| Faire notre entrée au château de Montrond |
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| Écrit par FI |
L’archevêque
en poussière marche à ma suite. Derrière lui vient la sarabande des
dignitaires qui poussent des vivats hypocrites. Et je mène mon âne
fantôme sous l’arc de triomphe, sans même un regard pour la populace
qui se pâme et me jette des pétales de fleurs. Mais c’est que je
m’interroge ! Que me vaut cet honneur ?.. Oups ! Le soleil est mauvais
dans la plaine cet après-midi ! Je me pose un peu à l’ombre et
j’attends l’ouverture des portes. Là... c'est mieux, il n’y a plus un chat !
Nous
avons écrit un précédent article retraçant, dans ses grandes lignes,
les faits marquants de l’histoire du château de Montrond (voir rubrique
Histoire). Celui-ci le complète et s’attache à faire découvrir un peu
l’édifice et ses deux espaces muséographiques : celui consacré aux
Entrées triomphales des rois et le Musée postal du Forez.
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Dans
le premier, ce sont les enfants d’Albon qui nous accompagnent : le
flamboyant et flambeur Jacques d’Albon, dit le maréchal de Saint-André,
et sa sœur Marguerite, dame d’honneur de Marie Stuart, qui devint
l’épouse d’Artaud d’Apchon, seigneur de Montrond. A travers des bribes
de leur destinée, nous sommes invités à faire connaissance avec une
pratique née à la Renaissance et qui annonçait les fastes de la
monarchie absolue. Il s’agit des Entrées triomphales des rois de France
dont la première, à Lyon, en 1548, fut organisée pour la gloire du roi
Henri II. C'est Jean d’Albon, père de Jacques et Marguerite, gouverneur
de la capitale des Gaules, qui l'a mise en scène. Dans un cadre
Renaissance, à travers un petit film, des enregistrements audio et des
dessins, le visiteur approche l’aspect hautement symbolique et
politique qu’elles revêtaient: manifestation de la puissance royale,
communion du Royaume de France, exaltation des vertus antiques et de la
religion catholique.Après celle orchestrée par Jean à Lyon, d’autres Entrées royales furent mises en scène par d’Albon-fils, à Rouen et autres lieux. Très proche ami d’Henri II, le maréchal, gouverneur du Forez, du Beaujolais, du Duché d’Auvergne… devait cumuler les charges, les fortunes et les honneurs. Les dettes aussi, car il ne se contenta pas de faire honorer son roi et prit à cœur de faire ses propres entrées dignes d’un monarque. Ainsi à Lyon, en 1550, il entra dans la cité qui déballa tout le décorum : allégories en carton-pâte, arcs de triomphes, défilés, feux d’artifice... Il est vrai qu’il avait fait miroiter aux gones certains avantages fiscaux. Un mois plus tard, sa sœur et son beau-frère lui organisait à Montrond une petite fête sympathique avec dîners, concerts, feux d’artifice et, cerise sur le gâteau, reconstitution de l’attaque des murailles par les habitants, avec de vraies flammes et de vrais morts. Temps cruels où l’Antiquité renaissante faisait aussi revivre les jeux de guerre. Le roi Henri II lui-même en fera les frais, une lance embrochant son œil jusqu'au cerveau dans un tournoi.
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Les
salles aménagées nous font suivre aussi le tour de France 1564-66 de
Catherine de Médicis et de son fils Charles IX. Des tapisseries
relatent brièvement l’histoire du château. A noter aussi, la
reproduction d’extraits de l’inventaire ordonné par le roi Henri III en
1575 (voir article Une sentinelle dans la plaine),
dressé par Jehan Allier et qui nous donne de précieux renseignements
sur le mobilier du château, ainsi que nous le verrons plus loin.
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Le
château est longtemps resté à l’état de ruine après le passage de
Javogues en 1793 et des démolisseurs qui lui succédèrent. En 1932, F.
Gonon écrivait tristement : "Après
tout ce bruit, la grande ruine est aujourd’hui muette pour toujours… La
butte qui porte les ruines fut ébréchée naguère pour laisser passer les
trains de la ligne Lyon-Montbrison, dont les panaches de fumée
s’envolent au-dessus des tours de la vieille forteresse, rançon du
progrès et du temps qui marche."
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Ce
que Mr Gonon n’avait pas envisagé, c’est qu’un jour, le château
renaîtrait de ses cendres grâce à un groupe de passionnés. En effet, en
1969, l’Association des Amis du Château de Montrond entreprit de rendre
un peu de vie à la sentinelle de pierre. Elle obtint de la famille de
Prunelé, propriétaire, un bail de 50 ans pour y entreprendre des
travaux de restauration. Plusieurs campagnes de déblaiement allaient
suivre, qui permettent aujourd’hui de se faire une idée de l’aspect
général du château et de son système défensif.
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Entrée du site: première enceinte
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Deux
enceintes entourent le château. La première est polygonale et très
visible ; elle contourne tout l’édifice. C’est par la poterne de son
entrée nord que le visiteur accède au site. La seconde a été construite
au XVème ou au XVIème siècle. Elle « chemise » le château propement
dit, et comporte quatre tours pleines et tronquées qui étaient
autrefois reliées par des courtines. Leur sommet forme une sorte de
terrasse sur laquelle le château s’élève.
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Vue sur la poterne d'entrée depuis les remparts du château
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Façade nord: fenêtres à croisées et à meneaux. Celle d'en haut donnait
sur les chambres, elle est surmontée de la sculpture d'un bras de force
armée d'une masse d'arme ou d'une hache. Sur cette façade, se lisent
aussi les initiales A.M. pour Arthaud de Montrond (Arthaud d'Apchon,
époux de Marguerite d'Albon). Et bien sûr le Dauphin de Forez qui
domine le tout.
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Le
château formait un quadrilatère irrégulier dont il manque aujourd’hui
toute la façade sud. Il manque aussi tous les murs intérieurs, à
l’exception de la Tour Renaissance (dite aussi Tour carrée) qui fait
poterne à l’ouest et de la masse du donjon à l’est. Le visiteur suit le
glacis incliné qui mène vers l’entrée, puis traverse la "Tour
Renaissance" par la poterne et la contourne pour se trouver devant la
porte d’honneur qui donne accès à l’intérieur du château. Cette porte,
dans le style Renaissance, est supportée par deux pilastres cannelés
couronnés par des chapiteaux corinthiens. Dans son tympan figurent les
armes de la famille d’Apchon, « d’or semé de fleurs de lys d’azur »
(autrement-dit jaune parsemé de lys bleus - c’est aujourd’hui le blason
de la petite ville), supportées par deux lions colletés d'un manteau
semé de fleurs de lys et surmontées d’un cimier empanaché. En entrant
dans l’édifice, des enregistrements audio et des panneaux permettent au
visiteur de se familiariser avec les lieux.
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2ème poterne dans la "Tour Renaissance"
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L'entrée d'honneur et à l'arrière plan les restes de la cheminée.
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Tout
de suite à sa gauche se trouvaient les cuisines, éclairées par deux
fenêtres jumellées au dessus d’un double placard creusé dans la pierre
et dont on devine encore l’emplacement. On y distigue aussi deux grands
fours à pain dont il ne reste que la base. Sur le sol, une ancienne
meule qui provient peut-être du moulin situé sur le bief de l'Anzieux
tout proche.A droite, touchant la Tour Renaissance, se trouvait la chapelle. Le visiteur remarquera les deux voûtes d’arêtes et les culots ornés d’angelots sans têtes, ainsi que la fenêtre tréflée qui s’ouvre sur la plaine du Forez. Une chambre se trouvait au dessus de la chapelle et une ouverture (oculus ou hagioscope) permettait à l’habitant de suivre la messe sans quitter ses appartements.
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La chapelle
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La
grande salle à manger et à festoyer, qui occupait la majeure partie du
lieu au rez-de-chaussée, fut dégagée en 1970. Elle était éclairée par
des fenêtres à croisées et à meneaux. On remarque aussi les restes de
la monumentale cheminée qui réchauffait la salle mais aussi l’étage où
se trouvait la salle d’honneur. Au rez-de-chaussée, à gauche de la cheminée, se trouvait la salle d’armes et l’accès aux caves au sous-sol, accessibles au visiteur. A droite du squelette de la cheminée, le donjon qui héberge de nos jours le Musée postal. Daté du XIVe, le donjon mesure 22 mètres et une chemise de 4 mètres d'épaisseur renforce sa base.
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Vue
sur le château depuis le midi. Au premier plan, la rampe d'accès à la
poterne de la Tour Renaissance (à gauche), à droite le donjon et les
restes de la cheminée
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Avant
de le visiter, un mot sur l’inventaire de 1575 évoqué plus haut et qui
nous donne des renseignements sur l’aménagement du château. Mr Bourbon,
qui fut le président de l’Association des Amis du Château a livré dans
le Bulletin de la Diana
n° XLII-5 (1972) quelques indications à ce sujet. Il mentionne entre
autres que, dans son inventaire, Jehan Allier fait référence à 26 lits
avec leurs « contrepoinctes de taffetas rouge et satin jaune en
broderie de fleurs ; toille d’argent à bâtons rompus de velours rouges
et verts frangés de soie bleue et crépins d’or ; brodé de toilles d’or
sur fond de velour blanc avec fentes de velours cramoisi et aussi sept
tentures de cuir… » Il mentionne aussi 168 tapisseries ! Certaines
d’entre elles, « David et Goliath » notamment, furent vendues en 1850.
Le destin d’autres tapisseries (« La guerre de Troie » ou des « Scènes
de la Bible ») semble inconnu, peut-être pillées à la Révolution ou
bien avant encore, enlevées par le Baron des Adrets durant les Guerres
de Religion. Quoiqu’il en soit, l’inventaire confirme la magnificence
dont aimait à s’entourer la famille d’Albon.
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Nous
achevons notre visite du château par le Musée postal. C’est en 1998 que
les Amis du château ont accueilli l’épatante collection de Camille
Marteau, ex-receveur des Postes qui, inlassablement, a collecté jour
après jour toutes sortes d’objets ayant trait aux PTT. Sur les trois
niveaux du donjon, le visiteur est d’abord invité à comprendre comment
les communications se sont développées au fil des âges et à travers les
continents, du Pérou à la Chine, depuis les pigeons voyageurs et les
chevaucheurs royaux jusqu’à la fabuleuse aventure de Mermoz et les
pionniers de l’aéropostale. Il découvre ensuite les objets: boîtes aux
lettres en tôle ou en bois, à portes avants, fixes ou mobiles, fermées
à serrures ou à scelles, uniformes, insignes, figurines, voitures
Majorette vertes puis jaunes, indicateurs de levées, drôles de
téléphones en bois vernis. A noter aussi une machine rare, la première
machine française à oblitérer le courrier. Inventée en 1884, elle resta
en service jusqu’en 1978 et traitait 3000 lettres/heure. A dire vrai,
la visite de ce Musée rénové il y a peu ne figurait pas à notre
programme mais, au final, elle constitua une bonne surprise. Le lieu
est plaisant, les objets sont tous en très bon état et les explications
sont claires et précises.
Bon, il est grand temps pour nous maintenant de faire une entrée triomphale dans notre lit, alors en conclusion, nous espérons simplement vous avoir donné envie de visiter cette vieille vigie. Dans la plaine bientôt, sa silhouette massive se découpera en noir sur l’or des soleils levants…
Visite du château : samedi et dimanche de 14 heures à 18 heures.
Visites de groupe sur rendez-vous. Tel : 04 77 94 50 31. Renseignements : Office de tourisme de Montrond-les-Bains : 04 77 94 64 74. |
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