| Montrond le Fort |
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| Écrit par FI |
Une sentinelle dans la plaine: petite histoire du château de Montrond-les-Bains.
Tous les deux ans, Montrond-les-Bains retourne au Moyen-Age et son château redevient Montrond le Fort le temps d’un week-end, en souvenir d’un vieux dicton forézien qui disait : « Bellegarde le Vieux, Bouthéon le Beau, Montrond le Fort ». Mais au cours de sa longue histoire, les bandes qui se lancèrent à l’assaut de ses remparts ne furent pas aussi sympathiques que celles qui aujourd’hui griment les temps anciens.
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Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. La masse imposante du château se dresse sur une petite éminence basaltique, au centre de la plaine du Forez, qu’elle semble commander. Sa localisation, entre Lyon et l’Auvergne fut remarquée par les comtes de Forez, qui établirent là un poste de surveillance sur la Loire, près d’un gué à péage. Au XIIème siècle, un château (cité en 1202 sous le nom de « castrum montis rotundi » c'est à dire « le château du mont rond ») fut construit sur le monticule de forme arrondie qui porte les ruines actuelles et qui a donné le nom au village qui l’entoure.
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.Dessin de Jourda de Vaux, 1913
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Ce château, les comtes de Forez successifs eurent pour coutume de le donner en héritage à leur fils puîné (second né) mais qui devaient en rendre hommage à leur frère aîné, comte de Forez pour en récolter l’usufruit. A son décès, le château devait toujours revenir à la famille de Forez. Ainsi, en 1239, le Comte de Forez Guy IV, partant à la croisade, le donna, de même que celui de Sury le Bois, à son fils Renaud qui se destinait à entrer dans les ordres. Il devait en prêter hommage à Guy, son frère aîné, successeur de Guy IV. En 1259, Renaud succéda à son frère, décédé sans postérité. En 1247, Renaud se maria avec Isabelle de Beaujeu et se croisa à son tour, suivant Saint Louis dans sa croisade de 1270. Il mourut la même année. Avant son départ, il légua ses châteaux de Montrond, Sury-le-Bois, Virignieu et Saint-Héand, au profit de son fils puîné Louis, qui devint seigneur de Beaujeu en 1272. En épousant Elonore de Savoie, il fondait du même coup la seconde famille de Beaujeu. Il semblerait que le fief de Montrond resta peu de temps en sa possession et que le château, qui devait rester dans le giron forézien, revint à son frère Guy VI de Forez.
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Le château en 1575, reconstitution pour La Région Illustrée, années 30
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Celui-ci eut à subir son premier assaut de la part des mercenaires Lombards au XVème siècle. Ils étaient commandés par Galéas-Marie Sforza ou Galéazzo Maria Sforza (1444-1476), futur duc de Milan célèbre pour ses dépravations. Ces gens de guerre, stipendiés, étaient à la solde du roi Louis XI alors en guerre contre « la Ligue du bien public » menée par le futur Charles le Téméraire et le duc de Bourbon (également comte de Forez). La Ligue du bien public comprenait dans ses rangs Pierre d’Urfé. Ce ne fut pas la dernière fois qu'un Urfé se rangera dans une fronde au pouvoir royal.
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Blason d' Arthaud III de Saint-Germain
"De gueules à la face d'argent accompagnée de six merlettes de même"
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En 1523, un seigneur de Montrond, Arthaud IX de Saint Germain d’Apchon, épousa Marguerite d’Albon, dame d’honneur de Catherine de Médicis. Marguerite était la sœur du maréchal de France Jacques d’Albon. Surnommé le maréchal de Saint-André car il fut seigneur de Saint-André d’Apchon, dans la Loire, Jacques d’Albon fut à l’origine du traité de Cateau-Cambrésis en 1559 qui marqua la fin de la guerre avec les Anglais. Cumulant les charges et les honneurs, mais aussi les dettes, il trouva la mort à la bataille de Dreux en 1562. On raconte que c'est un de ses anciens domestiques, protestant, qui le fit prisonnier et lui transperça le corps à coups d'épée. A Montrond, son nom reste surtout attaché à la grande fête qu’Arthaud et Marguerite organisèrent le 9 septembre 1550 en son hommage. Pour l’occasion, raconte le chanoine La Mûre, les habitants jouèrent à la guerre, des Stéphanois se lançant à l’assaut de la tour Renaissance qui était défendue par des habitants de Saint-Galmier. Le spectacle, très réaliste puisqu’il y eut un incendie et des morts, plut beaucoup au Maréchal et à ses hôtes le prince de Condé et le roi de Navarre. En 1558, Arthaud IX s'éteignit. Son aîné, Jean, hérita mais sa mère Marguerite garda l’usufruit du château.
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En 1562, ce sont les Protestants qui assiégèrent le château. Selon un article de l'historien F. Gonon publié dans "La Région illustrée" (1936), il y avait au château quelques années plus tard, en 1575, une petite garnison régulière de 15 hommes d’armes, deux canons et trois arquebuses de remparts. Insuffisant pour résister longtemps. En 1562 donc, elle fut assiégée par les troupes protestantes de Poncenat, lieutenant du sinistre baron des Adrets qui avait mis à sac Montbrison. Le seigneur d’Apchon étant allé guerroyer en Vivarais aux côtés du marquis de Saint-Chamond, c’est Saconins de Pravieux qui, avec quelques hommes seulement, soutint héroïquement le siège. Il ne se rendit que sur l’assurance que lui donnèrent les soldats huguenots, que la garnison serait sauve et qu’il n’y aurait pas de pillage. Non seulement tout fut saccagé, mais l’un des défenseurs fut précipité du haut de la plus grosse tour, et le curé et le marguiller, qui -selon Emile Salomon- tardaient trop à livrer les vases sacrés, subirent le même sort du haut du clocher du village. Depuis Montrond, les réformés purent saccager à loisir les alentours.
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.Le Pré du chêne (image du site de la mairie de Montrond)
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Repris entre-temps par ses légitimes propriétaires catholiques, à partir de 1575, l’histoire du château fut marquée par les démêlés entre Marguerite et ses fils. En effet, un an plus tôt, son fils Jean, seigneur de Montrond et époux de Marguerite Gaste, dame de Lupé (dans le Pilat) avait trouvé la mort en guerroyant contre des Protestants ardéchois. Malgré sa troupe d’une trentaine de gentilommes et quarante archers, il fut fait prisonnier aux abords de Lupé puis assassiné. Sans héritier, il léguait par testament tous ses biens à sa femme, dépouillant ses douze frères et sœurs ! Mais son frère Charles n’entendait pas s’en laisser conter, quitte à sacrifier sa mère. Destiné à l’origine à entrer dans l’Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, il avait obtenu de Jean le château de Chenereille dans les Monts du Forez. Renonçant à ses vœux et en accord avec sa belle sœur, il se déclara propriétaire du château de Montrond. Sa mère Marguerite d’Albon en appela au roi Henri III qui lui accorda son soutien et demanda un inventaire des biens.![]() Château de Montrond (1936)
Ironie de l'histoire c'est un d’Urfé qui s’empara de Montrond au nom de la Sainte Ligue Catholique, en lutte contre les protestants et les rois Henri III puis Henri IV. Ses troupes y séjournèrent dix ans et le château fut un des centres d’opération du Duc de Nemours qui aurait souhaité établir à son profit un état indépendant en Forez et Lyonnais. Le 28 juin 1594 seulement, la forteresse fut reprise par les troupes royalistes du comte d'Ornan, Maréchal de France au service du roi Henri IV. Un an plus tard, Montbrison, un autre fief de la Sainte Ligue, se rallia aussi à Henri IV, devenu catholique. Mitte de Chevrières et Anne d’Urfé pacifièrent le Forez mais Honoré d’Urfé continua la lutte plus au nord sous les ordres du duc de Nemours.
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Selon Antoine Kocher dans son ouvrage "Montrond, seigneurs et château", la dernière mention d'un seigneur d'Apchon à Montrond date de 1726. La famille quitta ensuite le Forez pour Paris. En 1793, quand Muscadins (royalistes) et Jacobins s’affrontaient, une fraction de l’armée royaliste de La Roche-Négly, commandée par le général de Nicolaÿ, accepta à Montrond l’hospitalité que voulut bien lui offrir le dernier des d’Apchon. La colonne n’y séjourna que deux heures le 11 septembre. Le lendemain, les républicains, sur l’ordre de Javogues et "bien trop lâches pour attaquer de face leurs adversaires" (Salomon) mirent le feu au château "repaire du fanatisme et de l'intolérance" qui avait, on ne sait par quel miracle, échappé au démantèlement des places fortes ordonnée par Richelieu. Le régisseur, Jean-Charles Rombau fut tué. Quant au seigneur du lieu, Antoine-Louis-Claude d’Apchon, il fut guillotiné à Paris. Le château passa ensuite aux mains des Biencourt puis en 1820 à celles de Victor Dugas, maître de forge de Saint-Chamond qui le démantela et vendit les pierres. Il devint enfin la propriété de famille de Boissieu-Prunelé. Aujourd’hui il est propriété municipale. |
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