanne Chézard de Matel

> Néronde (FI)

>  L'Histoire de Devernois (site de la Sté)

> Cartes postales anciennes dans notre Médiathèque

"Le tissage et l'ennoblissement dans le bassin d'emploi de Roanne",
Bernard Guiffault, Revue de Géographie de Lyon, 1984

"Le Roannais, une région, un pays ?" Centre d'Etudes Foréziennes,
ouvrage dirigé par C. Cretin, Centre d'Etudes Foréziennes, 1993

L'Illustration Economique et Financière, 1927

La Revue géographique et Indstrielle de France, divers, Plon, 1964

Site internet de la Ville de Roanne

Site internet de la CCIR

"Roanne pas à pas" Jean Canard
Editions Horvath 1982

"Roanne et son arrondissement"
Editions Horvath
Sous la direction de Jean-Pierre Houssel 1984

"Etudes foréziennes; la vie urbaine dans le département de la Loire et ses abords"
Divers, 1972, Centre d'Etudes Foréziennes

"Roanne d'autrefois"
Jean Cabotse et Marie-José Astre
Horvath 1980

"Roanne"
Divers
Maury Imprimeur 2002
 

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