Parmi la dizaine de villages labellisés "village de caractère" de la Loire, trois sont situés dans les Monts du Forez. Il s'agit de Saint-Bonnet-le-Château, Marols et Montarcher.

Le village de Montarcher - "où tous les vents se donnent rendez-vous", écrivait dans les années 20 M. Bataille dans un bulletin de la Diana - est perché à 1162 mètres d'altitude sur un éperon granitique qui s'avance du nord au sud dans la vallée de l'Andrable. C'est la commune la plus haute du département, peuplée en 2010 de quelque 66 habitants (nommés Archimontois). Son nom proviendrait de montis archerii, le mont des archers. Des premiers habitants qui y vécurent, le village conserve la statue d'une Déesse Mère qui donne le sein à deux enfants. Haute d'une cinquantaine de centimètres, taillée dans le granit, elle fut découverte en 1938 au cours des travaux de restauration de l'église. Celle-ci fut classée cette même année, de même que la croix dite " de Claude Ferrier", à l'entrée du village.

A l'ère gauloise, Montarcher était situé aux confins des territoires ségusiaves, vellaves et arvernes. Sous la domination de Rome, la voie d'Aquitaine (ou Bolène), reliant Lyon à Bordeaux, passait tout près et permettait d'aller à Usson et vers Le Puy.

L'église, devant laquelle se trouve une belle croix datant du XVIIe siècle, était à l'origine la chapelle du château médiéval. Le donjon du château s'élevait juste derrière elle. Il ne subsiste qu'un monticule de terre et de pierres.

On y accède par un perron en fer à cheval. L'église, placée sous le vocable de l'Assomption, se compose d'un choeur roman dont l'abside est voûtée en cul-de-four. Les peintures dans le choeur, mises à jour lors de la restauration dans les années 30, datent du XVIIe siècle.

Edifiée au XIIe siècle, la nef est flanquée de deux chapelles ajoutées au XVe siècle. Dans la chapelle droite se trouve une clé de voûte avec le blason des Rochebaron. Ce blason, «de gueules à un chef échiqueté d’argent et d’azur de deux traits», est aujourd'hui celui de la commune. La famille de Rochebaron fut la maîtresse des lieux de la fin du XIIIe jusqu'au milieu du XVIIe. Avant elle, le Comte de Forez Guy II avait été seigneur de Montarcher (XIIe siècle) puis le turbulent Guillaume de Baffie. Celui-ci s'acoquina avec des brigands et Montarcher lui fut retiré pour être donné à la famille de Saint-Bonnet. Après les Rochebaron, la terre passa aux Crémaux... Dans cette même chapelle, à la fin des années 1970 a également été mise à jour une peinture murale représentant des anges en procession.


Dans la chapelle gauche étaient inhumés les prêtres de Montarcher. Une pierre tombale représente le plus célèbre d'entre eux, Claude Ferrier, revêtu de la dalmatique (chasuble). Montarcher fut érigé en paroisse en 1452. Elle dépendait du diocèse du Puy. Le prieur d'Estivareilles, qui relevait de l'abbaye d'Ainay, nommait à la cure. C'est Claude Ferrier qui créa le cimetière en 1494 (les habitants étaient jusqu'alors mis en terre à Estivareilles) et fit ériger la croix à l'entrée du village, sur laquelle est gravée son nom et qui porte, fait rare, l'année 1497 inscrite en chiffres arabes (et non romains). D'une hauteur de 4,20 mètres, son socle est octogonal. Les habitants avaient l'habitude d'y accrocher une lanterne lors du décès d'un paroissien. Une 3e croix est située en bas du pic, dans le hameau du Peyrot. Elle date du XVIIe siècle.

C'est aussi avec Ferrier que débuta la rédaction régulière d'un registre d'Etat civil, un des plus anciens de France. L'église comporte aussi une magnifique poutre de gloire symbolisant la création du monde.

Des remparts, il reste une porte fortifiée du XVe siècle, en arc brisé, de 2 mètres 50 de haut sur 2 mètres de large. Elle est surmontée d'une archère avec oculus d'une vingtaine de centimètres pour y placer la bouche d'une bombarde ou fauconneau. 


A quelques km au nord-est, situé comme Montarcher sur l'ancienne voie Bolène et le chemin de Saint-Jacques, à 821 mètres d'altitude, Marols comptait 373 habitants en 2010. Dans son ouvrage La France par cantons et par communes. Département de la Loire (Tome 1, 1856), Théodore Ogier notait 939 habitants. Et 391 à Montarcher. Le nom du village serait à rechercher dans le celte et le latin et signifierait "grande clairière". On lit dans le Dictionnaire topographique du département de la Loire que la plus ancienne mention date du XIe siècle (copie du XVIe): Ecclesia de Marollias alias de Marolz. Des moines bénédictins, en provenance de Saint-Romain-le-Puy, placés sous l'autorité de l'abbaye d'Ainay, furent à l'origine de la paroisse, placée sous le vocable de Saint-Pierre. Ils furent remplacés par les chanoines du chapitre de Saint-Just à Lyon. Le château et le mandement sont signalés en 1291. La justice s'exerçait à Saint-Bonnet.

Le village a conservé de ses fortifications plusieurs vestiges imposants. On y entre par une porte fortifiée, aménagée dans le rempart. Quelques dizaines de mètres à gauche se trouve une tour en poivrière et un peu plus loin la poterne. Mais ce qui frappe surtout, c'est l'impressionnante tour de défense accolée au chevet de l'église, dotée de grand mâchicoulis et qui lui donne un petit air de cité des papes. Guillaume Revel ne pouvait la manquer. C'est près de cette tour que se trouve la croix en pierre des Argnats. Des boules sont sculptées sur son croisillon. Les gens atteints notamment de furonculose venaient s'y frotter dans l'espoir d'une guérison. Le mot "argnat" signifiant "furoncle" en patois. Une autre croix, vers l'église, date du XVIIe siècle.


L'église, d'origine romane (XIIe), a été agrandie aux XVe, XVIe et XVIIIe siècles. Comme à Montarcher, le choeur est séparé de la nef par une poutre de gloire, mais ici en fer forgé, qui porte le Christ en croix.

L'abbé Vachet, en 1899, dans Les paroisses du diocèse de Lyon : archives et antiquités, livre quelques temps forts de l'histoire de Marols:

" En 1562, après la prise de Montbrison, un détachement de huguenots se porta sur Saint Bonnet-le-Château. En passant, ils attaquèrent Marols, incendièrent l'église et la tour, et pillèrent les objets précieux.
En 1793, des bandes révolutionnaires vinrent aussi à Marols et commirent toute sorte d'excès ; les cloches et les vases sacrés furent volés, et l'église fut fermée.
Cette chrétienne population de Marols avait, avant la Révolution, donné fortement dans le Jansénisme, et, après le Concordat, dans cette erreur qui fit la petite église ou les anticoncordataires. Il n'en reste heureusement plus rien."

A signaler encore qu'au sud-ouest du bourg, au lieu-dit "Les Rochers", non loin du chemin d'Usson à Montbrison, des fouilles dans les années 1920 ont révélé la présence, dans le sol autour d'un menhir, ou pierre levée, de tessons de poteries et les "substructions d'une enceinte rectangulaire". M. Bataille, déjà rencontré, en a donné la description dans un bulletin de La Diana.

Pour en savoir plus sur Montarcher, lire notamment Montarcher, sommet du Forez, de Jean-Claude Miquet (1979)

> Marols, Village de caractère (Actu, 2008)

> St-Bonnet-le-Château (Encyclo)

Village de caractère:

> Champdieu (médiathèque)


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