L'année 1909 vit ses derniers jours. C'est l'heure des rétrospectives. Vie politique, culturelle, économique et sportive... Nous nous sommes attachés à rendre compte le mieux possible des principaux évènements...

Vie Politique et municipale

a) Les parlementaires

On ne se souvient sans doute pas qu'il y a 10 ans, Pierre Waldeck-Rousseau, décédé il y a 5 ans, prit ses fonctions de président du Conseil des ministres. Dix ans plus tard, alors qu'on donne le nom de l'ancien sénateur de la Loire à un square de Saint-Etienne, un autre représentant de la Loire, Aristide Briand, a accédé aux mêmes fonctions. Ceci dit, ni l'un, ni l'autre, ne sont originaires de notre département. Ils sont nés tous les deux à Nantes. C'est à croire qu'ils sont venus chercher dans le Forez le Mont-Gerbier des Joncs. Rappelons au passage que M. Briand s'est attaché les services d'un Stéphanois auquel Mr Adonis Lejumeau a consacré sur nos pages un long article: M. Peycelon (lire). Il a aussi emmené avec lui, en qualité de secrétaire général du ministère de l'Intérieur, le préfet de la Loire, M. Huard, remplacé par M. Brelet, préfet de la Manche.

En avril, un Congrès socialiste s'est tenu à Saint-Etienne. Y ont participé Vaillant, Compère-Morel, Hervé, Allemane et Jean Jaurès. Le fondateur de L'Humanité était déjà venu à Saint-Etienne, il y a 5 ans quand, avec Briand justement (député socialiste de la Loire et pour un bref temps encore secrétaire général du parti socialiste) il inaugura la Bourse du Travail.

Un autre parlementaire, M. Morel s'est particulièrement signalé dans la révision du tarif des douanes.  Jean-Honoré Audiffred, sénateur, a prononcé un grand discours à propos des retraites ouvrières.
Pour ceux qui ont la mémoire courte, M. Audiffred a été en 1894 le rapporteur de la Loi sur les caisses de secours et de retraites des ouvriers mineurs.


Bourse du Travail de Firminy, inaugurée il y a quelques mois

b) Le Conseil municipal Saint-Etienne

Au niveau municipal, l'année qui vient de s'écouler fut marquée à Saint-Etienne par un changement des édiles. De janvier à août, c'est une majorité libérale (municipalité Jean Neyret) qui gouvernait la ville, remplacée par une majorité socialiste-radicale à la suite d'élections complémentaires (municipalité Faure). C'est que le Conseil d'Etat avait décidé d'annuler l'élection de quatre conseillers, dont trois de la majorité.

La première s'est engagée à verser pendant trois décennies une subvention de 12 000 francs pour la reconstruction de l'Ecole des Mines. Rappelons qu'avant de prendre place sur le cours Fauriel, la prestigieuse école, rebaptisée "Ecole nationale des mines de Saint-Étienne" un an plus tôt était localisée, jusqu'en 1927, dans le domaine de Chategrillet (lire). Le 26 mars, il a confirmé le vote d'une subvention de 5000 francs pour l'érection d'une statue à Jacquard. En fait de statue, c'est un véritable monument qui sera inauguré trois ans plus tard (lire). Il a également crée le bureau télégraphique de Saint-Etienne, rue de la Loire, pour lequel il a alloué la somme de 1500 francs.

Il vient d'adopter  un nouveau règlement pour la caisse de retraite des employés municipaux, dont la création remonte à 1874. Il émit également un voeu pour que les recensements de la population ne soient plus effectués tous les cinq ans mais tous les dix ans. Il céda une parcelle au cimetière St-Claude pour l'érection du monument du Souvenir français (lire). Le service médical de jour
est encore à mettre à son actif, les dimanche et jours fériés, pour permettre aux médecins de prendre le repos hebdomadaire. Quant au service pharmaceutique, la permanence des week-ends ne reste assurée que par la pharmacie de la rue de La Paix.

L'éphémère municipalité Faure a décidé de débaptiser plusieurs rues de Saint-Etienne. La rue Saint-Paul est devenue "rue Duplessis-Deville", et la rue Saint-Michel "rue Ferrer", des noms d'un président du Tribunal civil, à l'origine d'une fondation pour récompenser des personnes qui se distinguaient par leur engagement envers les malades, et de Francisco Ferrer y Guardia, un pédagogue anarchiste espagnol, accusé d'être un des instigateurs de la "semaine tragique" , fusillé à Barcelone en octobre dernier.  Sa mort on s'en souvient a causé  partout dans le monde une très vive émotion. A Saint-Etienne, une manifestation  a rassemblé de très nombreux habitants, convergeant rue de La Loire devant le vice-consulat d'Espagne. Dans la Loire, plusieurs communes ont suivi l'exemple stéphanois. 

Le Conseil municipal a voté un nouvel emprunt de 1 550 000 francs pour travaux de voirie et décidé la démolition de la chapelle en ruines du cimetière du Crêt de Roc. Il donna à deux reprises un avis défavorable à la Compagnie des Mines de Villeboeuf pour étendre le périmètre de son exploitation. Il fixa à 150 francs le droit de stationnement des taxi-autos. Il vient de créer un marché au Marais et décidé la création de quatre établissements de bains-douches populaires, sur des terrains de la ville et aux frais des Hospices. A cet effet, il a sollicité  une subvention de 150 000 francs du Gouvernement, sur le prélèvement des jeux. L'Etat fera-t-il encore la sourde oreille ?

La population de Saint-Etienne est estimée à environ 150 000 âmes, 170 000 selon Les Annales foréziennes. Si elle dépasse 150 000, il faudrait inscrire au budget municipal une somme supplémentaire de 700 000 francs environ, ont rappelé quelques commentateurs. Or, comme le centime aux quatre contributions y rapporte 19 000 francs, on voit d'ici quelle serait l'augmentation des impôts. Voilà qui n'est pas fait pour encourager la repopulation ou pour donner de la sincérité aux recensements !


De l'eau dans le gaz

Le mandat des élus, en 1909, fut aussi marqué par les questions toujours brûlantes, et complexes, du gaz et de l'électricité. Le contrat avec la Compagnie Edison arrivant à son terme à la fin de l'année prochaine,  le maire Jean Neyret, un industriel, avait pour projet d'accorder à la Compagnie Electrique de la Loire la concession de l'éclairage publique et privé, avec privilège de voirie, et la concession de la force motrice (énergétique). L'une et l'autre pour une durée de 37 ans.  Le maire avait aussi en tête, sous la pression du Syndicat des Tisseurs, d'introduire dans le contrat un traité passé entre la compagnie et le syndicat et qui stipulerait de limiter à dix heures l'approvisionnement électrique des passementiers à domicile. Ce n'est pas tant d'assurer la réglementation horaire, dite de 10 heures; c'est  surtout pour les tisseurs de pouvoir combattre la baisse des prix, attribuée à une surproduction qu'aggrave une fabrication plus rapide grâce à l'électricité. Et comme la Compagnie Electrique de la Loire fournit depuis quelques années de l'électricité aux aciéries; et que celles-ci ne peuvent pas se payer le luxe d'une limitation à dix heures, puisque les fours fonctionnent  non stop, cela  suppose donc une canalisation spécialement dévolue aux passementiers, la "double canalisation". De son côté enfin, l'opposition radicale-socialiste exigeait "ni monopole ni privilège" , gardant en mémoire  la coûteuse expérience du monopole du gaz et les tentatives de municipalisations du maire Jules Ledin.


L'usine électrique de Montaud
L'uine à gaz était aussi située à Montaud.

Le conseil, après nombre de rapports et d'empoignades, a voté le 2 juillet dernier la mise aux enquêtes d'utilité publique. Pour l'opposition, ce vote impliquait déjà un acquiescement. Et voilà qu'on dut à ce moment, retourner aux urnes. La minorité radicale-socialiste devenait une toute petite majorité (19 contre 17) et Pétrus Faure, socialiste, remplaça Neyret, démissionnaire. Le nouveau maire entama de nouvelles négociations avec la Compagnie pour un projet sans privilège ni monopole. Mais à l'arrivée, on aboutirait l'année prochaine à un monopole déguisé puisqu'un article additionnel ferait de tout permissionnaire futur, ne serait-ce que pour une distribution isolée, le tributaire de la Compagnie de la Loire. Ce qui entraina encore de vives réactions. Et le Syndicat ouvrier du textile réclamant de plus belle la mise en oeuvre du projet Neyret. On fit remarquer que cette fameuse canalisation cantonnerait les tisseurs dans leurs quartiers, que l'insertion de cette clause dans le contrat n'était peut-être pas légale, que les tarifs étaient élevés... De violentes manifestations se sont produites à la séance du Conseil municipal du 25 août. Le maire, prenant l'avis de plusieurs ministères, se vit confirmer que le projet de concession serait annulé si ce contrat passé entre le Syndicat et la Compagnie y était inclu.

En octobre, le nouveau maire a donc présenté un nouveau projet, sans l'article additionnel, dont le conseil a voté la mise aux enquêtes mais qui n'en dit pas long sur la question de la réglementation horaire, à régler conséquemment entre le producteur d'énergie et les représentants des tisseurs. Il accorde à la Compagnie une prorogation de la concession, dans le cas où des permissionnaires nouveaux seraient autorisés. Toutes les canalisations font partie intégrante de la concession. Ce projet sera-t-il mis en oeuvre ? D'autres péripéties sont à craindre.



Quant à une régie directe du gaz, on avait promis aux électeurs de s'efforcer de la réaliser. Consulté, le Ministère de l'Intérieur a fait  savoir que ce système ne serait pas autorisé. On vota donc, en principe, la régie intéressée et le rachat de l'usine à gaz, après une vive discussion, le 17 décembre. On évoque un projet d'emprunt de plusieurs millions de francs... A suivre donc. Autre déboire lié au gaz, c'est cette année que les passementiers se sont vus retirer la lampe électrique que "Jean la Lampe" (Neyret) avait réussi à faire substituer à la lampe à pétrole.

c) Dans les autres communes

A Chazelles-sur-Lyon, l'année municipale a été marquée par la démission du maire Ducasse, remplacé par M.Provot. Fraisses s'est dotée de sa nouvelle église. Feurs achève ses égoûts et son réseau d'adduction d'eau. La cité (3000 habitants) a donné le nom de deux de ses enfants les plus illustres à des rues: le colonel Combes et l'historien Broutin. Elle espère bien aussi récupérer le 30e Régiment de Dragons de Saint-Etienne, sur le départ. Roanne, sur cette question, tergiverse. Saint-Romain-le-Puy a enfin obtenu la restauration de son prieuré emblématique.

Grèves et manifestations

La journée du 1er mai a été très calme à Saint-Etienne mais le nombre de chômeurs a été considérable. A Firminy, Grand'Croix, La Ricamarie, au Chambon, le chômage a été général. A Rive-de-Gier, un attentat a détruit la grande cheminée de l'usine Arbel. En mars et mai, les postiers et les télégraphistes de Paris ont fait grève. Les communications avec la capitale furent suspendues. Dans la Loire, des actes de sabotage furent commis sur des fils et poteaux télégraphiques à la sortie du tunnel de Bellevue, près du cimetière d'Izieux et à la gare de Couzon où un coup de feu a été tiré sur un garde en faction.

Les cafetiers ont beaucoup fait parler d'eux, organisant meetings et manifestations, en raison d'une part d'un arrêté préfectoral fixant à 1h du matin la fermeture des établissements, et d'autre part de nouveaux impôts sur l'alcool.

Chez les verriers de Saint-Etienne, une grève a éclaté début avril. Une autre, dans une usine, a duré huit jours. Les ouvriers veloutiers ont réclamé l'augmentation des prix. Une réunion de plieuses, à la Bourse du Travail, a décidé de la création d'une section syndicale pour obtenir un tarif minimum pour les salaires à la journée. Un congrès régional textile a réuni vingt syndicats à Saint-Etienne.

Evènements divers


L'ambassade marocaine envoyée en France par le sultan Mouley-Hafid est venue à Saint-Etienne visiter les fabriques d'armes et de rubans. Sa visite est passée totalement inaperçue. En décembre, une mission impériale chinoise a visité les Aciéries de la Marine à Saint-Chamond. Le prince Antoine d'Orléans et de Bragance, petit-fils du dernier Empereur du Brésil, et son frère Louis, ont traversé Saint-Etienne en voiture. Ils n'ont pas manqué de renverser un passant.

Des manoeuvres militaires ont eu lieu dans le nord du département et se poursuivirent en Bourbonnais au cours desquelles le dirigeable "La République" s'écrasa au sol, tuant ses occupants, et obligant Aristide Briand à quitter précipitemment Saint-Etienne.


Congrès eucharistique de Saint-Genest-Malifaux

Dans le domaine religieux, l'année fut marquée par les Congrès eucharistiques de Noirétable (août) et Saint-Genest-Malifaux (septembre).

C'est le 10 novembre que fut créée à Saint-Etienne une antenne de la Société protectrice des animaux.


A Noirétable

En juillet, la circonscription pénitentiaire de la Loire fut supprimée pour être rattachée à celle de Lyon.  La Cour d'assises de la Loire eut à juger des affaires importantes: détournements de fonds commis par un ex-greffier du juge de paix, un drame conjugal à Saint-Etienne, un double crime à Saint-Germain-Lespinasse. Le procès d'un anarchiste, Teppati, renvoyé devant la Cour d'assises du Rhône, trouva le même dénouement que dans la Loire. Le 1er décembre, Riboulet a été guillotiné à Montbrison. Au rayon des faits divers, notons l'agression dont fut victime en septembre à Badouillère le 1er adjoint au maire de Saint-Etienne, M. Bancel. Ses agresseurs, des "apaches", furent condamnés en correctionnel. Maître Labori, défenseur de Dreyfus, a plaidé à Saint-Etienne en novembre et décembre dans une affaire de testament "retrouvé".  A noter aussi la création en février d'un Comité de défense des enfants traduits en justice.


Palais de Justice de Saint-Etienne

Un salut amical enfin, à nos "pays", le capitaine Fiérard, de l'infanterie coloniale, qui commande la région des sultanats dans le Haut-Oubanghi, et M. Verron, surveillant-chef des établissements pénitentaires de la Guyane.

Nos morts

Thanatos a enlevé à Paris le Stéphanois Georges Dupré, grand artiste graveur en médaille, premier grand prix de Rome en 1896. Il avait 40 ans. Barthélémy Mauvernais s'est éteint le 22 octobre. Peintre-verrier à Saint-Galmier il dirigeait l'atelier fondé par son père, bien connu dans la Loire pour avoir donné aux églises un grand nombre de vitraux. Un autre artiste nous a quittés. Anselme de Carli, ancien professeur de l'Ecole régionale des Arts industriels de Saint-Etienne, est  décédé le 11 juin.


Georges Dupré

A Gumières, dans les Monts du Forez, on déplora la mort de Benoîte Crozet. Elle était surnommée "la miraculée de Lourdes". C'est que paralysée depuis 35 ans, elle avait été plongée dans la piscine du sanctuaire pyrénéen.

Edouard Beauverie était le neveu du peintre forézien. Ingénieur de l'Ecole des Mines de Saint-Etienne, directeur de mines en Asie, il s'est éteint au Tonkin à l'âge de 49 ans. Calixte Bayle, ancien directeur des Mines de La Chazotte, ancien maire de Saint-Jean-Bonnefonds l'avait précédé dans la tombe. Plusieurs élus ou anciens élus d'ailleurs nous ont quittés cette année : Fallot, qui fut maire de Charlieu; Claudius Fougerolle, maire de l'Hôpital-le-Grand; Alexandre Gayte, durant 40 ans conseiller municipal à Boen; Eugène Bonnardel, maire de Saint-Genest-Lerpt et ancien directeur de l'Eden-Théâtre à Saint-Etienne...

A noter encore le trépas de Victor Conquis, un des fondateurs du Parti socialiste à Saint-Etienne, receveur d'octroi, mort le 19 juin. La mort de Mme Louis Comte, veuve du pasteur, fondateur de l'oeuvre stéphanoise des Enfants à la Montagne. Et de Coeur, un bouquiniste de Saint-Etienne, une des curieuses physionomies de l'ancienne rue Guy-Colombet. Regis Neyret, mort en septembre à Grenoble, était le fondateur d'une grande imprimerie.

Parmi les soldats, rendons un dernier hommage à Etienne Brun, médaillé d'Isly, mort à Terrenoire à l'âge de 90 ans. François Boyer, ancien cuirassier avait sonné la charge à Reischoffen. Il est décédé à Grand'Croix. A
Reischoffen (Alsace 1870) avait aussi combattu son pays Bessenay, décédé cette même année à Montbrison. Parmi les galonnés, le général Henry Basset, Stéphanois, s'est éteint le 9 février.


La charge de Reischoffen où les cuirassiers se sont faits taillés en pièces.
Détail d'une toile de Morot

Sports

Cette année, toutes les tentatives de vol échouèrent lamentablement. A Méons, le 10 octobre, l'automobile remorquant un aéroplane blessa grièvement un spectateur imprudent. Deux semaines auparavant, toujours à Méons, une autre tentative ne donna rien. Pas même un blessé léger. Du 30 octobre au 1er novembre, eut lieu le fameux meeting de Villars. Aucun appareil ne décolla et l'émeute fut évitée de justesse. Au rayon cycliste en revanche, des milliers de personnes firent le 3 août une réception enthousiaste aux deux coureurs stéphanois du Tour de France (5000 km en 14 jours) Alfred et Antoine Faure. Le 22 août, Faurax couvrit le premier les 150 km du challenge cycliste de "la Loire Républicaine". En mai, ce même journal organisa le "Tour de Saint-Etienne" (17 km) remporté par Bourdin, de l'Union Sportive Stéphanoise.

Rappelons qu'un Ripagérien, Michel Vernay, est parti le 15 avril de l'année dernière pour le record pédestre mondial de 67 000 km. Le 21 février, le Syndicat d'initiative du Forez a organisé au Pilat son concours international de sports d'hiver (raquettes, skis, lugges, sauts en ski...). Il a rencontre un beau succès. De même que le championnat international d'escrime, en mai à Saint-Etienne. En gymnastique, "La Sentinelle" de Saint-Chamond a été désignée pour représenter la Fédération de la Loire au concours de Milan. Elle a porté hautes les couleurs de notre département.





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