Transit Umbra, Lux Permanet PDF Imprimer Envoyer
Écrit par FI   
cadranmsc.jpgLe cadran solaire dont il est question ici fut installé début 2006 sur l'église Notre-Dame à Chavanelle. Nous devons sa restauration à l'association du Cherche-Midi. 


Si on s’amusait à faire une étude à propos des cartes anciennes illustrant la ville de Saint-Etienne, il est probable que l’Hôtel de Ville arriverait en tête dans la catégorie Edifices. La raison de cette préférence s’explique par le dôme imposant qui le coiffa jusqu’en 1953 et qui faisait la fierté de Sainté. Dominant la cité du haut de 51 mètres, il symbolisa pendant un siècle son formidable essor industriel.*


Sur ce dôme de la « Maison du Peuple » un campanile abritait deux cloches et un bourdon de 3,8 tonnes, on y lisait l’heure sur une pendule circulaire encadrée de deux statues et surmontée des blasons de Saint-Etienne, Montbrison et Roanne. Il y avait aussi un cadran solaire rarissime dont les débris aujourd’hui sont gardés par une association stéphanoise dont nous avons oublié le nom. C’est le fonctionnement de ce cadran solaire que nous allons évoquer ici, en reproduisant en grande partie un article publié dans La Région illustrée dans les années 30 et qui est signé par son créateur, Louis Chomard, professeur à l’école des mines. Mais auparavant quelques mots à propos de l’histoire tumultueuse de l’Hôtel-de-Ville dans son ensemble.


Vue sur le dôme et zoom sur le cadran solaire. Ce dernier mesurait 6 mètres pour une largeur de 2, 20 mètres et était composé de quatre dalles de marbre juxtaposées. C'est Louis Chomard, professeur d'analyse mathématique à l'école des Mines qui l'élabora au début des années 30.

La première maison abritant les représentants de la ville était située au XVIème siècle près de la Grand’Eglise, puis ensuite en face de cette même église, puis pendant la révolution à l’église Saint-Louis. Son emplacement actuel date de la première moitié du XIXème siècle. L’architecte choisi fut Jean-Michel Dalgabio. La première pierre fut posée le 25 août 1822 et son inauguration eut lieu le 24 février 1835. . En 1856, dans La France par cantons et pas communes, Théodore Ogier faisait une description peu flatteuse de l'Hôtel-de-Ville stéphanois: "L’ Hôtel-de-Ville a été élevé entre les deux places dites de l’Hôtel de ville et de Marengo. La position était belle pour faire de la grande architecture, et pourtant, d’après l’avis de tous les hommes compétents, c’est une œuvre manquée ; rien de majestueux, point d’expression, rien qui annonce sa destination. Ses deux façades manquent d’élévation. Le perron qui donne accès à la principale entrée est assez bien, mais rien, dans l’ensemble, ne dénote la destination de l’édifice. Ce pourrait être une bourse, un théâtre, un temple, mais on ne devinerait pas que c’est l’Hôtel-de-Ville d’une cité de plus de 50, 000 âmes. La construction est massive ; la façade écrasée par la lourdeur des détails. Une espèce de pavillon, petit, maigre, sans élégance, contient le beffroi, dont la sonnerie sert à l’horloge à cadran transparent ; la justesse du mécanisme de cette horloge et son cadran transparent sont les seuls objets remarquables de ce monument." .

Quant au dôme, il fut ajouté sous le IInd Empire et achevé en 1860. Sa première horloge fut commandée à Richard, un horloger lyonnais avant qu’elle ne rejoigne l’église de Montaud, remplacée par un autre mécanisme (jurassien) puis un troisième (parisien) en 1873. Dès le début, ce bâtiment connut des difficultés, ce qui explique la durée des travaux. Difficultés financières mais surtout techniques qui perdurèrent jusque dans les années 1950 ! En 1933, la presse ironisait : "Quand il pleut, l’Hôtel-de-Ville se transforme en établissement de bains." Une note des services municipaux, citée par Claude Crétin dans son ouvrage Saint-Etienne : histoire d’un Hôtel-de-Ville indique pour cette même année que l’édifice s’est enfoncé de 30 cm en trois ans ! La faute à la mine ? Plutôt au lit souterrain du Furan, dévié en 1807. En 1951, un rapport indique à propos du dôme : "le campanile abrite les cloches sur lesquelles l’horloge pique les quarts et un bourdon qui sonne les heures et que l’on n’ose plus déranger pour d’autres appels tant il communique à la charpente d’inquiétantes vibrations." Le dôme fut désossé au grand dépit des Stéphanois et du journal Le Patriote qui fit son éloge funèbre : "C’est un morceau de Saint-Etienne qui s’en va, un morceau de choix comme la Place du Peuple."

Des projets sans suite furent un moment envisagés, comme celui d’un nouveau dôme de 48 mètres de haut, décoré par des dalles de verre coloré de Saint-Just. Aujourd’hui la mairie semble toujours aussi nue sans « chapeau ».

Le premier cadran solaire datait de 1891 et avait un rôle principalement décoratif, il subit très vite les foudres du climat. Dès 1904, on souhaita le rénover mais il fallut attendre 1930 pour que Mr Chomard (photo ci-dessous), professeur de mathématiques se charge des calculs nécessaires à sa nouvelle réalisation. Entre temps (1911) on était passé au Temps Universel de Greenwich. Jusqu'en 1911, c'est l'heure solaire locale qui était marquée. Et maintenant que ceux qui ne sont pas très potes avec les chiffres veuillent bien accrocher leur ceinture : .

."Propos astronomiques et cadrans solaires
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La mesure du temps ! C’est certainement l’un des premiers problèmes que se posa l’humanité. Or le temps ne peut se mesurer que par le mouvement et n’existe en réalité que par lui. Imaginons dans l’univers l’immobilité absolue, immobilité même de la pensée. La mesure du temps serait impossible et d’ailleurs inutile, puisque philosophiquement, dans ces conditions extrêmes, sa conception même nous échapperait. Mais le mouvement existe, par le fait même le temps aussi. Tout corps qui bouge peut servir à sa mesure à condition que le mouvement de ce corps soit connu, c’est à dire que l’on sache à quel endroit de l’espace il se trouve à chaque instant.

cadranChomard.jpg

Or le mouvement du soleil est connu par rapport à la terre supposée immobile. On conçoit donc son utilisation à la mesure du temps et l’existence des cadrans solaires. Toutefois, ce mouvement du soleil est moins simple qu’il n’en a l’air à première vue. Regardons-y d’un peu plus près. Nous savons tous que c’est la terre qui bouge et non le soleil. Or, notre planète est une personne fantasque qui se démène de bien des façons et qui donne aux astronomes bien du fil à retordre.Elle tourne sur elle-même en 24 heures autour de son axe : c’est le mouvement diurne. Elle tourne aussi autour du soleil en un an sur une courbe qu’on nomme l’écliptique, qui est une ellipse presque circulaire et d’ont le soleil occupe l’un des foyers : c’est le mouvement annuel. Enfin, son axe, lui-même tourne comme le ferait celui d’une grosse toupie et met 25. 765 ans pour revenir à la même place. C’est ce que l’on appelle en mécanique céleste le mouvement de la précession des équinoxes. Elle a d’autres mouvements : variation de l’excentricité, balancement de l’écliptique, mouvement tournant du périhélie, perturbations dues à l’action lointaine d’autres planètes.
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Tous ces mouvements circulaires sont très lents et n’intéressent pas le problème des cadrans solaires, ou en tous cas d’une façon négligeable. Seuls sont à retenir les mouvements diurnes et annuels. Le premier est unforme, mais le second ne l’est pas et cela complique tout. Car la terre allant plus ou moins vite sur son orbite aux différentes époques de l’année, le soleil ne met pas exactement le même temps tous les jours entre deux passages au méridien d’un même lieu. On est obligé d’imaginer un soleil fictif qu’on ne voit pas et qui n’existe que dans l’imagination des astronomes pour donner un temps régulier qui soit conforme à nos habitudes sociales. Le soleil donne le temps vrai inutilisable. Le soleil fictif ou soleil moyen donne le temps moyen qui est celui des horloges et des montres. La différence entre les deux temps atteint jusqu’à 17 minutes. Tantôt le temps vrai avance sur le temps moyen, tantôt c’est le contraire. D’autre part, autre complication : l’heure légale n’est pas celle de Saint-Etienne (temps local) mais celle de Greenwich qui retarde sur la première de 9 minutes et 21 secondes. Sans entrer dans d’autres détails, on conçoit les difficultés théoriques que l’on rencontre dans le calcul et la réalisation d’un cadran complet qui donne le temps moyen légal, c’est à dire l’heure de la montre, à tout moment du jour et à toute époque de l’année, comme c’est le cas de celui qui orne pour longtemps, espérons-le, la façade de l’Hôtel-de-Ville de Saint-Etienne**.
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Car s’il y a des cadrans solaires un peu partout, il existe très peu de cadrans solaires complets. Mais si un tel cadran nécessite des calculs longs et difficiles, sa lecture en revanche est très facile. On comprend maintenant qu’un un point donné du cadran l’extrêmité de l’ombre du style ne passe qu’une fois dans l’année ! c’est à dire à une certaine heure d’une certaine date ; on a donc l’une et l’autre à simple lecture ! Le cadran donne le temps moyen de Greenwich, c’est à dire le temps légal défini par la loi du 9 mars 1911, celui que donne un montre ou les ondes de la T.S.F. On le nomme aussi le Temps Universel. Il est évident que pendant l’ heure d’été les temps lus sur le cadran doivent être augmentés d’ une heure. Si on lit 10h 30, il est 11h 30 à la montre.
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La terre est divisée en 24 fuseaux horaires de 15 degrés chacun. Tous les pays d’un même fuseau ont la même heure. Le temps varie d’une heure quand on passe d’un fuseau au voisin. La ville de Saint-Etienne est dans le premier fuseau qui s’étend de 7 degrés et demi à l’est et à l’ouste du méridien de Greenwich.


Description du cadran :
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Le cadran supérieur correspond à l’hiver et au printemps, le cadran inférieur à l’automne et à l’été. Dans les deux le temps est donné par l’extrêmité de l’ombre des styles.
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_ De haut en bas sont les 24 courbes horaires.
_ De gauche à droite les courbes diurnes suivies par le soleil durant tout un jour.
_ Les courbes limitant le cadran tout en haut et tout en bas correspondent aux solstices d’hiver (21 désembre) et d’Eté (21 juin).
_ Les lignes droites obliques traversant les deux parties à mi hauteur correspondent en haut, à l’équinoxe de printemps (21 mars), en bas, à l’équinoxe d’automne (21 septembre).
_ La ligne droite verticale qui traverse l’ensemble correspond à la méridienne. Quand l’extrêmité de l’ombre des stylesest sur cette ligne, le soleil passe au méridien de Saint-Etienne. Il est donc midi vrai local, mais il n’est pas midi à la montre, car ce n’est pas le midi moyen de Greenwich.
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_ Sur la partie supérieure les lettres J, F, M, A, M, J désigne les mois de janvier à juin.
_ Sur la partie inférieure, J, A, S, O, N et D désignent les mois de juillet à décembre.
_ A droite, les 1er et 15 de chaque mois.
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_ Sur les lignes des solstices, tout en haut et tout en bas sont indiquées les heures aux deux extrêmités des lignes horaires.
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Les calculs ont été faits de demi-heure en demi-heure et les 1er et 15 de chaque mois, c’est à dire qu’il a été calculé un peu plus de 300 points. Les deux cadrans auraient pu être superposés ; on se rend compte que chaque courbe horaire aurait donné un 8 incliné et très allongé, qu’on appelle la courbe de l’équation du temps mais la lecture eut été plus difficile. En séparant les deux cadrans, l’un porte les branches descendantes des 8 (partie supérieure), l’autre les branches ascendantes (partie inférieure), et la confusion est rendue impossible.
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Comme il vient d’être expliqué plus haut, l’extrêmité de l’ombre donne tout à la fois l’heure et la date. Très exactement sur les lignes et quand il s’agit d’une marque entre les lignes, on fait une interpolation à vue, c’est à dire une estimation.
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Exemples (les marques sont de couleur roses sur les images):
A = 2 heures du soir (14 h 00) le 1er mars
B = 11 heures 30 du matin le 15 août
C = environ 10h 40 du matin le 6 juin
D = environ 2 heures 15 du matin (14h 15) le 11 octobre
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Puisse ce cadran solaire intéresser les Stéphanois et leur donner en même temps le goût de l’astronomie. (…) L’animal ne regarde jamais le Ciel. L’homme lève la tête, contemple puis il admire et réfléchit. Il comprend alors qu’il est plus grand que les mondes, plus haut que les étoiles, que la pensée va plus vite que la lumière**, que l’esprit l’emporte sur l’espace et sur le temps. Et, de la Création visible et magnifique, il remonte au Créateur invisible mais nécessaire. Oui, nous pouvons dire avec notre grand Laplace : « L’astronomie, par la portée de ses conséquences et la frandeur de son objet, est le plus beau monument de l’esprit humain. »
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Louis Chomard

Notes:
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* Hélas, sur un char élevé et couvert de lumière, ce modeste article vient régler ses pas et achever sa carrière.
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** Pas la mienne en ce moment, qui n’est pas certaine d’avoir tout compris. Ne comptez pas sur elle pour vous fournir des compléments d’information. En revanche les vôtres sont les bienvenues…


"L'ombre passe, la lumière demeure"

 

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