En 2005, à l'occasion de la venue du Tour, plusieurs expositions gratuites furent proposées à l' Hôtel de Ville de Saint-Etienne et au Musée des Amis du Vieux Saint-Etienne. La première, réalisée par un passionné du Mans, invitait à voyager dans l’histoire du Tour de 1903 à nos jours, à travers une multitude d’articles et de photographies publiés dans divers magazines (Miroir du sport, La vie au grand air, But Club, L'Equipe…), d’affiches, de cartes, de fiches biographiques… Des livres étaient également à disposition pour se rappeler de la légende de la Grande boucle.


Parcours en 1983
Une autre, intitulée " Ambiance de tour ", présentait des photographies superbes, parfois insolites, prêtées par la Société du Tour de France. On retrouvait enfin dans une 3e expo de nombreux documents, déjà présentés par le Musée des Amis du Vieux Saint-Etienne, mais aussi quelques autres objets rares comme le maillot jaune (1971) de Merckx. Cette expo se voulait plus locale.
Depuis 1904 et les incidents du Grand Bois causés par les fans du coureur local Alfred Faure (déjà des hooligans !), jusqu’à la victoire de Dierckssens (passé pro à 29 ans !) sur le cours Fauriel en 99, en passant par les chutes mémorables de Hinault et Fignon en 83 et 85, les arrivées triomphales de Bobet et Kelly à Geoffroy-Guichard… c’est une histoire d’amour jamais déçue entre la capitale du cycle et la grande boucle que nous contaient les Amis du Vieux Saint-Etienne. L’occasion aussi d’honorer le souvenir des coureurs locaux de naissance ou de cœur : Roger Rivière, Pierre Cogan, Pierre Molineris, le père Paret (quinquagénaire !)… et " la souris " Benoît Faure, natif de mon village: Saint-Marcellin en Forez.


Souvenirs, souvenirs: toutes les étapes stéphanoises
Prologue :
1903-1904 : la seconde édition du Tour ne fait pas " escale " à Saint-Etienne mais l’étape Lyon-Marseille (374 km) traverse la ville via le Grand Bois du Pilat. A 4 heures du matin ( !) trois Stéphanois sont sur la ligne de départ à Lyon: le « père Paret » quinquagénaire, Alfred Faure et Vassela. Au col de la République, Alfred Faure démarre brusquement et prend la tête du peloton. Soudain une centaine d’individus armés de gourdins et de pierres forment une haie de chaque coté de la route. Faure s’engage résolument et passe sans encombres, alors que les gourdins se lèvent sur ses poursuivants qui ne sont pas du pays. Maurice Garin, vainqueur de la première édition, reçoit une pierre dans la joue, un coup de baton au genou et deux au bras. Il finira l’étape en se servant d’un seul bras ! César Garin reçoit deux coups, Daumain est renversé et blessé, il réussit à se relever et à s’échapper.


Quant à Gerbi, il est littéralement assommé. Les coups pleuvent sur lui. D'autres encore sont blessés. Soudain des coups de feu retentissent, ce sont les voitures officielles de la course qui sont assaillies et se défendent comme elles peuvent ! Faure remporta l’étape car le vainqueur Aucouturier fut déclassé pour " irrégularités graves ". Vassela abandonna durant l’étape. Henri Paret finit l’étape 19e et 11e au classement général. Saint-Etienne, " capitale du cycle " fut privée de Tour jusqu’en ... 1951.
Petite consolation cependant, dans les années 20, trois coureurs remportèrent le Tour en portant le maillot de la marque Automoto: Pélissier en 1923, Bottechia en 1924 et 25 et le Belge Lucien Buysse en 1926.Notre légende du Tour:


1959 : l’étape Clermont – Saint-Etienne passe par Saint-Marcellin en Forez où la mémoire de Benoît Faure est saluée. Natif du village, ce dernier participa à sept Tours dans l’entre-deux guerre. Il remporta une étape en 1929 et finit 8e au classement général en 1930. Sur ses terres, le Stéphanois Roger Rivière tente sa chance mais c’est Dino Bruni qui franchit la ligne d’arrivée le premier. Nous revenons plus loin sur Roger Rivière."On n'avait pas de télévision et donc tout le monde ou presque suivait à la radio.C'était toujours absolument passionnant. L'imagination travaillait. Alors, bien sûr, quand le Tour faisait étape à saint-Etienne, chez moi, on connaissait une incroyable effervescence. Il y avait une sorte de fête gratuite. J'y ai vu chanter les Compagnons de la Chanson et Charles Trénet, des spectacles organisés par une radio périphérique. Ils mettaient un énorme podium et offraient un spectacle. Et je regardais, grimpé sur les épaules de mon père (...). Il ne faut pas oublier Yvette Horner juchée sur son camion. Je l'ai vue. Elle jouait tout au long de l'étape installée là. Ça devait être complètement fou. Son instrument pèse 35 kilos." Bernard Lavilliers, 2008, L'Eaufficiel de la caravane (quotidien offert par Vittel)
En 1963, Guy Ignolin " mange " le premier les 230 et quelques km de l’étape entre Aurillac et Saint-Etienne.
1966 : l’étape Chamonix – Saint-Etienne est marquée par l’abandon du grand Anquetil. Victoire de Bracke sur le cours Fauriel.

1968 : au départ d’Aurillac et en direction de Sainté, les coureurs équipés par la marque stéphanoise Mercier se distinguent. Genet remporta l’étape.

Un an plus tard, c’est un drôle de " blaireau " nommé Bernard Hinault qui remporte l’étape stéphanoise.

Merci à Dominique Charrière pour ces superbes clichés, réalisés lui en 1985 à Saint-Etienne. Ci-dessus: dans quelques secondes Hinault va chuter. Ci-dessous: Herrera, qui a une chute d'avance, fonce vers la victoire.
1985: entre Autrans et Saint-Etienne (14e étape), Lucho Herrera s'échappe dans les monts du Forez. Derrière, le Maillot Jaune réagit et contrôle l'avance du Colombien. Celui-ci est victime d'une chute dans la dernière descente mais franchit malgré tout l'arrivée en solitaire et en vainqueur. Le groupe Maillot Jaune s'apprête à se disputer les places d'honneur au sprint. Quand soudain, Bernard Hinault fait un écart et se retrouve à terre, le visage en sang en plein cour Fauriel. Il franchit cependant la ligne d'arrivée, est hospitalisé et repart le lendemain... Un autre fait ses débuts cette année là : Indurain.En 1990, Chozas remporte l’étape Villars de Lans – Saint-Etienne.
En 1992, l’étape est remportée par Franco Chioccioli. A Paris le maillot jaune resta définitivement sur les épaules de Indurain. Mais à Sainté, c’est Jalabert qui avait raflé le… maillot vert.
1993 : victoire à Saint-Etienne (11ème étape) de Sciandri.

1997 : contre-la-montre et victoire d’Ullrich
1999 : l’étape est remportée par Ludo Diercksens, passé pro à 29 ans !

2005 : victoire d’Armstrong dans le contre-la-mort. Sous l’œil averti d’un grand perdant : le sénateur John Kerry.
Grande nouveauté en 2008: l'arrivée a eu lieu sur le Boulevard Thiers, et non sur le célèbre Cours Fauriel. L'étape, au départ de Bourg-d'Oisans, a couronné pour la 5e fois sur ce Tour de France la Team Columbia. L'Allemand Marcus Burghardt s'est imposé au finish devant son compagnon d'échappée Carlos Barredo (Quick Step) et Romain Feillu (Agritubel). Le lendemain, 25 juillet, la 19e étape a prit le départ de Roanne.

Quelques coureurs cyclistes stéphanois, foréziens et roannais (avec année et lieu de naissance mais tous n'ont pas participé au Tour).


/dr
Roger Rivière
Et comment clôturer cet article sans évoquer Roger Rivière ? Nous renvoyons le lecteur à cette page de l’excellent site Mémoire du cyclisme, pour connaître le palmarès de ce grand champion stéphanois dont malheureusement aucune plaque n’honore la mémoire sur le site de l’ancien vélodrome d’hiver, rue Papin, aujourd’hui occupé par des locaux de l’Université.
Mais concernant le Tour de France :
Edition 1959 :
- 4ème au final
- 2 étapes remportées
Edition 1960 :
- Trois étapes remportées, abandon dans la 14ème étape

Monument à la mémoire de Roger Rivière, col du Perjuret (/dr)
1960: le drame du Perjuret raconté sur Radio France
Quand son coéquipier Louis Rostollan se précipite, il voit le Stéphanois gisant, inconscient, sur un lit de branchages et de feuilles mortes, vingt mètres en contrebas. Rivière est difficilement évacué sur un brancard, transporté par hélicoptère jusqu'à l'hôpital de Montpellier. Touché à la moelle épinière, la colonne vertébrale brisée, le grand espoir du cyclisme français (24 ans à l'époque) est paralysé des jambes. Il parviendra à marcher de nouveau au prix d'une longue et douloureuse rééducation. Mais, physiquement, moralement, Rivière ne guérira jamais de l'accident à propos duquel sera évoqué l'hypothèse d'un analgésique (le palfium) qui aurait joué sur ses capacités de réaction. (10 juillet 1960: 14ème étape Millau-Avignon, 217 km, victoire de Martin Van Geneugden.) "

Quelques liens encore pour les mordus:
Retrouvez la grande histoire du Tour à Sainté (plus détaillé et avec de nombreuses images) sur le site des Archives Municipales.
Un entretien concernant Roger Rivière
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