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Zell: l'expo Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Rencontre avec un artiste stéphanois qui a fait sienne la devise de Breton: " Ne pas alourdir ses pensées du poids de ses souliers ".
 
 

 

A la Cinémathèque, la ville de Saint-Etienne a fêté un de ses enfants les plus talentueux : l’artiste Pierre Zellmeyer. Le vernissage de l’exposition, qui mettait en lumière le travail polymorphe de monsieur Zellmeyer, était accompagnée de la diffusion en avant première d’un film hommage, Pierre Zellmeyer, illustrateur – poète. Ce beau documentaire de Joseph Machabert et André Picon nous sert ici à évoquer brièvement le parcours de " Zell " et de son talent qui n’a d’égal que sa modestie.

Né à Saint-Etienne d’un père manuchard et d’une mère qui lui donna le goût de la création, Pierre Zellmeyer, enfant, découvre sa vocation de dessinateur en lisant les aventures de Jim la Jungle d’Alex Raymond. 70 ans plus tard, il déclare encore à la ronde qu’ " un peintre qui n’est pas un dessinateur n’est jamais un peintre ".

Ci-dessus, Pierre Zellmeyer et quelques uns de ses célèbres matous

A 19 ans, il signe sa première caricature, plus de 15 000 autres suivront. Certaines sont inspirées par le derby. J’en retiens une : Jean Snella, la pelle à la main, fossoyeur d’une équipe lyonnaise cadavérisée. Dans les journaux, il croque aussi les chroniques de son compère Pierre Perrin que les Stéphanois connaissent mieux sous le nom de Pétrus. De ce travail en duo où les mots savoureux du parler gaga du Pétrus (gandous, gambelles et autres gandoles) côtoient les dessins décalés de Zell, naîtront plusieurs compilations: Le petit gaga illustré, puis La famille du Pétrus, La terreur des Gargouillous

Zell et le Pétrus, une vieille complicité

Disciple de Fernand Léger, son œuvre de peintre (bien qu’il s’en défende : " je suis un illustrateur essentiellement ") est marquée par la géométrie des formes, la valse des couleurs, souvent chaudes. Ses scènes de cirque (?), ses " mains musiciennes " ou encore " Le musicien " du Norway attirent le regard, séduisent, adoucissent. Mais Pierre Zellmeyer a connu aussi les heures sombres de 1944 quand les bombes ravagèrent la cité. Certaines de ses compositions témoignent avec force de certains souvenirs pénibles. Ainsi, cette jeune fille nue, blanche comme la craie au milieu des débris de la ville noircie. Ou encore cet aigle noir survolant les crassiers et les cheminées d’usine. Ici, ce n’est pas celui de Barbara mais plutôt un de ceux que Gerald Scarfe a mis aussi en scène dans The Wall.

Le Cygne musique

Le film met aussi en exergue la modestie de l’artiste (" Quand tu vois Osman Sow, t’es tout petit ") et les liens qui l’unissent à d’autres personnalités de la culture forézienne, vivantes ou disparues. Jean-Luc Epalle ( le premier texte en parler gaga de l’homme de théâtre, écrit à 16 ans fut corrigé par le dessinateur qui est aussi poète et jongleur de mots), Bernard Bajard dont il fut aussi le prof, le regretté Jean Duperray …

Zellmeyer et Epalle, deux troubadours stéphanois

Vous l’aurez compris, ce film n’est pas seulement un hommage à un personnage attachant, c’est aussi à travers lui un témoignage savoureux sur la vie stéphanoise.

Dans le bar Le Norway, le Musicien joue t-il pour les titis parisiens ou les gagas ?

Pierre Zellmeyer, illustrateur – poète, dans la série " Mémoires d’hommes "

Un film de Joseph Machabert et André Picon, avec le concours de Jean-Luc Epalle, Pierre Perrin, Gérard Vial…

Chansons de Roland Roche, sur des textes poétiques de Pierre Zellmeyer

Textes dits par Jean Navrot

Les Films du Hibou, 8 avril 2005

Les photos publiées ici, avec l’aimable autorisation de Mr Picon, restent la propriété exclusive du cinéaste. 

 
Écrit par Hervé