| La Charité |
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| Écrit par FI |
Caritas, Amour, La Charité: depuis 1682 une idée et un lieu au coeur de Sainté. Découvrons son histoire et quelques-uns de ses secrets.
Au musée des Amis du vieux Saint-Etienne se trouve une pièce d’art remarquable, un retable en bois du XVIIe siècle de style baroque provenant probablement de l’église de Villars. Le tabernacle du meuble est orné de trois délicates sculptures de femmes représentant chacune les trois grandes vertus théologales. La première porte une ancre de marine, elle symbolise l’Espérance. Sa voisine porte un voile qui lui masque les yeux et tient un calice dans ses mains, c’est la Foi. Enfin la troisième qui porte un cœur enflammé symbolise la Charité. Si " Espérance " est la devise du Forez et si ses nombreux établissements monastiques ont valu à Saint-Etienne d’être considérée sous l’ancien régime comme une des trois plus importantes paroisses de France, nous pouvons affirmer de même que la Charité fut une vertu particulièrement prisée des Stéphanois. Du Père Volpette au Pasteur Comte en passant par Reine Françon, Mr Comberry et Catherine Mirandon, sans parler des ordres religieux (les Visitandines) nombreux sont les habitants à avoir œuvré pour les affligés, les malades et les démunis. ![]()
L’illustration de cet élan de l’âme le plus visible dans le paysage urbain reste l’Hospice de la Charité, en plein cœur de Sainté, sur l’ancien pré des Minimes entre la rue Michelet et la rue Pointe Cadet. Hôpital gériatrique et centre de convalescence depuis 1979, à deux pas de la place Chavanelle et du quartier St Roch, ce lieu réserve bien des surprises au visiteur curieux.
Le curé Guy Colombet, huile sur toile anonyme faisaint partie des collections du Musée des Amis du vieux Saint-Etienne. Merci à Mr Rivatton, directeur du musée de nous l’avoir aimablement communiqué. Guy Colombet Un prêtre, Guy Colombet, est à l’origine de la fondation de la Charité. Ce Jurassien se dépensa sans compter pour combattre la misère et la maladie. C’est aussi à lui que Saint-Etienne doit ses premières écoles gratuites pour les enfants pauvres ( six à sa mort ). Docteur en théologie, professeur de philosophie à Paris, il fut amené plusieurs fois à prêcher devant Henriette de France, veuve de Charles Ier et reine d’Angleterre. Après un passage à Lyon, il fut nommé curé de la grand’église de Saint-Etienne en 1664 (le 21ème de la ville). Il y resta jusqu’à sa mort le 23 mai 1708. Il fut mis en terre le lendemain dans la chapelle Notre-Dame de la Montat. Détruite en 1862, ses ossements furent transférés dans la Grand’Eglise. Le curé Colombet se mêlait volontiers aux milieux dévots et faisait partie de la Compagnie du Saint Sacrement qui se donnait pour but d’insérer des principes chrétiens dans l’organisation sociale, en somme de moraliser la société. Saint-Etienne, ville ouvrière et frustre lui apparut sans doute comme un terrain de choix pour mettre en pratique ses théories. ![]() Un seul hôpital à Sainté La structure hospitalière stéphanoise à son arrivée laisse à désirer. Un seul hôpital, l’Hôtel-Dieu accueille alors les malades. D’abord installé près de la Grand’église puis transféré en 1510 au Pré-de-la-Foire (la Place du Peuple actuelle), à l’arrivée de Colombet il reçoit aussi des malades dans de nouveaux bâtiments à l’emplacement de la Grand-Poste actuelle sur un terrain offert par Jeanne Roussier, une riche habitante. Ce sont les religieuses hospitalières de Bourg-en-Bresse qui s’occupent des malades depuis 1666 sous la direction de deux chirurgiens. Quant à l’administration, elle est assurée par neuf recteurs choisis parmi les notables. Or un seul établissement charitable est très insuffisant. Le poème de Chapelon " la Misère de Saint-Etienne " témoigne du nombre important de pauvres dans la ville à la fin du XVIIème siècle. D’autant plus que les malades chroniques n’y étaient pas admis et que le grand hiver de 1679-1680 fut particulièrement terrible et engendra chômage et misère. Aussi Colombet se mit-il au travail. Les " Dames de Miséricorde " Des femmes pieuses s’étaient imposées le devoir de porter secours aux malades. L’action du curé Guy Colombet eut pour résultat d’unir leurs efforts. Ainsi naquit l’association des " Dames de la Miséricorde " qui visitaient les malades et qui perdura jusque vers 1696. Colombet organisa des assemblées mensuelles au cours desquelles avaient lieu des quêtes au profit des pauvres et ouvrit une " maison de refuge pour les filles débauchées " surnommée " la Providence " placée sous le patronage de Sainte-Madeleine. Et la première Maison de Charité En 1662, un édit prévoyait dans chaque ville du royaume un " hôpital général " ou de " charité " calqué sur le modèle de Lyon existant depuis 1531. Un projet semblable fut alors évoqué le 28 août 1682 sous la présidence de Monseigneur Lefèvre d’Ormesson, intendant de la justice, police et finances de la ville de Lyon et des provinces de Lyonnais, Forez et Beaujolais. ![]() C’est au curé Colombet que le projet fut confié et le 11 juin 1682 il ouvrait la première maison de Charité et d’aumônerie générale provisoirement installée dans la maison de Mlle Maisonnette, rue Tarentaise ( abandonnée en 1694, détruite aujourd’hui ), financée par les dons incités par les prêches et sermonts du prêtre. Cent-vingt pauvres sont alors accueillis rue Tarentaise. La chapelle n’est qu’une simple pièce de l’immeuble. Saint Roch, non loin, a t-il offert son fidèle compagnon aux malades et aux personnes âgées ? Le Pré des Minimes En 1694, la Charité trop à l’étroit à Tarentaise s’installe dans le Pré des Minimes, son emplacement actuel entre la rue Michelet et la rue de Valbenoite (aujourd’hui rue Pointe Cadet). En 1682 en effet, un dénommé Antoine Blachon avait légué à la Charité une maison et un jardin sis à cet endroit en échange notamment d’une " messe basse dite chaque année, le 19 décembre pour le repos de son âme, messe à laquelle sont conviés les pauvres. " Elle distribue du pain aux pauvres de la ville ; 279 personnes secourues en 1723, 764 pendant la période 1770-1771 etc. En même temps, l’établissement s’occupe des pauvres, des vieillards, des enfants abandonnés*, élevés à l’Hôtel-Dieu jusqu’à l’âge de 10 ans puis à la Charité. Vers 1720, les bâtiments accueillent 120 personnes. Leur vie est faite de travaux et de prières. Les valides travaillent sur des métiers à ruban. La discipline est dure et les registres signalent des " fugues ". Il s’agit bien pour l’ institution de " relever le pauvre par le travail " et Jean Pralong dans son ouvrage consacré à la Charité indique que 62 contrats d’apprentissage étaient effectifs en 1715 dans divers domaines : gravure, cordonnerie, sellerie etc.
Vieillard de la Charité de Saint-Etienne au XIXe, dessin de Meley * Quelques chiffres pour le XIXe siècle d’après le bulletin des Amis du Vieux Saint-Etienne n° 197 : 1807, 94 enfants trouvés, 1810, 139, 1814, 275, 1815, 282 enfants trouvés …
![]() La fontaine de la Charité et la montée d'escalier qui borde la chapelle
Ci-dessous, Saint Vincent de Paul devant la chapelle. A ce propos, il n’est pas inutile d’indiquer la présence, non loin au 171 rue Antoine Durafour, de la Société Saint-Vincent de Paul qui chaque année lance son appel aux dons pour un Noel de partage. Tout au long de l' année, la Société secourt près de trente familles dans le besoin. Pour en savoir plus, la contacter à l’adresse indiquée. ![]() La chapelle
Sa construction fut décidée en 1708. Le terrible hiver de 1709 l’interrompit. Les travaux reprirent en 1739 pour s’achever en 1741. Construite sur un plan rectangulaire et en grès houiller typique de Saint-Etienne elle porte sur sa façade une très séduisante allégorie de la Charité, (une femme qui tient dans ses bras un enfant tandis que deux autres s'accrochent à ses jupes) cernée de deux sortes de macarons sous lesquels sont inscrits les mots Caritas (Charité) et Orare (Prière). Elle est couronnée d’un clocheton carré surmonté d’un dôme d’ardoises. Elle fut flanquée de deux bas-côtés en 1803 et inscrite à l’inventaire des monuments historiques le 7 décembre 1979. ![]() Il faut voir cette chapelle au soleil couchant en été, les reflets des derniers rayons de l’astre donnent à ses pierres une teinte douce et mélancolique qu’accentue encore la vieille horloge rouillée. Et le décor ombragé et serein des abords complète ce magnifique tableau.
![]() ![]() Son intérieur est lambrissé, la voûte est d’arrête et surbaissée. Il s’en dégage une impression de grâce et de bonheur paisible. De chaque côté les tribunes sont soutenues par une double colonnade ionique aux bases de marbre rouge composée de 52 colonnes. L’autel est une superbe pièce italienne de marbre blanc et polychrome financé par Mme de la Veue sur lequel figure un pélican, symbole du don de soi (donc du Christ) et des anges. Les vitraux d’une facture récente et classique, offerts par divers donateurs sont colorés et fort beaux. L’Archange Saint Michel surplombe le visiteur à l’entrée de la nef. A voir encore deux statuettes classées, l’Ange en bois doré, du XVIIIe installé par un ébéniste stéphanois et Saint-Roch, du XVIIe, en bois polychrome. Le calice est classé également. ![]() Le Pélican
symbole de l'Amour du Christ, il nourrit ses enfants avec sa propre chair
Ce splendide petit édifice a bien failli disparaître en 1911, quand fut décidé le transfert de la Charité vers Roassieux mais la grande guerre la sauva.
Devant la Chapelle, au centre d’un jardinet, sur un socle Saint Vincent de Paul porte un enfant dans ses bras. ![]() ![]() L’escalier monumental dans le bâtiment originel du XVIIe siècle, qui jouxte la sacristie derrière la chapelle. C’est l’escalier d’origine avec sa balustrade de bois, classé en 1979 et restauré en 83. La monumentale lanterne est l’œuvre d’un ferronier stéphanois, Alain Bovicelli.
"Elle veille au milieu de nous, La Charité n’aurait sans doute pas vu le jour sans les nombreux dons qui participèrent à sa fondation. Cette tradition ne se démentit jamais. Nous avons déjà évoqué le don d’Antoine Blachon mais bien d’autres suivirent son exemple et en premier lieu le curé Colombet lui-même qui à sa mort légua certaines sommes. Citons encore Mlle Gabrielle de la Veue, bienfaitrice de la Charité dont le portrait demeure au Musée du Vieux Sainté et qui en 1740 fit don de sa propre maison rue Roannelle aux Sœurs des petites écoles et fît bâtir la chapelle Saint-Ennemond à Polignais. C’est à elle encore que la chapelle de la Charité doit son autel en marbre, installé le 29 novembre 1748. Cette tradition bienfaitrice s'est perpétuée durant des siècle, témoins les plaques que l'on peut voir aux abords de La Charité, de la fac de lettres ou encore celle qui indique rue Philippon sur une vieille bâtisse : " léguée aux Hospices Civiles par Mr Pierre dit Pétrus Delobre le 2 septembre 1914."
Les années révolutionnaires En 1793, la municipalité imposa aux trente religieuses le port d’un costume " civil " et sur ordre de Javogues il fut procédé à l’inventaire des biens de l’institution. En 1798, le citoyen Pollet, de Lyon indiquait dans une lettre au ministre des finances que les hôpitaux civils du Forez et surtout ceux de Saint-Etienne et Montbrison étaient des " réceptacles de prêtres réfractaires ennemis de la République, fanatisés à l’excès etc. " Cependant, les religieuses de la Charité se maintinrent à leur poste contre vents et marées et grâce à la complaisance plus ou moins tacite des autorités stéphanoises. Bâtiment des Hospices Civils, rue Michelet. Détails du vitrail de verre coloré qu'on peut apercevoir depuis la porte des Hospices, rue Michelet Les Hospices civils En 1929, trois nouveaux pavillons sont construits par les architectes Coste et Lasserre et inaugurés le 13 mai 1933 par le ministre de la Santé Publique Ch. Danielou. La façade est du style art-déco à la mode des années 30. A l’intérieur, la salle d’administration est décorée de trois "fresques" (en réalité des toiles marouflées) classées en 1984. Elles sont l'oeuvre du peintre nabi Maurice Denis, fondateur des ateliers d’art sacré. L'artiste choisi par une commission menée notamment par le père Couturier de Montbrison mit trois années à les réaliser entre 1933 et 1936. Réalisées à Saint-Germain-en-Laye, elles furent inaugurées le 19 mars 1936. Ces toiles sont parmi les dernières de l'artiste.
Détail de la "fresque" du préventorium de Riocreux. Une soeur de l'ordre de Nevers au chevet de jeunes femmes, des cerisiers, un ciel bleu, un décor champêtre. A gauche, une allégorie du bon air pur du col de la République tient dans sa main une branche de pin ou de sapin. Payées 100 000 frs, elles représentent chacune trois lieux de convalescence: l’aérium de la Sablière à la Talaudière pour hommes affaiblis, le préventorium de Riocreux (col de la République) pour jeunes femmes et la maison de cure hélio-marine à Palavas-les-Flots pour les enfants tuberculeux. Les images que nous mettons ici sont extraites du film-documentaire d'André Picon ("Les films du Hibou"): " La visite de la Charité, les fresques de Maurice Denis ", réalisé en 2003.
A gauche, détail de la "fresque" illustrant la maison de cure de Palavas. Allégorie de la ville de Saint-Etienne qui " soigne et suralimente les enfants malades." A droite, allégorie de la fresque du préventorium représentant la radiographie.
Enfants stéphanois sur la plage de Palavas...
...et au réfectoire La Charité dans ses murs renferme d'autres trésors mais ils ne sont pas accessibles au public, si ce n'est lors des journées du Patrimoine. Disons néammoins quelques mots à leur sujet: la salle de réception est meublé superbement. Plancher lustré et meubles vieux de plusieurs siècles, offerts à l'Hospice ou bien ont suivi ici leurs propriétaires. Sur la table, un mortier de pharmacie de près de 25 cm de haut daté de 1683. Il porte gravé les médaillons du Christ, de Saint-Jean, Saint-Pierre et Saint-Paul et trois fleurs de lys. ![]()
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