| A la découverte des Farlots de Chazelles |
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| Écrit par FI |
Samedi
15 janvier 2005, par un froid de canard à ne pas mettre un lapin
dehors, nous primes pourtant la route embrumée de Chazelles-sur-Lyon,
aux confins du Forez et du Lyonnais. Objectif de notre mission :
visiter enfin son fameux Atelier-Musée du chapeau et tenter d’approcher
un peu le monde des " Farlots ".
A dire vrai, sur la route qui nous menait vers Chazelles, ma concubine et moi, en habitués des musées, savions déjà que nous allions entendre à nouveau des rengaines connues : " Autrefois l’industrie locale qui a fait la réputation de la cité employait des milliers de travailleurs, des artisans de haut-vol… Mais les temps ont changé, les usines ont fermé…" C’est toujours un peu déprimant pour ceux qui s’intéressent au patrimoine et au passé ligérien d’avoir, à chaque fois, le sentiment d’être passé à côté. Mais dès que nous arrivons au musée (qui ouvrit ses portes le 21 mai 1983 dans l’ancienne usine Blanchard), nous prenons le parti de laisser aussi nos états d’âme de côté et de savourer notre plaisir. La visite commence par un diaporama sympathique qui nous conte une histoire générale de la chapellerie locale. Elle ne date pas d’hier puisque la tradition la fait débuter avec les moines-chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ( futurs Chevaliers de Malte, une de leur commanderie exista longtemps à Chazelles) qui auraient ramené de Terre-Sainte au XIIe siècle le secret du feutrage. Les sources écrites les plus anciennes sur le travail du feutre sont les registres du XVIe siècle.
Un siècle plus tard, les artisans chapeliers s’organisent en confrérie sous le patronage de Saint-Jacques. Sa fête, d’ailleurs, était l’occasion chaque année d’une cérémonie; lors d’une messe, des pains bénis étaient distribués (comme lors de la Sainte-Barbe des mineurs) et un chapeau était remis à la statue du Saint. Au XIXe siècle, la concentration industrielle remplace les petits ateliers dispersés et la mécanisation gagne certaines étapes de la fabrication. Au début du XXe siècle, la cité connaît son apogée, son savoir-faire et sa production sont inégalées. Qu’on en juge : en 1930, 28 usines et 2500 ouvriers ! Ses produits s’exportent dans le monde entier. Cinq millions de chapeaux vendus ! Des marques prestigieuses : Fléchet, France… On devine la suite : après-guerre, la mode change, les têtes se découvrent. C’est le déclin, inexorable. En 1997, la dernière industrie, Ecuyer Thomas, ferme ses portes. La Chapellerie a vécu. Mais la chapellerie chazelloise n’est pas morte (nuance) car ce Musée n’est pas un simple lieu de mémoire (et certainement pas un cimetière à chapeaux), c’est aussi un vrai atelier qui travaille à la sauvegarde de ce savoir-faire rare. En son sein, deux artisans, les derniers en France continuent à fabriquer (ce terme est un peu laid, " façonner " peut-être ?) des chapeaux de luxe vendus dans la boutique du musée aux élégants étrangers. Le Musée-Atelier organise aussi des stages de formation et perpétue les techniques des " farlots " chazellois (" farlots " en patois signifie " Fiers et Libres ", une allusion à une organisation du travail des ouvriers, moins drastique que dans d’autres métiers, et qui leur laissait du temps libre ).
Des formes, de la couleur, de la matière...
Mais continuons la visite. Elle est faite d’un mélange de projections vidéo et d’explications devant des machines-outils surprenantes. Le visiteur " apprend " ainsi le processus de fabrication d’un chapeau, des poils de lapins ou de lièvres jusqu’à la pose finale des rubans et autres décorations. Soufflage qui nettoie les poils, bastissage (et voilà notre pelage en forme de gros cone ou cloche via une aspiration et un arrosage d’eau chaude), semoussage (les cloches deviennent plus consistantes), foulage (réduction des cloches et feutrage définitif), teinture, appropriage (sur un moule de bois, la cloche prend sa forme), bichonnage (le feutre brille !) et enfin garniture. Le chapeau est achevé et il est superbe. Fastoche !?
La visite s’achève avec la découverte d’une collection superbe de coiffes d’hier et d’aujourd’hui, certaines signées Cardin, Ricci ou Paco Rabanne. Capotes de paille, canotiers, casquettes, bibis, chapeaux de deuil, coiffes ecclésiastiques, toques de manitous de la grande cuisine, faluches estudiantines, tartes alpines et autres bachis de matafs. Certaines ont couverte des têtes bien remplies ou bien faites. Ainsi le légendaire bonnet rouge du commandant Cousteau, une coiffe blanche de la princesse Grace de Monaco (Grace Kelly), le couvre-chef noir de " tonton " (fabriqué à Chazelles), le gibus du président Loubet malmené à coups de canne pendant l’affaire Dreyfus, le chapeau de Fernandel, celui de Jean Marais dans le film Les Misérables, casquette de Poulidor, petit chapeau de l’humoriste kabyle Fellag, fabriqué aussi dans les Monts du Lyonnais …* Ajoutons enfin qu’une expo temporaire proposait un bel éventail des créations de l’artiste-modiste anglais David Schilling.
Des collections étonnantes, des surprises de tous les côtés...
* Note: Un seul regret, l’absence du bérêt de Faye Dunaway dans Bonnie and Clyde d’Arthur Penn, ça vous fait sourir ? Pas moi, car il n'y a rien de plus beau sur terre qu'une belle femme portant un bérêt. Infos pratiques : _Ouvert toute l’année, tous les jours sauf le mardi de 14H à 18H, en Juillet-Août, ouvert également le mardi, dimanches et jours fériés de 14H 30 à 18H 30. Visites guidées tous les jours et démonstrations de chapeliers, tous les jours + trois premiers dimanches du mois. _ Pour les tarifs et les stages de formation 2005 ainsi que les expos à venir consultez le site internet du musée ou téléphonez au 04-77-94-23-29. _ Pour en savoir plus: La Chapellerie à Chazelles-sur-Lyon, approche technique et historique, E. Bolomier, 1987, éditions Musée du Chapeau. Lire aussi: Borsalino and Co (Actu) |
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