Avant les envolées lyriques, quelques infos. D’abord nous remercions la Diana, société d’histoire et d’archéologie de la Loire de nous avoir autorisé à mettre la photo du blason des Damas de Couzan gravé dans la pierre de la capitainerie du château. Elle nous a peut-être permis de ne pas aller choper un rhume dans le Haut-Forez. Ensuite nous rappellons que la Diana reçoit chaque année des volontaires pour effectuer des travaux de valorisation de ce site important dont elle est propriétaire, débroussaillage, pose de rondins, restauration (petite maçonnerie) mais également des fouilles archéologiques. Ces activités auront lieu en juillet prochain et iront de pair avec une découverte des environs et diverses activités. Pour en savoir plus nous vous invitons à contacter les responsables de la Diana via cette page : La Diana ou au 04 77 96 96 14.
Enfin nous vous rappellons que le site de Couzan est ouvert de juin à septembre de 14h30 à 18h00.
En ce qui concerne le monument aux morts évoqué ci-dessous, nous n’avons pas pour l’heure de photo à vous soumettre. Toutefois vous pouvez le voir à cette adresse où figurent de très nombreux monuments commémoratifs des communes ligériennes: Mémorial Web
" Couzan, vaste citadelle, masse de tours blessées, comme des géants dans la mêlée. " Duc de Lévis-Mirepoix, de l’Académie Française, 1962
Au pays d’Aimé Jacquet, dans le village de Sail-sous-Couzan et comme dans n’importe quelle des 35 000 communes de France, un monument aux morts rappelle aux enfants d’aujourd’hui le sacrifice des enfants du pays tombés en 14-18. Ce monument de l’artiste Joanny Durand a pourtant une particularité qui le fait remarquer au premier coup d’œil, sa symbolique médiévale. Regardons de plus près le bas-relief: un poilu est allongé qui semble dormir sereinement une main sur son cœur et le casque encore vissé au crâne. Sous son corps deux blasons, un qui porte une croix ancrée, un autre qui montre le V de la Victoire surmontée de la croix de Lorraine. La Lorraine elle est encore debout à droite du " dormeur ", en armure. C’est Jeanne d’ Arc qui tire son épée comme pour rendre hommage au poilu de Couzan. Aux pieds du soldat, un autre chevalier est debout, il tient la lance et l’épée. Il regarde l’homme couché. Qui est ce guerrier à l’air farouche ? Il suffit de connaître le blason qui lui est proche, celui à la croix. C’est celui d’une très grande lignée forézienne, la famille des Damas de Couzan. Celle qui érigea l’impressionnante forteresse qui porte son nom, là-haut au dessus du village sur son nid d’aigle, au dessus du soldat étendu.
Illustration: la croix des Couzan, "ancrée de gueules" (rouge aux branches recourbées), elle aurait été tracée avec du sang par Godefroy de Bouillon sur l'écu d'un sire de Couzan blessé à la croisade.
L’origine de cette forteresse médiévale, la plus imposante du Forez grace à sa triple enceinte, se perd dans les brumes du temps. Sans doute déjà sous la " Pax Romana " imposée au monde, un poste de garde devait y surveiller les forêts et les gorges alentours, derniers refuges du pays celte. Une tradition évoque le siège de la forteresse par les Arabes dans leur marche vers Poitiers au VIIIème siècle. Alors qu’il ne restait plus qu’un dernier pain aux assiégés, ceux ci le jetèrent vers les Sarrasins qui levèrent le camp convaincus qu’il restait aux chrétiens attaqués des vivres en abondance.
Mais officiellement Couzan est né de l’anarchie féodale qui suivit la dislocation de l’Empire de Charlemagne et c’est avec Hugues Damas, un seigneur de Bourgogne apparenté à Robert II, second des Rois capétiens et à Saint Hugues de Cluny que débute son épopée. C’est lui en effet qui entreprit d’y élever une véritable forteresse qui allait défier longtemps les Comtes de Forez possesseurs de Cervière et de Rochefort (et qui firent élever le superbe château de Chalmazel pour tenir à l’œil ce remuant voisin), les seigneurs de Beaujeu (qui tentèrent en vain le siège de la forteresse), les Auvergnats d’Olliergues. Et à dire vrai, il n’y a guère qu’aux Rois de France que la fière forteresse ne s’avouera " jurable et redevable ", justifiant la devise des Damas de Couzan " Et fortis et fidelis ". Même si Hugues III Damas prêta enfin hommage au Comte Guy IV de Forez en 1222.
Illustration ci-dessous: le bénitier de la chapelle St Saturnin aux pieds des remparts et son visage figé pour l'éternité.
Et au service du royaume, la liste de leurs engagements prend les airs d’une litanie :
En 1106, Robert, fils de Hugues Damas guerroie en Terre Sainte. En 1190, Robert II est aux côtés de Philippe Auguste devant St Jean-d’Acre. En 1247, Guy Damas participe à la 7ème croisade. Il repose dans l’abbaye de la Ferté-sur-Grosne. En 1309, Amé Damas est le compagnon d’armes de Philippe V le Long. En 1346, Hugues V de Couzan rejoint à Niort ce qui reste de l’armée française décimée à Crécy. Il est à la tête de trois chevaliers et trente-cinq écuyers. Et dix ans plus tard, son fils Guy II est sur les murs de Bourges face à Edouard d’Angleterre, le Prince Noir qu’il défait. Ecoutons Froissard : " Et il y eut grandes escarmouches à l’une des portes ; et là furent bons chevaliers de ceux de devant, le sire Couzan et messire Hutin de Vermelles… "
En 1359 en Auvergne, Guy II Damas de Couzan rejoint le Comte de Forez contre les Anglais pillards de Robert Knolles à la tête d’ une petite armée de 54 chevaliers, 383 écuyers et 800 sergents à pied. Prisonnier des Anglais, le Roi Jean Le Bon et le Duc d’Anjou déboursent un monceau de monnaies d’or pour racheter la liberté de ce " féal et aimé chevalier ". Enfin on le retrouve en 1382 sur les marches de Flandres à la bataille meurtrière de Roosbecke. Ce qui lui vaudra d’être nommé Grand échanson de France, souverain Maître de l’hôtel du Roi et de se voir offrir à Paris un hôtel particulier par Charles VI. En 1401, il devint Grand Chambellan de France.

Ainsi furent les sires de Couzan, d’indomptables guerriers qui servirent sans cesse leur Roi et leur foi. La première famille des seigneurs de Couzan s’éteignit avec Alix de Damas qui par son mariage avec Eustache de Lévis donna naissance à la 2ème, celle des Lévis de Couzan qui conserva le château jusqu’en 1622.
La forteresse est depuis 1932 la propriété de la Diana, la Société Histoire et d’archéologie de la Loire. La propriété ? Hum, peut-être mais Couzan n’en a cure, il jette son regard de pierre et scrute l’horizon. Le pays est à lui et ses murs portent encore la croix ancrée…
Pour en savoir plus : Couzan nous est conté de Henri Bedoin.