Ce vieux nom, c'est six maisons dont quatre en ruine cernées par les forêts aux confins des communes de Saint-Marcellin et de Périgneux. Le Forez profond, pas très loin du "hameau du Veau d'or". L'eau à domicile, pour les deux familles paysannes qui vivent là depuis..., n'est arrivée il n' y a qu'une vingtaine d'années.
Avant il fallait aller au "puits" pour remplir les sceaux et les cruches en plastique. C'était une pompe à eau en fonte rouge qu'on actionnait en tournant une roue. Un bout de ferraille cylindrique prolongeait sa bouche jusque vers une petite ouverture dans le sol et une canalisation acheminait l'eau jusque vers des bacs en ciment, quelques mètres légèrement en contrebas. Le petit truc pratique qui me plaisait bien sur les bacs en ciment, c'était l'inclinaison du rebord qui permettait de tremper et de frotter les habits. Surtout il y avait un petit coin carré avec des aspérités faites exprès pour que Jeanne Marie, debout, puisse poser le savon de Marseille sans risquer de le voir glisser au fond du bac. Avec ce petit dispositif, j'avais presqu'élevé les constructeurs au rang des génies et des bienfaiteurs.


Saint Cyr de Valorges

Les draps parfois n'étaient lavés qu'une fois l'an. C'était le jour du "buia", c'est à dire le grand nettoyage. Le linge était entassé dans de grands cuviers de terre cuite, surmonté du "charri", une grande toile de chanvre contenant de la cendre de bois faisant office de détergent. On arrosait d'eau chaude et le liquide (le "lessi") recueilli par-dessous, était chauffé et passé à nouveau. Les cendres de bois contiennent en effet du carbonate de potasse, qui, mêlé avec les corps gras, constituait une sorte de savon. Les meilleurs cendres étaient celles des arbres fruitiers, des chênes, des charmes ou de l’orme.







A Saint-Etienne, les femmes utilisaient l'eau du Furan, notamment à son entrée dans la cité, au niveau du Rez, entre la colline de Valbenoîte et l'avenue de Rochetaillée. Une buanderie fut ici la dernière dans les années 1960 à s'établir directement sur les eaux de la rivière.

Unieux, buanderie sur les bords de l'Egotay.
Jean-Marius Nijak, dans un bulletin des Amis du Vieux Saint-Etienne (1994) a évoqué cette époque révolue." Des pierres lisses, posées dans l'eau claire, penchées de manière à émerger à moitié, servaient de surface de travail aux actives et bavardes laveuses. Chacune était équipée d'une caissette en bois, à trois côtés, dans laquelle elle installait un coussin avant de s'agenouiller. Les opérations étaient complexes: le linge était bouilli dans les chaudières du buandier, puis rincé plusieurs fois à l'eau froide et si nécessaire passé à l'eau javellisée, battu ensuite énergiquement à grands coups de maluche, brossé vigoureusement avec des brosses de chiendent, tordu, essoré et enfin mis au pré. L'immense prairie derrière le lavoir permettait au linge de bénéficier de l'action conjuguée de la chlorophylle et du soleil. Ah que le linge fleurait bon quand, repassé et plié avec soin, on le rangeait dans la grande armoire de noyer, avec les bouquets de lavande et de serpolet !"


C'est avec Madame Rigaud que nous disons adieu au petit monde blanc et parfumé des lavandières. Sur la commune de Périgneux, Caroline Simon (*) l'a rencontrée. Contrairement aux femmes de Luriecq, elle ne possède pas de chaudière. Armée de son marteau, elle casse la glace et lave consciencieusement son linge. Aujourd'hui il ne reste plus d'escalier pour pouvoir se mettre à genoux, elle reste donc debout. En tant que fidèle utilisatrice du lavoir elle s'occupe de le nettoyer plusieurs fois par an et avec l'aide de son mari, elle le vide et brosse les bassins afin d'en ôter toutes les impuretés. Pourquoi alors se donner tant de mal à faire ce travail de longue haleine quand sa machine à laver, flambant neuve, reste inactive à la maison ?

A cette question, elle répond sans hésiter que "certes la machine c'est pratique mais finalement, elle ne lave pas aussi bien qu'une spécialiste." En fait, elle ne se résout pas à abandonner son lavoir et son passé. Ce n'est pas un travail mais une passion. Elle conclut en disant qu'elle a toujours lavé son linge au lavoir, qu'elle aime ça, qu'elle l'a toujours fait et que rien ne pourra la dissuader de s'arrêter.

Renaison. Les eaux du Renaison étaient appréciées des lavandières. Puis des industries textiles. "Ni calcaire, ni ferrugineuse, elle assure un lavage efficace des fils de coton (des fils simples non retors) ", souligne Violette Blanc, la bien nommée, dans un article paru dans un ouvrage collectif consacré à Roanne (2000)

Les grandes manoeuvres: bateau-lavoir à Roanne mis en service dès les années 1870 (pub pour le savon coquille)
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