Brève notice historique
Saint-Bonnet-le-Château
s'élève sur un plateau à 870 mètres d'altitude, à la porte du pays
arverne. Sous la domination de Rome, la ville aurait porté le nom de
Chastel-Vair (Castrum Vari) mais cette appellation qui tend à
reconnaître à la ville une certaine importance dès l'antiquité n'est
pas prouvée. Le nom chrétien qui lui fut donné trouve son origine dans
la translation des reliques de Saint-Bonnet, évêque de Clermont, de la
capitale des Gaules vers la capitale de l'Auvergne. L'histoire s'est
transmise par la tradition orale, avant que le chanoine La Mure,
historien du Forez, ne la couche sur le papier: "Saint-Bonnet,
après avoir été grand chancelier de France, succéda à Saint-Avit,
évêque de Clermont. Etant allé faire un voyage à Rome, comme il en
revenait, il tomba malade à Lyon et y mourut le 15 janvier 719.
L'évêque de cette ville voulut garder ses reliques malgré l'insistance
du clergé de Clermont qui les réclamait. Ce ne fut que trois après, en
722, qu'il céda à cette demande. Le corps fut transporté
processionnellement et comme, de Lyon en Auvergne, il y a plusieurs
églises du nom de ce saint, la tradition est qu'elles désignent les
stations où on arrêta ses reliques. La quatrième station fut
Saint-Bonnet-le-Châtel."
La sculpture de la fontaine est la reproduction à l'identique d'une
oeuvre antique qui se trouve au Louvre. Elle a été fondue par Dugel,
maître de forges à Paris, en 1861.
Ancienne fontaine de l'actuelle place du
Commandant Marey. Elle datait du XIVe siècle, fut classée à
l'inventaire supplémentaire des M.H. le 28 juin 1938 et détruite le
même jour. Le commandant Marey, chef de l'Armée Secrète de la Loire
était originaire du hameau de Merle.
Le
premier seigneur connu de Saint-Bonnet, vers les années 1130-1140, est
Guillaume. La place forte est citée pour la première fois en 1239 mais
date probablement de la fin du XIIe siècle. Il ne reste de celle-ci que
quelques vestiges dans les jardins de l'hospice, aux abords du couvent
des Ursulines. Quant à l'enceinte urbaine, elle fut établie bien plus
tard, vers 1365, et contenait encore la ville en 1815, avant qu'elle ne
commence à disparaître.
Citée dès 1225, une première chapelle relevait de la paroisse de
Saint-Nizier-de-Fornas. A Robert de Saint-Bonnet, la ville doit son
premier hôpital (1222), ses premiers marchés et surtout une charte de
franchises. Celle-ci est la seule du Forez a être écrite en langue
vulgaire, de langue d'oc. Confirmée par ses héritiers, en 1270 et 1272,
puis par François Ier en 1536, elle donnait "à
tous les hommes et à toutes les femmes qui seraient ses sujets, qui
prendraient ou auraient maison à Saint-Bonnet, bons usages et bonnes
coutumes ". En clair, en contrepartie d'obligations diverses,
principalement militaires, la charte promet aux habitants la sécurité
et leur octroie des libertés et des recourts juridiques. Elle garantie
ainsi la liberté au bout d'un an et d'un jour, à tout serf, à quelque
seigneur qu'il appartienne, qui vient s'établir à Saint-Bonnet. Mais
elle réclame un droit de trois sous pour le seigneur pour toute action
en justice. On ne peut pas saisir les vêtements d'un homme sur la voie
publique et si quelqu'un injurie un homme de Saint-Bonnet, le seigneur
doit lui faire réparation. Les hommes de Saint-Bonnet doivent aider le
seigneur en ses guerres etc.
Armorial de Revel, Saint-Bonnet-le-Château. La muraille était protégée
par un fossé empli d'eau de 10 mètres de large et 8 mètres de
profondeur.
En
1287, Josserand de Saint-Bonnet meurt et la part principale de la
seigneurie revient à sa fille Dauphine qui la transmet à son fils
Robert, né d'un premier mariage avec Guy Damas, seigneur de Couzan.
Dauphine de Saint-Bonnet contracta plusieurs unions. Son second
mariage, avec Guy de Bagé, seigneur de Bresse, est particulièrement
intéressant car, si l'on en croit certaines généalogies, de cette union
naquit à Saint-Bonnet une fille, Sybille. Celle-ci reçut de sa mère les
terres de Miribel, non loin de Périgneux, et en 1272 épousa Amédée V,
comte de Savoie. Du mariage entre Sybille et Amédée seraient issus tous
les comtes, ducs de Savoie, rois de Sardaigne et rois d'Italie.
Lesquels trouveraient donc leur origine dans les Monts du Forez avec
Dauphine de Saint-Bonnet. Mais pour d'autres généalogistes, si Sybille
était bien la fille de Guy de Bagé, sa mère avait pour nom Béatrix de
Montferrat.
L'Hôtel Dupuy, maison de la fin du XVe siècle, sur quatre niveaux. Elle
doit son nom à François Dupuy, qui y est né en 1451. Prêtre, auteur de
La Chaine d'or des Psaumes, il fut élu en 1503 Supérieur général de la
Grande Chartreuse.
Mais
revenons à Saint-Bonnet. Robert ne garda pas la seigneurie. En 1291, il
la vend huit mille livres viennois à Jean Ier, comte de Forez, qui
reçoit l'hommage des vassaux du mandement de Saint-Bonnet. Ces terres
devient ainsi une des quarante-et-une châtellenies qui forment le comté
de Forez. A leur tête, le comte de Forez nomme un châtelain qui le
représente, assisté d'officiers subalternes. En 1333, Guy VII de Forez
succède à Jean, au moment où la guerre de Cent et les exactions qui
l'accompagnent touchent tout le pays. L'enceinte, percée de six portes
(dont la plus célèbre, celle de la "Châtelaine") est construite dans la
seconde moitié du XIVe siècle dans le but de protéger les habitants des
bandes anglaises qui écument la région.
L'oratoire de la porte de la Châtelaine (surnommée "porte de Mandrin") est dédié à Notre-Dame de Bon Secours.
La ville, qui compte 2000 habitants selon Etienne Fournial dans Les villes du Forez)
est exempté du vingtain, une contribution financière pour les travaux
de fortifications, mais doit en assurer elle-même l'entretien et la
garde. Grâce à ses fortifications, en même temps qu'à sa situation
géographique, la ville échappa aux pillages.
Hôtel d'Epinac: il doit son nom à l'archevêque de Lyon, un des chefs de la Ligue qui combattit l'avènement du roi Henri IV.
C'est
à partir de la fin du XIIIe siècle et du début du XIVe siècle que la
ville commence à se développer. L'église est agrandie, le bourg
s'étend. Deux nouvelles rues, la Grand rue et la rue Dessous, sont
raccordées au Grand Chemin de Forez, qui passe à Usson et dont le
trafic contribue à la vitalité de la cité. A la fin du XIVe, le travail
du fer (couteaux, grilles à trous renflés...) et du cuir, ainsi que la
fabrication du textile s'y développent. Une oligarchie de riches
marchands commence à se constituer et des corporations se créent. Dans
le domaine religieux, on a écrit que l'église primitive (nommée
chapelle - capella) dépendait de Saint-Nizier et ce n'est qu' en 1351
que fut érigée une paroisse à Saint-Bonnet, avec un premier curé:
Matthieu Bolle. A partir de 1382, les habitants peuvent enterrer leurs
morts dans leur ville au lieu de le faire à Saint-Nizier. Une nouvelle
église, sur l'emplacement de la précédente, est construite grâce aux
dons des marchands, par exemple, celui de Guillaume Taillefer, drapier
de son état. La première pierre est posée le 8 mai de l'an 1400, sous
le ministère de Michel Dalmas. 18 ans plus tard, les travaux prennent
fin mais des agrandissements interviendront régulièrement jusqu'au
XVIIIe siècle. Dès la fin du XVe siècle, on dénombre pas moins de douze
chapelles latérales, toutes fondées par des donateurs !
Classée M.H. en 1946, cette maison date de la seconde Renaissance.
Chapelle du couvent des Ursulines. Celle-ci comporte de nombreux
chef-d'oeuvres, dont un maître-autel classé et une décoration
remarquable.En revanche, les trois sculptures qui ornaient son fronton
ont disparu à la Révolution.
Au
XVIe siècle, la ville subit divers fléaux. La guerre avec le passage du
Baron des Adrets en 1562, qui ravage l'église malgré la résistance des
habitants, et la maladie, dont la peste, à plusieurs reprises. Suit la
Contre-Réforme et l'installation en 1620 de dévotes dans l'enclos de
l'ancien château. Deux ans plus tard, elles sont affiliées aux
Ursulines et Françoise de Bermond, fondatrice de l'ordre en France s'y
éteint en 1628. Les religieuses seront chassées à la Révolution, quand
Saint-Bonnet deviendra Bonnet-la-Montagne, de même que les Capucins
installés au faubourg de la Bernarde et que la confrérie de Pénitents
blancs instaurée à la même époque. Ces groupes religieux s'ajoutent à
la communauté des prêtres qui s'apparente à un chapitre de chanoines.
D'où le nom de "Collégiale" donnée à l'église. Dirigés par le curé de
la paroisse, ils portent un habit particulier qui les distingue et
possèdent un quartier, appelé "le cloître", situé dans l'îlot à
l'ouest de l'église, où se trouve le presbytère avec son jardin et son
verger qui montent vers l'église. Il comprend le logement du curé,
plusieurs logements pour les prêtres et une grande salle commune
appelée "le Cénacle", utilisée pour les grands repas de la communauté
ou des confréries. Ces prêtres sociétaires jouent un grand rôle. Ils
forment en effet un foyer culturel important, possédent dans l'église
une bibliothèque (qui s'y trouve encore) et fondent en 1379 une école
qui acquiert vite une certaine renommée. Mais la célébrité régionale de
ces religieux, du XVe au XVIIIe siècles, est due à la qualité de leur
pratique de la musique, à l'étude de laquelle ils attachent une grande
importance.
Un des anges musiciens de la chapelle basse de la Collégiale
A tel point, écrit Langlois dans son Histoire de Saint-Bonnet-le-Château, que pour faire partie de la communauté, "il faut être suffisamment instruit dans cet art".
Elle fait partie de l'enseignement qu'ils prodiguent dans leur école,
au même titre que la théologie, la philosophie, le latin, l'étude des
Saintes Ecritures, l'histoire religieuse et profane, le droit... "Il
y a une fort belle esglise, et la mieux servie du Forez, ors celle de
Nostre-Dame de Montbrison, pour la cantité de bons musiciens qu'il y a
d'ordinaire en cestte ville..." écrit Anne d'Urfé en 1607.
Entrée de la bibliothèque
Dans
le domaine de la littérature, trois noms sont nés dans la petite ville.
Il s'agit de François Dupuy, Antoine du Verdier et André Ducros. Ce
dernier, qui était probablement calviniste, fut le médecin et le poète
attitré de Jeanne d'Albret, reine de Navarre. Il est l'auteur du Tombeau d'Illustre Louys de Bourbon Prince de Condé, une pièce d'un millier de vers, d'un Discours sur les misères de ce temps qui donnait la réplique à Ronsard, de sonnets... François Dupuy, né en 1451, expliqua les Psaumes dans la Catena Aurea super Psalmos, en hommage à l'ouvrage du même nom attribué à Saint-Thomas. Antoine du Verdier enfin (1544-1600) fit paraître en 1585 La Bibliothèque, première bibliographie des ouvrages de langue française.
Sur la vitre d'un bar qui porte son nom, Mandrin se rappelle à notre
bon souvenir. Le roi des contrebandiers est passé à Saint-Bonnet durant
sa cinquième « campagne » en 1754. Il n'y resta que quelques heures à
rançonner les notables et les employés de la Ferme générale. Mais ce
qui le rendit surtout populaire dans la région, dit la tradition, c'est
qu'il prit soin de payer tous les cabaretiers chez lesquels ses hommes
avaient consommé.
Du
point de vue économique, la petite ville connaît un bel essor à partir
du XVIe siècle. Tanneurs et tisserands y sont nombreux. "En ceste ville se font les meilleures forces à tondre drap qu'on sache en lieu du monde" écrit encore Anne d'Urfé dans sa Description du Forez.
La passementerie n'apparait qu'au début du XXe siècle avec la maison
stéphanoise Vallat-Perronnet qui construit des ateliers au nord de la
ville. En 1911, elle emploie près de 200 personnes. A partir de 1750,
et jusqu'à l'arrivée du chemin de fer, se développe aussi dans les
environs de Saint-Bonnet l'industrie du bois avec les scieurs de long
saisonniers. Ceux-ci fournissent la matière nécessaire à la
construction des Rambertes destinées au transport du charbon. Outre la
coutellerie, la production des fiches de paumelle devient florissante
et perdurera jusqu'au XIXe siècle. Il s'agit des axes de pivotement qui
sont fixés sur les gonds, qui supportent les volets et les portes. La
plupart du temps, ce sont des agriculteurs qui les fabriquent en marge
de leur activité principale. Les différentes phases de fabrication des
serrures s'effectuent séparément les unes des autres dans de petites
ateliers, puis les pièces sont collectées par des commis.
A
compter du XIXe siècle, c'est l'armurerie qui prend le relais; un
nouveau principe du fusil, l'armement automatique à l'ouverture, fait
appel à la dextérité des serruriers puisqu'il faut assembler une
multitude de petites pièces dans la bascule mécanisée. On compte alors
jusqu'à 400 compagnons armuriers travaillant, quand ce n'est pas à
domicile, dans les ateliers Zavaterro (installés en 1906 et rachetés
par Souvignet en 1937) ou de Montcoudiol.
Le
train arrive en 1873 et grâce à lui, l'entreprise Daurelle-Fournier,
qui fabrique des cierges et des bougies, s'installe à Saint-Bonnet en
1879. Mais l'exode rural et la grande saignée de la guerre de 14-18
devaient rompre l'élan économique du début de siècle, malgré la venue
d'autres entreprises, Souvignet et l'armurerie Chapuis qui s'installent
dans la partie nord-ouest de la commune.
Au début du XXe siècle, Saint-Bonnet est un des plus importants centres
de négoce de l'arrondissement de Montbrison, avec Feurs et Sury.
En
1977, Souvignet investit les locaux de l'ancienne Union Rubanière pour
y fabriquer du mobilier de jardin sous la marque "Sopler". Cette
fabrication perdure jusquau milieu des années 80. Les locaux sont alors
reconvertis, jusqu'au début des années 90, en ateliers de montage pour
des produits de la marque Ikea. Ils abritent aujourd'hui le Musée
International Pétanque et Boules. Voilà en effet la grande affaire de
Saint-Bonnet: la boule de pétanque. "Les boules JB" sont les plus
anciennes. "Obut" emploie quant à elle 150 personnes sur le site. Son
histoire débute en 1955 quand Frédéric Bayet, fabricant de serrures, et
Antoine Dupuy, mécanicien, déposent la marque. En 1958, pour que
l’entreprise prenne plus rapidement une autre dimension, ses fondateurs
font appel à la famille Souvignet.
A signaler encore une fabrication originale; celle des paillons de seigle (enveloppes de paille pour
bouteilles de verre) qui subsista de 1927 jusque dans les
années 1950, quand les bouteilles en plastique eurent raison d'elle.
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