Né à Montbrison en 1533, Loys Papon était le fils de Jean Papon, juriste et lieutenant-général des baillis de Forez (Claude d'Urfé puis Jacques Ier d'Urfé) et qui fut pour Honoré d’Urfé le modèle du druide Adamas dans son Astrée. Catholique fervent, chanoine à Notre-Dame d'Espérance, dans sa ville natale, puis abbé de Marcilly, Loys anima, tantôt dans le château de Goutelas hérité de son père(1), tantôt à la Batie d’Urfé, un petit cercle littéraire. Il écrivit des tragédies, un poème dictatique Traité des ris, et une Epistre à Tres Illustre Princesse Loyse, Reyne de France.
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L’œuvre évoquée ici avait pour titre complet Pastorelle sur la victoire obtenue contre les Allemands, reytres, lansquenets Souysses et François, rebelles à Dieu et au Roy très chrestien, l'an 1587. Le genre de titre comme son époque les aimait, dont aujourd’hui on oublie le début quand on arrive à la fin ! La Pastorelle avait pour but de fêter la victoire catholique d'Auneau, remportée par Henri de Guise sur les protestants le 24 novembre 1587. Le Royaume de France était alors la proie des factions catholiques et protestantes. A Auneau (Eure-et-Loire), deux mille reîtres allemands furent promptement occis par les soldats du balafré Henri de Lorraine, Duc de Guise (2). La victoire fut célébrée dans tout le petit monde ultra-catholique auquel appartenaient la famille d'Urfé et Loys Papon. Ce dernier avait d’ailleurs un compte à régler avec les reîtres. En 1576, au Crozet, dans le nord de notre département, la maison familiale avait été saccagée par un corps de troupe suisse.
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Clou du spectacle : l’embrasement d’une pyramide qui « rendit fort belle flamme, plaisante clarté et odeur agréable », et autour de laquelle petits bergers et bergères foréziens dansèrent « avec une telle dextérité qu'il était impossible de faire mieux. »
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La célébrissime voûte armoriée de La Diana, que l'on distingue bien sur la gravure
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Selon l’article de l’Abbé Dorna que nous reproduisons ci-dessous, publié en 1949 dans la revue Reflets foréziens (n°3), le texte original de cette œuvre a été découvert en 1833, dans la bibliothèque Harléienne, à Londres, par M. Michel, et publié par M. Yéméniz. La Société Archéologique de La Diana en possède une copie. Loys Papon, influencé par Honoré d’Urfé, écrivit sa pièce dans le style de ces « Bergeries » que l’Astrée devait mettre à la mode. L’œuvre – dit le chantre des Amis du Vieux Saint-Etienne – « est écrite dans ce style ampoulé de l’époque. Le poète « pindarise » et farçit son texte du fatras mythologique cher à la Pléiade. » Le document comporte aussi, notés par l'auteur lui-même, une description de la salle et un compte rendu de la fête qui donnent des renseignements très précieux. Elle est en outre illustrée d’une gravure qui représente la salle et la scène.
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Le premier essai d’opéra en France
Montbrison 1588
Si la tragédie fut « informe et grossière en naissant », on peut bien en dire autant de l’Opéra. Cette forme de l’art dramatique, dont la musique et la danse constituent les principaux éléments, ne s’apparente pas du tout avec le drame antique où cependant ceux-ci avaient une large place. De même que, lorsqu’on recréa le Théâtre classique, on dut passer par des stades successifs avant d’en trouver la forme définitive, ainsi pour l’opéra. Ce n’est qu’après des essais et des tâtonnements nombreux qu’on put, en 1672, déterminer la structure de ce genre dramatique. Dans cette évolution, la manifestation dramatique du 27 février 1588, à Montbrison, marque une étape décisive.
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Dans Le Jeu de la feuillée, Adam de la Halle (ou Adam le Bossu) se met lui-même en scène, et fait confidence au public de tous ses chagrins domestiques, en comparant son sort avec celui des principaux bourgeois d'Arras. Le site sérieslittéraires.org écrit : « Tous les habitants s'y retrouvent et la ville finit par se confondre avec un lieu d'ivresse et de débauche. Tous les Arrageois sont des piliers de taverne ! » (img: bibliothèque d'Arras)
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L’idée d’introduire dans le drame des parties chantées remonte assez haut dans l’histoire du Théâtre. Le premier essai que nous connaissons en France est Le jeu de la Feuillée, d’Adam de la Halle, joué à Arras en 1272. C’est un mélange de comédie, de Pastorale, de revue satirique, d’opéra comique. Le chant se mêle ou se substitue à la déclamation. Du même auteur, Robin et Marion (1282), intérieur au point de vue dramatique, fait toutefois une place plus grande à la musique.
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Le jeu de Robin et Marion, détail d’une peinture de Mstislav Dobuzhinsky, 1907
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Nous allons maintenant assister à ce curieux phénomène : ce n’est pas le théâtre qui va s’annexer la musique, mais la musique qui assimilera le théâtre : l’Opéra procéda du ballet. L’action de la Pléiade ne se borna pas à la poésie. En 1571, Baïf qui s’était adjoint les musiciens Claude Lejeune et Thibaut de Courville créa l’Académie de Musique et de Poésie. Une des principales consignes qu’on y donnait était qu’il fallait, comme l’avait déjà dit Marot, « marier le vers aux accords du luth ». Avec Costeley, Rolland de Lassus et surtout Adrien Leroy, va naître l’ « Air de Cour » et le récit dramatique : première ébauche du récitatif français auquel Lulli donnera sa forme parfaite près d’un siècle plus tard.
Deux des éléments de l’Opéra : le récitatif et l’air étaient trouvés. Le troisième : le ballet ne tarda pas à paraître. Baïf, farci des souvenirs de la Grèce, voulut cadrer la musique sur les combinaisons de la métrique antique et fit du rythme l’ossature de la mélodie. Ainsi naquit l’Air à danser. La formule se généralisa et il en sortit le Ballet. Celui-ci eut un rapide et prodigieux succès et, dans les réjouissances de la Cour, il prit bien vite une place considérable.
En 1581, paraît Circé, Ballet comique de la Reine (3). Sortant des chemins battus, l’auteur Beaujoyeult, au lieu de s’en tenir aux évolutions chorégraphiques, dramatise le ballet. Il prend un thème, une intrigue qu’il développe et trouve qu’il convient de mêler la musique et la comédie « ensemblement et diversifier la musique de la poésie et entrelacer la poésie de musique et le plus souvent les confondre toutes deux ensemble ».
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Marguerite Fournier, dans un numéro de Village de Forez a évoqué les portraits que l’on voit sur cette gravure : « Sur des pièces de tapisseries descendant du haut de la voûte, se trouvaient les portraits "grands selon la nature", du roi, de la reine, des princes et des Guise... D'autres portraits plus petits représentaient les personnages illustres du temps... »
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Circé toutefois n’était encore qu’un ballet qui se donnait de plein-pied dans la salle et où les musiciens costumés se mêlaient aux acteurs. La Pastorelle de Loys Papon, représentée le 27 février 1588 à Montbrison, synthétisa les travaux antérieurs et donna la forme rudimentaire sans doute, mais déterminée, de ce que devait être l’Opéra : acteurs déclamant et chantant en scène, ballets, orchestre séparé des acteurs, rideau se fermant pour marquer les épisodes du drame. Il y a « un théâtre de seize pieds de hauteur avec dégagement à l’arrière pour les entrées et sorties des acteurs. La scène est fermée par deux rideaux qui, se tirant par les deux bouts, bouchaient cette magnificence pour n’être ouverts que lorsque, au son des hautbois et autre musique, les acteurs entraient sur le théâtre, et dès qu’ils rentraient, la scène finie, le rideau était resserré par hommes exprès à cet office. L’orchestre composé de hautbois et autre musique était logé à l’un des côtés sur un échaffaud, à main droite, pour ne donner ou recevoir empêchement. Les acteurs étaient huit beaux enfants musiciens,vestus en bergers et bergères de satin et taffetas… et trois adolescents . Le spectacle dura cinq heures, l’on introduisit par cinq fois huit acteurs d’une comédie italienne qui chantaient, chacun d’eux à part, une chanson pour faire preuve qui avait la plus belle voix ».
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Tels sont les renseignements que nous donne le Discours explicatif de la représentation et que l’on peut trouver sur la gravure. Qu’était l’œuvre elle-même ? Il est difficile de savoir qui fut l’auteur de la musique. Papon prit, très probablement, celle des maîtres à la mode, Le Jeune et Mauduit, et y adapta sa poésie ; le procédé était courant. Quant à l’orchestre, le texte que nous avons ne nous en donne qu’une description sommaire. On parle de « Hautbois et autre musique ». Orchestre très primitif où les instruments se partageaient les parties du contrepoint et parfois même se mettaient tout simplement à l’unisson de la mélodie. Ce n’est en effet, qu’en 1609, sous l’influence de Montaverde, qu’apparaît un véritable orchestre symphonique.
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Dans la gravure, on voit une trompette avec des hautbois de différentes tailles ; il y avait certainement des instruments à cordes. L’originalité de la manifestation artistique de 1588 consiste surtout dans la séparation de l’orchestre d’avec les acteurs et chanteurs, en même temps que sa place, non pas dans une fosse comme actuellement, mais « sur un échaffaud ». Il joue, dès lors, son rôle d’accompagnateur et dans les mouvements scéniques, il exécute une sorte de musique de scène. Cet ensemble constitue bien une ébauche d’Opéra. Nous ne croyons pas qu’il y ait eu, antérieurement à La Pastorelle, d’essai se rapprochant davantage de la forme de ce genre que fixera Lulli, près d’un siècle plus tard. Et puisque cette tentative eut lieu en notre pays de Forez, il convenait d’en faire mention.
L. Dorna.
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(1) En Juillet 2001, le Centre Culturel de Goutelas a donné une seconde représentation de La Pastorelle.
(2) Cette victoire apporta une telle notoriété au Duc de Guise qu' Henri III le fit assassiner un an plus tard.
(3) Premier grand ballet de cour donné en France, en octobre 1581, dans la grande salle du Petit-Bourbon à Paris.