| Anciennes chansons du peuple stéphanois |
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| Écrit par FI |
Nous avons mis en ligne dans un précédent article de notre "Encyclo" quelques chansons et poésies évoquant le vieux Pagus, le bon vin et le minois charmant des Foréziennes. Ce second article, qui n'a pas la prétention d'être exhaustif, fait la part belle aux textes chantant le petit peuple stéphanois et la diversité de ses métiers ; quand les chansonniers stéphanois faisaient de l’ombre à leurs collègues parigots. Il évoque en particulier le monde ouvrier et son histoire locale, souvent tragique. Ici le soleil de l’espérance s’efface parfois dans le noir des fumées et le rouge est souvent la couleur du sang.
Chansons et poésies par ordre d’apparition : Poeura Bazanna; L’ouvrière saint-chamonaise; Le forgeron; L’allumeur de réverbères; La plieuse; Les ouvriers-cylindreurs; La chanson des lithographes; Aux C.F.V.E; La chanson du métier; Mineurs de Saint-Etienne; La Ricamarie; La solidarité; La Vierge des opprimés; Le drapeau rouge; Chemin des Dames; J'suis d'la Manu... J'suis Armurier; La Chanson de la navette; Le soir à Montaud
Quelle autre chanson que La Bazanna pourrait inaugurer cette mini anthologie ? Cette chanson en patois gaga emblématique évoque les dures conditions de travail du prolétaire stéphanois. La bazanna en patois, la basane, à l'origine, c’est le tablier en cuir de mouton que porte l’ouvrier, en particulier le forgeur ou le passementier. Le terme devient générique pour désigner l'ouvrier, quel qu'il soit. Cette chanson est l’ancêtre de toutes les chansons socialistes de Saint-Etienne. On n’a aucune certitude quant à son auteur, certains évoquent le parolier Georges Boyron. Nous ne la mettons pas ici en totalité mais voici les trois premiers couplets qui furent souvent reproduits sur des cartes postales anciennes :
" Pœura bazanna !
Toun sô ey malhéroû, Tsi sey la granna Que fat loû bion héroû, Au richou prouduzi tout, Vouey-tzin mâ de migranna Que te fara langüi, poeura bazanna ! Pœura bazanna ! Tsi loû salûe tous, Moussûe et dama, Tsi lou respecte tous, Tsi loû veui parmenâ, D’zin ai levant lou nâ, Te manaçant de liô canna Voueyt a tet à cedâ, pœura bazanna ! Les lois de la villa Ant doubla loûs impœu, Gâra la bila Et l’aigua de nôtrun fœu ; Doû lia sû loûs éclots, In soeu ou doû par pôt ; Fœu bère de tzisanna Ou bon te fœu crevâ, pœura bazanna ! …" ![]()
Armuriers de la Tour-en-Jarez
![]() Une description moins misérabiliste, celle de L’ouvrière saint-chamonaise par L.-V Fabre, originaire de Terrenoire :
"L’ouvrière saint-chamonaise
Peut se dépeindre en quelques mots : Elle tient de la Lyonnaise Par sa nature et ses défauts ; Qu’elle travaille sur la soie, Lacets, moulinage ou rubans, Elle a toujours le cœur en joie Qui luit dans ses yeux sémillants. Elle est simple quoique coquette, En jupe grise et corset blanc, Et sous cette mise proprette Elle sait maintenir son rang. C’est in plaisir que sa présence Au logis et dans la cité ; C’est même un rayon d’espérance Tout ensoleillé de gaité.
L’ouvrière de Saint-Chamond
Est bonne fille, Forte et gentille. De vaillante elle a le renom, Le cœur naif, l’esprit fécond, L’ouvrière de Saint-Chamond.
Robuste de taille et jolie,
Le rire aux dents, le chant au cœur, Elle vous plaît à la folie Par sa grâce et par sa fraicheur, Outre son gracieux visage Et son doux regard assassin, Elle a des rondeurs de corsage A troubler l’œil d’un capucin. Elle est l’élite populaire Qui souffre et lutte dignement, Dont le courage est exemplaire Et la conduite également. Si son langage et ses manières Sont un peu libres quelquefois, Elle a les moeurs bien plus sévères Que maintes filles de bourgeois." ![]() L'homme de Bronze se prend pour Apollon Dessin de L. Bauzer, pour la pochette du 33 tours "Chansons dans la ville" (1980, Saint-Etienne à l'occasion de la Quinzaine de la chanson) Le forgeron, chanson de Jean Feuillade (extrait) :
"Le coq au chant clair et sonore
Fait vibrer dans l’air matinal Ses accents annonçant l’aurore ; Chacun connaît ce gai signal.
Aussitôt la forge s’allume
Et ses étincellants rayons, Font une auréole à l’enclume Par d’éblouissants tourbillons Le rythme du chant qu’il fredonne Rend plus léger son lourd marteau, Et bientôt l’acier qu’il façonne Est prêt à passer à l’étau. Sera t-il engin de bataille ? Ou bien l’outil des paysans ? Qu’il soit soc ou lance ou mitraille, Il est le pain de ses enfants. Refrain
Aux lueurs du feu qui pétille
Ce rude et brave travailleur, Frappe en gardant pour sa famille L’espoir d’un avenir meilleur." …
"On a chanté le mineur,
Le travailleur de l’usine ; Mille métiers qu’on devine Ont eu ce brillant honneur ; L’allumeur de réverbères Doit, templiers, chers confrères, Lorsque nous choquons nos verres, Avoir son humble rimeur ; Sachons lui rendre justice : Pour son utile service, Amis, chantons l’allumeur (bis) Vous le voyez, tous les soirs, La démarche cadencée, Zigzaguant sur la chaussée, S’empresser sur nos trottoirs, Rien ne saurait le distraire : Un oubli pourrait se faire… L’abonné propriétaire Le dénonce avec humeur, Alors c’est la réprimande Et quelquefois une amende ; Amis, chantons l’allumeur (bis)"
Une image stéphanoise célèbre. Place Marengo, une jeune porteuse de cartons qui se rend vers un "soyeux" local est immortalisée par l'appareil photo du poète Johannès Merlat (carte postale)
La Plieuse, de Rémy Doutre :
"Je suis Rosine, la plieuse,
Je chante du matin au soir, On me surnomme la Rieuse Aux quatre coins du « Pays Noir ». J’ai seize ans, je suis fort gentille Sous ma fraîche peau de satin, Et sous mon front, mon regard brille Comme l’étoile du matin. Future et digne ménagère Lorsque je livre mes cartons, Il faut me voir leste et légère Trotter de cantons en cantons. Agile, proprette et vaillante Aux plis soyeux de mes rubans, La joie au cœur, j’aime et je chante Comme la fauvette des champs." ![]()
Cette image nous semble rare. Il s'agit d'une toile d'Auguste Berthon (en couleur ) représentant une plieuse et une ourdisseuse. Elle se trouvait, semble-t-il, à la Bourse du Travail qui conserve des fresques en bien piteux état du peintre stéphanois, représentant des mineurs (voir dans notre "Encyclo").
![]() Cylindre avec table de 6 mètres de long, fabriqué aux Fonderies et Ateliers de Terrenoires (1924)
Les ouvriers cylindreurs, d' Elie Girodet, en 1868 :
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"Pour embellir et la brune et la blonde
Reine, ouvrière ou grisette aux yeux doux, Le cylindreur, dont le talent abonde, Les satisfait toutes par ses bons goûts. Pour la rosière, il passe à l’amidon Les rubans blancs dont l’éclat pur attire, Pour tous les cœurs séduits par Cupidon L’apprêt léger charme jusqu’au délire. Le frais ruban pour lui, c’est l’Espérance, Que son nom soit : Gaze, Faille ou satin, De chacun d’eux, il sait toujours d’avance Avec succès quel sera son destin. Pour la danseuse il passe à la vapeur, La réserve est pour toute vieille fille, La paraffine est pleine de douceur Et fait rêver les mères de famille. La moire antique est pour les belles-mères ; Moire française, aux vierges de l’amour, Celle à musique, aux chanteuses légères ; Celle plaquée, aux amantes d’un jour. En laminant, l’ouvrier cylindreur, Fait du métier un galant badinage ; Car ce n’est pas qu’il manque de chaleur,
Nul mieux que lui ne connaît l’enfilage.
Dans leur local, les cylindreurs bons zigues, Forment un groupe en se donnant la main, Pour oublier les peines, les fatigues Et le chômage au triste lendemain. Faisant honneur au bon jus de raisin, Avec amour, ils vident les bouteilles Puis bannissant plus d’un morne chagrin, Par des chansons ils charment leurs oreilles." ![]()
Un ruban à la licorne, image extraite du film Saint-Genest-Malifaux au fil du temps d'André Picon.
Après l’ouvrier cylindreur, voici une chanson (sur l’air des Matelots) à propos des imprimeurs lithographes : La chanson des lithographes, par Mathieu Chapuis. Le lithographe est un ouvrier qui imprime par les procédés de la lithographie inventée par Snefelder (1771-1834). La lithographie consiste à imprimer des dessins tracés avec une encre ou un crayon gras sur une surface calcaire.
"Il est dans notre ville
Au sein de la cité, Une phalange utile Chère à l’humanité. Sous sa noble bannière La Mutualité, Abrite, l’âme altière, Cette Société, Société Dans le vieux Saint-Etienne, Pays noir de charbon, Il faut qu’on se souvienne De cette œuvre en renom. Par l’union fidèle Papetiers et graveurs, Ont fait la Mutuelle
Avec les imprimeurs, Les Imprimeurs.
Refrain Tous les Lithos Gais et dispos, Aiment à boire A la mémoire De Snefelder Et sur cet air, Chantent en chœur En son honneur. Fervents mutualistes, Dévoués citoyens, Estimables artistes, Braves cœurs plébéiens, Quand la misère approche, Combattant pour cela, Sans craindre de reproche Vous criez : Halte-là ! Oui, Halte-là !
Villatte, un prolétaire,
Préside en conseiller, Près du cher secrétaire Et du bon trésorier. Que de groupes austères Ne comptent pas, oh ! non, Des membres plus sincères, Que ceux de Saint-Chamond, De Saint-Chamond."
Les imprimeurs et les lithographes (lithographie du XIXème siècle)
Aux C.F.V.E (Chemins de fer à voie étroite) ainsi qu’aux T.E (tramways électriques), texte anonyme extrait des archives du Musée Georges Stephenson (de la STAS) à Saint-Priest-en-Jarez. Saint-Etienne est la seule ville de France à n’avoir jamais abandonné son tramway depuis ses origines jusqu’à nos jours.
"Nous possédons à Saint-Etienne
Une grande corporation Qui fait, que chacun s’en souvienne, La joie de la population. Les ouvriers de notre ville Ont, pour se rendre à l’atelier, Une superbe automobile. Pendant sept grands jours sans relâche Nous transportons des voyageurs Qui pensent : quelle bonne gâche Que le métier de receveur ! Mais si nous avons les mains blanches, Nous sommes pourtant fatigués Nous turbinons tous les dimanches." ![]() Saint-Priest-en-Jarez, musée du Tranmway
La chanson du métier de Benjamin Ledin rend hommage aux passementiers tisseurs de rêves, extrait :
"A l’œuvre donc ! Courbe ton torse,
Pan, pan ! tic tac ! C’est ton destin ; Ici le goût prime la force, Tisse velours, tisse satin. Frappe battant ; vole navette Votre rythme dolent, berceur, De notre existence inquiète, Nous fait oublier la noirceur. Artiste, tu produis sans cesse Des rubans bleus, rouges ou verts, Dignes du front d’une princesse, Et qu’admire tout l’univers. Si les belles de ces merveilles Se parent, pauvre méconnu, Bien qu’elles attestent tes veilles Tu n’as que le droit d’aller nu. Refrain Tic tac ! tic tac ! C’est du métier La chanson plaintive et légère Qui berce ta longue misère O mon frère passementier !... "
Métier Jacquard de la Maison du Passementier à Saint-Jean-Bonnefonds
Mineurs de Saint-Etienne, par Jules Berthelotet. A noter que le dernier vers de cette chanson - "La flamme du charbon est le flambeau du monde" - figure (à l'imparfait) sur le monument aux mineurs de Roche-la-Molière.
"Le sol a tressailli sous le choc de la poudre.
Mineur aux bras velus, viens mêler tes sueurs A ses suintements coulant comme des pleurs Sur les blocs de rochers démontés par la foudre. La mine a fait son œuvre ; à toi seul de résoudre Ce problème géant des pénibles labeurs ; Sous ton pic, le charbon aux farouches lueurs, Croulant avec fracas, va se réduire en poudre. Alors les wagonnets sur des rubans de fer, Fuyant l’air empesté des gaz acres de soufre, Vont présenter leurs flancs à la gueule du gouffre ; Et toi, noir travailleur, dans ce coin de l’enfer Où la mort te poursuit, creuse la boule ronde : La flamme du charbon est le flambeau du monde." ![]() Mineurs, 1960, La Talaudière En juin 1869, plus de 15 000 mineurs de la région stéphanoise cessent le travail. Il s’agit pour eux de faire reconnaître leurs droits : réduction de la journée de travail à huit heures au fond, dix heures en surface, augmentation des salaires… 400 soldats campent à Saint-Etienne. Le 16 juin, une centaine de mineurs de la Ricamarie s’oppose au chargement d’un stock de charbon. Une quarantaine d’entre eux sont arrêtés et le capitaine Gausserand entreprend de les conduire à Saint-Etienne. Plusieurs centaines d’habitants décident alors de venir hurler leur colère et de libérer les prisonniers. C’est le drame, la troupe ouvre le feu et quatorze personnes sont abattues dont un matru de seize mois à peine. Cette tragédie entrée dans l’histoire sous le nom de « fusillade du Brûlé » eut un retentissement énorme. Zola s’en inspira pour la fusillade de son Germinal. Un chansonnier stéphanois célèbre, Rémy Doutre, composa une chanson, La Ricamarie qui devint pour longtemps le chant de haine de tous les ouvriers de France envers les massacreurs de l’Etat. En voici un extrait. Un article consacré à la fusillade du Brûlé est en ligne: >Brulé.
"Ils réclamaient leurs droits par une grève immense,
Nos courageux mineurs aux traits noirs mais riants ; Plus de bras au travail, donc un morne silence Règne autour de leurs puits, naguère si bruyants. Mais hélas ! tout à coup la fusillade tonne, Puis on entend des cris de douleur et d’effroi !… La poudre est en fumée et le clairon résonne, Onze frères sont morts en réclamant un droit. Soldats, vous avez tué nos frères sans défense, Vous êtes des bourreaux. On a tué l’enfant dans les bras de sa mère, Egorgé lâchement la femme à genoux, Un paisible vieillard qui défrichait sa terre… On parlera longtemps soldats de ce " fait d’arme "… (…) Soldats, quand vous frappez l’ennemi de la France Dans un loyal combat, vous êtes des héros ; Mais quand vous massacrez vos frères sans défense, Vous n’êtes plus soldats, vous êtes des bourreaux." Doutre, qui travailla dix ans dans les forges, mais aussi dans les mines et à la Manu, fut jusqu’à sa mort le chantre des ouvriers stéphanois et en particulier des mineurs. Il ne cessa jamais de défendre leur cause. Depuis 1900, une rue de Sainté porte son nom. Il évoque ici La solidarité des mineurs de fond et écorne encore le prestige militaire :
"Pour arracher le charbon à la terre,
A chaque instant, la mort plane sur eux ; C’est l’eau, le feu, c’est l’odeur délétère, L’éboulement au fracas ténébreux, Qui, tout à coup, viennent ravir dans l’ombre La vie à l’homme, ô comble de malheurs ! Ces accidents sont fréquents et sans nombre Fils de Caïn, bénissez les mineurs. Quand le mineur en sa tâche pénible Soudain entend un cri de désespoir, Il dit : - Grands dieux ! peut-être est-il possible De le sauver. Allons, c’est mon devoir. Combien, pour rendre un père à sa famille, Ont succombé dans d’atroces douleurs ! Le mineur sauve, et le soldat fusille… Fils de Caïn, bénissez les mineurs !" ![]() Illustration de Pierre Zellmeyer pour un 33 tours des années 70
La Vierge des opprimés, c’est bien sûr Louise Michel, l’éternelle révolutionnaire qui vint à Saint-Etienne en 1890 où elle tint une conférence à la Grande Brasserie de Bellevue. A la suite de cette soirée où les anarchistes stéphanois furent nombreux, Louise Michel fut arrêtée. Les bourgeois voulurent l’enfermer dans un asile de fous ! Elle parvint cependant à gagner Londres. Jean Ricard fit tirer à 20 000 exemplaires cette chanson qui se répandit partout :
"Dans tous les temps, des gens sans âmes
Ont raillé gaiement à foison De vrais martyrs, hommes et femmes, Dans l’exil ou dans la prison, Jadis, la horde détraquée Des sots qui fourmillent partout, Traitait Jeanne d’Arc de toquée Et Christophe Colomb de fou ! Dans cet enfer qui la vit naître, Louise apprit, en grandissant, La devise : Ni Dieu, ni Maître Si chère au peuple tout puissant. Dans la lutte qui nous appelle Pour conquérir l’Egalité, On peut ne pas penser comme elle, Mais qu’on honore sa bonté.
Refrain
Respect à la sinistre folle ( ?) Terreur des bourgeois alarmés. La Rouge Vierge des Opprimés ! Elle n’a pas, cette héroïne, Dans un moment de désarroi, Par une vision divine Sauvé sa Patrie et son roi ! On la voit sans cesse à toute heure Quand le péril est menaçant, Pour l’exploité qui souffre et qui pleure Toujours prête à verser son sang ! Pour elle, il n’est point de frontières, Tous les gueux doivent être unis ; Partout, les peuples sont des frères ; Les oppresseurs, ses ennemis. Voilà les crimes de l’infâme Que l’on persécute ici-bas… Tyrans, torturez cette femme, Mais au moins ne l’insultez pas !" ![]() Bourse du Travail, La grève de V. Zan
Thévenin, l’ami de Louise Michel, quant à lui, lança un appel incendiaire avec Le drapeau rouge :
"Pourquoi les femmes sont si belles
Qu’on voudrait toutes les aimer Et dans un fouillis de dentelles Pouvoir toutes les admirer ? Pourquoi voit-on Jeanne Misère ? Pour un peu d’or vendre son cœur ? C’est que fille de prolétaire Elle n’a pas droit au bonheur : Refrain Déshérités, quittez vos bouges Mettez le feu de tous côtés, Faites flotter le drapeau rouge. Le drapeau rouge, C’est le drapeau des révoltés !" ![]()
Soldats stéphanois du 38e RI
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Le chemin des Dames, Gilles Guigneton, Saint-Etienne 1977
"Les empereurs les gouvernants,
nous mènent pour notre malheur sur des chemins couverts de sang. Chemin des Dames… Mais l’histoire prend la clé des champs et s’égare en vagabondant. Chemin des Dames… Dites moi : quel est l’ennemi Est-ce Berlin, est-ce Paris ? Est-ce au nom du grand capital Qu’on nous condamne ? Frère ouvrier, frère allemand, la lutte est de tous les instants, sauvons notre âme ! Jehovah s’est fait Belzébuth, pour les yeux d’une grande pute qui nous éventre et nous décharne, comme la guerre.
J’entend les usines ronfler,
soldat crève dans ta tranchée les tripes en l’air… Je vous ait vu jeunes conscrits partir la fleur au fusil à quatre pas de la victoire sourire aux lèvres et vos noms en lettres dorées aux monuments seront gravés la vie est brève… Toi ma femme que j’ai laissé, on t’a forcé à travailler pour faire des obus, des fusées, travail infâme ! Avec tes deux mains en charpies, méritante de la Patrie je te proclame. Syndicalistes généreux, vous qui allez de ville en ville pour épauler les miséreux, on vous déporte, les gendames vous expédient bien vite au coeur de la tuerie, solution forte…
Et vous les filles de l’arrière,
on vous a vu jambes en l’air pour des planqués permissionaires. Gentilles dames ! C’est un peu la morale qui flanche mais la guerre a ses exigences, comme une femme… Où sont donc les lendemains qui chantent, où sont les beaux refrains ? Bon Dieu qu’il est long le chemin, chemin des Dames… Mais l’histoire prend la clé des champs et s’égare en vagabondant. Chemin des Dames…" ![]() Atelier d'une boulonnerie de Firminy (Sté Anonyme de Boulonnerie de la Loire) 1923 J'suis d'la Manu... J'suis Armurier La Manu c'est la Manufacture d'Armes, pas Manufrance (ex manufacture des armes et cycles). L'auteur de cette chanson célèbre et narquoise est le maire Benjamin Ledin. Elle date d'avant 1927. " Quoi ! Vous parlez d'apprentissage Pour tenir pror'ment l'outil, Etr'd'un métier, forge ou tissage, Construire un mur, faire un fusil. Ce ne sont là que turlutaines; Moi, d'un bond j'franchis les débuts; Sans l'avoir appris, par centaines, J'fabriqu' les canons, les obus Avez-vous cent sous à parier ? J'suis d'la "Manu", j'suis armurier. En m'embauchant, le contremaître Comm' tourneur, m'demanda l'essai, Le pauvre, il ignorait peut-être Que j'avais "tourné chez Mazet" Tourner, tourneur, mots à la mode, Le tour ça fait bien pour s'cacher; Tourner en rond, c'est fort commode, Et ça vous évit' de marcher ! Partir au feu ! je m'fais prier... J'suis d'la "Manu", j'suis armurier. Des états que je fis naguère, Je me perdrais dans le total, Mais celui que je tiens d'la guerre M'rapporte, c'est le point capital. Travaillant peu, j'm'enrichis vite, J'fais des cent, des mill' comme on dit; Pour vous l'prouver, je vous invite A boire une chopine à crédit. L'an dernier, j'étais teinturier, J'suis d'la "Manu", j'suis armurier. Quand ceint d'la basanne à bavette, J'tissais le ruban soyeux, Entre les peign's et la navette, J'ne passais que des jours joyeux. J'avais beau bien soigner les coupes, Il manquait toujours du battant, J'étais le chevalier à trois soupes, Ventre vide et coeur mécontent. Sur la basan', j'ai mis le tablier, J'suis d'la "Manu", j'suis armurier. Ma fille aimait un commis d'barre, Qui l'aurait prise pour la dot, Hélas ! l'sort nous fut barbare, Et j'attends encor le gros lot. J'dis à ma p'tit': ça me chagrine, Mais faudra qu't'en prenn' ton parti, Tu coifferas sainte catherine; Faut' d'argent, l'époux est parti ! Maint'nant, j'vais pouvoir la marier, J'suis d'la "Manu", j'suis armurier. Armuriers, mon propriétaire, Mon marchand d' vins, mon épicier, Mon chef d'orchestre et mon notaire, Mon bandagiste et mon huissier. Jamais, paraît-il, l'armur'rie N'avait eu semblable succès, Aussi, qu'un d'ces jours la patrie Réclam' l'appui d'tous les Français. On les entendra tous crier: J'suis d'la "Manu", j'suis armurier." ![]() On doit encore La Chanson de la navette à Benjamin Ledin (avant 1927) " On n'entend plus ta chansonnette, Dans le ramage du métier, Dormirais-tu, douce navette, Quand chôme le passementier ? Va ! va ! ma petite navette, Va ! va ! le bon temps reviendra. Aux temps fortunés de la "presse" Du jacquard, de l'envers-satin. Contemplant ta vive caresse, Il fredonnait dès le matin: Va ! va ! ma petite navette, Va ! va ! le bon temps reviendra. Si le batant, en claquant, brame, Sa plainte de souffre-douleurs, Alerte, tu sèmes ta trame, Dans la chaîne aux vives couleurs. Va ! va ! ma petite navette, Va ! va ! le bon temps reviendra. La mode, hélas ! est bien volage, Nous n'avons plus de "chargement". Pour les fuseaux et l'enfilage, Rien à faire en ce dur moment ! Va ! va ! ma petite navette, Va ! va ! le bon temps reviendra. Peut-être qu'un jour l'Amérique Voudra de nos brochés en vrac; Alors, de nouveaux, la fabrique Retentira de son tic-tac. Va ! va ! ma petite navette, Va ! va ! le bon temps reviendra. Espérons, ma frêle navette, Confidente des travailleurs, Que reviendra ta chansonnette Avec l'aube des jours meilleurs ! Va ! va ! ma petite navette, Va ! va ! le bon temps reviendra." ![]() Maisons de Montaud Le soir à Montaud, un pème d'Antoine Roule (vers 1900) "Coutumes des petites villes, Où tout le monde se connaît, Jours bien occupés, nuits tranquilles, Maisons calmes, verts jardinets, Coins de cités, coins de villages, Plaine ici, là flanc de coteau, Riche et pauvre y font bon ménage: Voilà le pays de Montaud. Quand toutes les taches sont faites Au magasin, à la Manu, Quand jacquards et tambours arrêtent Leurs battements, le soir venu, Sur le trottoir les gens apportent A la main leur bichon fumant Et, s'asseyant devant les portes, Mangent la soupe en bavardant. Les nouvelles de la journée Vont de bouche en oreille alors: Chez Pierre, une fillette est née, Chez jacques, le grand père est mort; Jeanne a mis une robe neuve, Jenny fait voilette... hein, quel saut ! Et Pauline, la jeune veuve, Quitte le deuil deux mois trop tôt. Gaîtés, douleurs, amours, disputes, Tout ce qui pleure ou rit chez l'un Se sait chez l'autre, s'y discute, Et chaque coeur bat pour chacun. Tout à son écho dans la rue: C'est pourquoi, rien n'étant caché, Toute détresse est secourue Et tout bonheur est partagé. A-t-on vu le nouveau vicaire ? Et patati et patata, Et c'est la grèv, et c'est la guerre, C'est le ruban qui reprendra. Et c'est parfois, grave ou cocasse, Un récit cent fois répété Que fait, avec l'accent d'Alsace, Un vieil armurier retraité. La soirée est suave et claire, On jaserait toute la nuit, Mais les bambins assis par terre, Baillent de sommeil et d'ennui. Chacun regagne sa demeure: Demain,il faut se lever tôt; Justement, voilà que dix heures Sonnent au clocher de Montaud..." |
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